Au 1er janvier 2020, lInsee recensait 58% de propriétaires sur un total de 37 millions de logements, et 82% de résidences principales parmi les logements possédés. En dépit de la crise sanitaire, lappétence des Français pour la propriété immobilière ne se dément pas. 44% dentre eux envisagent lacquisition dun bien au cours des cinq prochaines années, et en premier lieu de leur résidence principale (1). Et ce, alors que les conditions dobtention dun prêt se sont durcies et que les prix de limmobilier senvolent. Faut-il donc toujours ambitionner dêtre propriétaire ? Tout dépend de son âge, de sa situation professionnelle et financière, de lendroit où on veut vivre, de ses objectifs et choix de vie.
Une sécurité qui a un coût
Le sentiment de sécurité que procure la possession du fameux « toit sur la tête » a toujours le vent en poupe, et la pandémie a fait émerger un besoin nouveau de confort et de sens chez nombre de citadins à létroit dans leur logement. Un souhait réalisable si on peut acheter sa résidence principale sans recourir au crédit, si on a lespoir den hériter ou si on projette de sétablir dans une région où les mensualités de crédit sont équivalentes au montant dun loyer. Mais en région parisienne et dans la plupart des grandes villes, le coût du m2 est plus élevé à lachat quà la location Des envies irréconciliables ? Non, si on analyse les modes de résidence en termes de centre de coût ou de centre de profit. Explications.
La propriété immobilière possède lindéniable avantage de sécuriser lacquéreur, de constituer un patrimoine ou une plus-value (éventuelle) à la revente et de pouvoir se transmettre. Mais, car il y a un mais, elle est aussi constitutive de coûts, supportés par le seul propriétaire. Au-delà de linvestissement initial (remboursement du crédit, assurance emprunteur et frais de notaire), des sommes parfois considérables devront être engagées pour entretenir le bien pendant sa détention : taxe foncière, réparations indispensables, charges de copropriété, travaux Des sommes dont il nest pas sûr de disposer tout au long de sa vie.
Dans le même temps, le locataire a plus de visibilité sur ses dépenses puisquil na quà sacquitter du loyer, de la taxe et de lassurance habitation ; les gros travaux et réparations étant à la charge du propriétaire. Ce qui lui permet, à budget égal, soit doccuper un logement plus grand, de le faire évoluer avec la composition de sa famille et dêtre plus mobile ; soit daffecter la partie de ses revenus qui na pas été engloutie par lachat de sa résidence principale à lacquisition dun bien dont il percevra les loyers et pourra déduire fiscalement certaines dépenses. Au fil des années, il aura ainsi constitué un patrimoine, transmissible.
Financer son lieu de vie une fois en retraite
La nécessité de disposer à la retraite dune résidence dont on peut assumer la charge ne fait pas débat et privilégier une stratégie dinvestissement locatif ny fait pas obstacle. Les couples qui ont, pendant leur vie active, utilisé leur capacité dépargne pour investir dans du locatif peuvent ainsi y résider le moment venu. Mais les dépenses que génèrent le bien (charges de copropriété, travaux, ravalements, réparations, ) peuvent peser très lourdement sur la pension de retraite (un peu plus de 1 300 euros nets pour les hommes et 900 euros pour les femmes en moyenne) Dans ce cas, mieux vaut le mettre en location et louer lendroit où lon va habiter. Les loyers perçus peuvent ainsi permettre de financer à la fois lentretien du bien loué et le loyer de celui que lon va occuper. Le bon choix (ou la bonne stratégie) ne consiste donc pas toujours à être propriétaire de sa résidence principale, mieux vaut parfois être seulement locataire, même à la retraite.
(1) Enquête IFOP - CAFPI « Les Français et laccession à la propriété » mars 2021
Christelle Molin-Mabille est présidente de la Chambre Nationale des Conseils Experts Financiers Crédit




















