Pascal Beuvelet, la directive MCD va être transposée dans le droit français dici au 21 mars prochain, par lintermédiaire dune ordonnance et dun décret à paraître. Que vous inspire ce texte ?
Pascal Beuvelet : « En matière de réglementation, la France est, dune manière générale, déjà à la pointe du progrès. Cest vrai également des mesures de protection de lemprunteur, et cest une bonne chose. Cette directive ne va donc pas bouleverser notre univers, comme elle pourra le faire dans dautres pays de lUnion. »
En créant un statut européen dintermédiaire en crédit immobilier, la directive MCD est-elle de nature à ouvrir un marché du courtage de crédits à léchelle continentale ?
P.B : « Certainement. Jusquici, il était compliqué pour des courtiers étrangers de venir travailler en France. Notre réglementation est généralement plus rigide, cest un caractère français ! Lharmonisation permise par la directive va changer la donne. Les intermédiaires opérant sur des marchés matures - je pense particulièrement à la Grande-Bretagne - vont pouvoir tenter leur chance dans dautres pays : en Allemagne par exemple, un pays où le courtage est très peu développé. Sintéresseront-ils à la France ? Cest plus difficile à dire. Ici, ce marché est encore en construction, il reste des parts de marché à prendre, mais il est déjà plus structuré que dans dautres pays. »
A linverse, va-t-on voir des intermédiaires français saventurer hors de leurs frontières ?
P.B. : « Dans limmédiat, je ne le pense pas. Je le répète : le courtage ne représente aujourdhui que 30 à 40% du marché du crédit immobilier, il reste donc dénormes marges de manuvre. Conséquence : les réseaux restent dans un logique de conquête de parts de marché nationales. Avant de penser à sinternationaliser, ils sont surtout attentifs à la concurrence locale, et à lévolution des rapports de force. »
Autre possibilité ouverte par la directive MCD : la mise en concurrence des banques au niveau communautaire. Va-t-on effectivement voir des intermédiaires sadresser à des banques étrangères pour financer les projets de leurs clients ?
P.B. : « Je le pense, au moins sur certains types de crédit où loffre des banques françaises est insuffisante. Je pense notamment au crédit purement hypothécaire, sur lequel les banques hexagonales sont plutôt frileuses, au contraire des banques belges, britanniques ou allemandes. Chez In&Fi, il nous est déjà arrivé de travailler avec des banques allemandes. Cétait jusquici une démarche assez lourde, mais la convergence des réglementations va faciliter les choses. »
La directive MCD va-t-elle, selon vous, modifier en profondeur la structure du marché du courtage immobilier en France ?
P.B. : « Cette restructuration est déjà à luvre. Elle nest pas la conséquence de la directive MCD, mais des changements réglementaires intervenus en 2012 et 2013. Depuis cette date, le métier sest professionnalisé et lactivité a décollé. De grands groupes se sont rendus compte que le courtage avait de lavenir et sont venus sur ce marché. Nous sommes aujourdhui dans une phase de concentration, et les réseaux familiaux, comme In&Fi, deviennent lexception. A terme, je pense, il restera 7 ou 8 réseaux au maximum, qui représenteront 80% du marché. Cette évolution est inéluctable. »
In&Fi nest pas seulement intermédiaire en crédits immobiliers, mais également en rachats de crédits. Etes-vous, comme dautres, inquiet de limpact de la directive MCD sur ce marché ?
P.B. : « Oui, très inquiet. Le rachat de crédits représente 10% environ de notre activité, mais 30% de notre chiffre daffaires. La directive na pas pris en compte la spécificité française en la matière. Il sagit dun produit qui sadresse à une population endettée, donc dun produit à risque, sur lequel les prêteurs attendent des marges supérieures aux crédits classiques. Assimiler tous les regroupements de crédits à des crédits immobiliers (1) et leur appliquer le taux dusure (2) de ces derniers aurait une conséquence funeste : priver des milliers de familles de ce recours et les pousser vers les commissions de surendettement. Mais je suis confiant, car il existe une solution simple à ce problème : il suffit que la Banque de France décide de créer un taux dusure spécifique pour le regroupement de crédits. »
Autre mesure contenue dans la directive MCD : lobligation de recourir à des professionnels certifiés pour évaluer le montant des biens achetés à crédit, ou utilisés en garantie. Quen pensez-vous ?
P.B. : « Encore une fois, je pense de manière générale quencadrer le distribution du crédit pour protéger lemprunteur est une bonne chose. Mais, en loccurrence, cette évolution nétait pas nécessaire. Aujourdhui, il existe une multitude de sources, accessibles relativement facilement, qui permettent aux emprunteurs de se faire une idée précise de la valeur de leur bien. Systématiser lévaluation par un professionnel certifié va alourdir les coûts et compliquer, voire remettre en cause, certaines opérations. »
(1) Actuellement, un regroupement de crédit nest considéré comme un crédit immobilier que si la part de limmobilier dans la créance dépasse 60%. La directive prévoit de supprimer ce seuil, et de considérer tout regroupement de crédits comprenant un part dimmobilier, même minoritaire, comme un crédit immobilier. Lire à ce propos : Rachat de crédits : les spécialistes tirent la sonnette d'alarme sur la directive prêt immobilier
(2) Le taux dusure, calculé et publié par la Banque de France chaque trimestre, est le taux maximum auquel un crédit peut être accordé en France. Il diffère selon le type de crédit, et son montant. Actuellement, il est de 3,96% pour les prêts immobiliers. A consulter, notre page consacrée au taux d'usure.















