Les taux immobiliers vont-ils rester bas ? L'année 2021 va-t-elle définitivement effacer le passage à vide vécu au printemps 2020 ? Pour rappel, après avoir chuté de 40% entre février et avril, le marché du prêt immobilier sest rapidement redressé. Hors renégociations, la production mensuelle de nouveaux crédits à lhabitat a même atteint un pic en octobre dernier, avec plus de 20 milliards deuros de financement accordés ce mois-ci, selon la Banque de France. Toutefois, la situation économique dégradée plaide plutôt pour restreindre lendettement des ménages. Pour 2021, lObservatoire français des conjonctures économiques estime que 180 000 emplois seront détruits à cause des faillites dentreprises. Et la Banque de France sattend à ce que le taux de chômage grimpe à 11% pendant le premier semestre.
Pas de crainte en vue selon les courtiers
« Il faut être serein pour la première partie de lannée »
Conscientes du risque accru dimpayés, les banques vont-elles augmenter les taux de leurs prêts immobiliers pour couvrir leurs arrières ? La réponse est non. En tout cas, pas dans les prochains mois, répondent en cur les professionnels de limmobilier. « Il faut être serein pour la première partie de lannée, explique ainsi à MoneyVox Maël Bernier, directrice de la communication de Meilleurtaux. Je ne vais pas mengager au-delà de mai-juin, mais en létat, il ny a aucune raison que les taux dintérêt remontent. La Banque centrale européenne continue à arroser de liquidités les marchés. Et, justement à cause des menaces qui pèsent sur lemploi, les banques sont en quête de débouchés pour leurs prêts immos et donc de nouveaux emprunteurs », avance la porte-parole de ce courtier.
Même ton optimiste chez Vousfinancer : « en 2021, rien nindique que les taux de crédit immobilier risquent de remonter Tant que la situation économique liée à la crise sanitaire restera celle-là, avec une inflation très basse et une faible croissance, la Banque centrale européenne devrait maintenir sa politique accommodante et donc un contexte de taux globalement bas », souligne sa directrice générale Julie Bachet. « Ce qui paraît probable, cest que les taux dintérêt pour emprunter demeureront bas. Il est également possible de tabler sur une stabilisation des durées des crédits autour dune moyenne de 21 ans », anticipe également la FNAIM, première organisation syndicale des professionnels de limmobilier en France.
Voir le comparatif partenaire sur les prêts immos les moins chers
Moins de 1% sur 20 ans pour les meilleurs profils
« Une dizaine de banques ont baissé leurs taux pour janvier »
« Ce début 2021 est prometteur », se réjouit dores et déjà Fabienne Laborde, directrice commerciale du Partenaire.fr. En effet, daprès ce courtier, les taux moyens, calculés à partir des barèmes de janvier des banques, sont en repli de 0,05 point sur 15 ans, de 0,07 sur 20 ans et même de 0,10 point sur 25 ans pour les primo-accédants ayant un profil excellent. A lorigine de ces diminutions : une dizaine détablissements ont baissé jusquà 0,20 point leur taux pour le mois de janvier, détaille Vousfinancer. Pour ce premier mois de lannée, ce réseau de courtage estime à 1,05% sur 15 ans, de 1,25% sur 20 ans et de 1,45% sur 25 ans les taux moyens, hors assurance emprunteur.
En pratique, conséquence de la concurrence locale, les baisses fluctuent dune région à une autre. « Cette semaine, cest une caisse régionale qui a attaqué particulièrement fort. Mais ailleurs, ce même groupe bancaire ne bouge pas toujours », commente ainsi Maël Bernier. En outre, en ce début dannée, les plus forts ajustements vont rester lapanage des profils chouchous des banques. Cest-à-dire des personnes en CDI, dans des secteurs dactivités non impactés par la crise sanitaire, capables de mettre 10 à 20% dapport personnel et qui, après cela, ont encore de lépargne de côté.
« Entre épargne rapatriée et apport, le cur des banques ne balance plus, s'exclame Cécile Roquelaure, porte-parole d'Empruntis. La politique de l'apport, même pour les plus beaux profils se répand : une banque en Ile-de-France conditionne même, à présent, ses meilleurs taux à un apport de 10% », fait-elle remarquer. Mais le jeu en vaut la chandelle. Les meilleurs profils peuvent négocier un taux exceptionnel de 0,59% sur 20 ans, assure Empruntis. Plus généralement, « ces excellents dossiers vont pouvoir passer sous la barre des 1% sur 20 ans », nous explique, quant à elle, Maël Bernier.
« En revanche, il est très clair que les personnes au chômage partiel depuis mars, celles travaillant dans lévénementiel ou encore lhôtellerie et la restauration ou encore les couples dont le gros salaire travaille dans laéronautique risquent de rester sur le carreau », nuance Maël Bernier. Autrement dit, pour ces secteurs sinistrés, les courtiers sattendent à ce que les banques refusent, sans guère tergiverser, létude de leur dossier. « Les banques se montrent prudentes, cela paraît tout à fait normal », justifie la porte-parole de Meilleurtaux.
Les banques plus flexibles sur le taux dendettement
Un taux d'effort rehaussé à 35%
Dans ce contexte, le Haut conseil de stabilité financière (HCSF), présidé par le ministre de lEconomie, a assoupli mi-décembre ses recommandations concernant les ménages à qui il faut éviter de prêter. Parmi elles, le HCSF préconise désormais de limiter à 35%, contre 33% jusqualors, le taux dendettement maximum des emprunteurs (schématiquement : la mensualité du prêt immo et les éventuelles autres échéances de crédits en cours de remboursement divisées par le revenu). Selon le courtier en ligne Pretto, cela va permettre à un ménage gagnant 4 000 euros nets par mois et empruntant sur 25 ans à 1,57% daugmenter de 20 000 euros sa capacité demprunt maximale.
Lire aussi : La règle de 35% d'endettement va éviter des « refus insensés »
Mais cet assouplissement peut aussi permettre à des emprunteurs plus modestes de décrocher un financement qui, sinon, leur aurait été refusé. En 2020, 8% des projets, qui auraient été acceptés en 2019, étaient devenus non-finançables sous limpulsion des précédentes recommandations, plus strictes, du HCSF, rappelait ce 5 janvier Pierre Chapon, co-fondateur de Pretto, à loccasion dun point presse sur les perspectives immobilières pour 2021.
De fait, pouvant accorder un prêt à des ménages a priori plus modestes, les établissements bancaires prévoient-ils de leur appliquer des taux dintérêt sensiblement plus élevés ? Les courtiers en doutent, ce, à cause de la pression concurrentielle, mais aussi de la certaine discrétion que leur laissait déjà le HCSF. « En 2020, les banques ont dérogé dans plus de 30% des cas aux critères du HCSF », rapporte Maël Bernier, alors que sa tolérance était de 15%. Désormais, il est acceptable pour le Haut conseil de faire fi de ses recommandations pour 20% des crédits immobiliers, essentiellement pour des primo-accédants.
Ça pourrait se compliquer cet été
Il est cependant prévu quà lété 2021 cette marge de flexibilité, ainsi que les autres critères du HCSF, ne soient plus simplement des recommandations mais deviennent juridiquement contraignants, forçant donc les banques à sy conformer plus strictement. De fait, plutôt que de faciliter l'emprunt, ces changements décidés fin 2020 pourrait finalement aboutir, sur le terrain, à un durcissement des conditions doctroi des prêts, visible à partir du second semestre de lannée.
Autre évolution susceptible dimpacter le marché du prêt immobilier dans les semaines à venir : laugmentation des taux dusure. Depuis le 1er janvier, les établissements bancaires sont autorisés à appliquer un taux demprunt maximum, net de tous frais, de 2,57% sur 10 à 20 ans, contre 2,40% au deuxième trimestre 2020, le plus bas historique. Pour un crédit sur 20 ans et plus, le taux dusure est désormais de 2,67%, contre 2,51% davril à juin 2020. Est-ce l'opportunité pour les banques daugmenter leur taux ? « Non. La hausse des taux dusure ne va pas impacter lessentiel des prêts accordés. Les taux directeurs de la BCE et la concurrence entre les banques jouent bien davantage sur les taux demprunt et ils plaident en faveur de taux faibles », nous répond Pierre Chapon de Pretto.
Quelles perspectives de taux pour 2021 ?
- Portés par la concurrence et la politique monétaire accomodante de la BCE, les taux d'intérêt devraient rester bas cette année, au moins durant le 1er semestre.
- Les meilleurs profils pourraient réussir à s'endetter à 1%, voire moins, sur 20 ans, quand la moyenne se stabilisera autour de 1,30% avant assurance emprunteur.
- Pour les ménages impactés par la crise sanitaire ou travaillant dans un secteur sinistré, il sera très compliqué d'obtenir un prêt immobilier.
- Rendez-vous cet été pour voir si les recommandations devenues contraignantes du HCSF ont un effet sur les taux !

















