Jean-Bernard Valade, que reprochez-vous à la directive sur le crédit immobilier, en cours de transposition en France ?
Jean-Bernard Valade : « Cette directive MCD a une vocation louable : harmoniser les pratiques de distribution des crédits immobiliers à léchelle communautaire et garantir partout un haut niveau de protection des consommateurs. Le problème est que les institutions européennes ont omis une spécificité française : le taux dusure [Voir encadré]. La France est en effet le seul pays de lUnion à avoir une réglementation aussi contraignante sur lusure (1), et cela complique la transposition. »
En quoi cela pose problème dans le cadre du rachat de crédits ?
J.B. V. : « En France, le rachat de crédits est très encadré par la réglementation. Depuis 2010 et la loi Lagarde, si la créance immobilière dépasse 60% du montant total refinancé, le regroupement est considéré comme un prêt immobilier, avec un taux dusure actuellement fixé à 3,96%. Par contre, si cette part est égale ou inférieure à 60%, le regroupement est considéré comme un prêt à la consommation, avec un seuil de lusure de 7,61% (2). Cette distinction est nécessaire car elle permet à létablissement de crédit déquilibrer son risque lorsquelle prête à des personnes fragiles. Mais elle nexiste pas dans la directive MCD, qui considère que tout crédit disposant dune garantie, que ce soit par hypothèque ou par cautionnement, est un prêt immobilier, même dans le cadre dun rachat. »
Quelles sont les conséquences concrètes de cet état de fait ?
J.B. V. : « Cela signifie que certaines familles mal endettées nauront tout simplement plus accès au rachat de crédits qui leur aurait permis de rééquilibrer leurs finances. Avec un taux dusure de 3,96%, les prêteurs nauront plus assez de marge pour proposer cette solution aux ménages les plus fragiles. En cas de difficultés, leur seul recours sera la commission de surendettement. Selon les estimations de lASF [Association française des sociétés financières, qui représente la majorité des banques spécialisées dans le crédit, NDLR], ce cas de figure pourrait concerner 25.000 familles par an. »
Quelles sont les solutions ?
J.B. V. : « La France pourrait renoncer à ses taux dusure. Ce nest toutefois pas souhaitable : cette réglementation est efficace pour protéger les emprunteurs, et a permis déviter la catastrophe pendant la crise financière. Il existe heureusement une autre option, extrêmement simple : il suffit que la Banque de France, qui calcule et publie chaque trimestre les seuils de lusure, y ajoute une ligne spécifique au rachat de crédits. Cest ce qui a été proposé à la Direction générale du Trésor, chargée de la transposition de la directive. Nous espérons maintenant que cette évolution sera mise en uvre dici au 1er juillet, date dentrée en vigueur dune partie de la directive. »
Plus généralement, que pensez-vous de ce texte ?
J.B. V. : « Très sincèrement, il ne propose aucune avancée dans le contexte français, où la réglementation est déjà très protectrice des emprunteurs. Il va simplement permettre douvrir les frontières du crédit immobilier, et permettre aux acteurs français daller travailler dans les autres pays de lUnion. »
Quest-ce que le taux d'usure ?
En France, le taux, ou seuil, de lusure est le taux effectif global (TEG) maximal auquel un prêt peut être accordé en France. Ce taux est différent selon la nature du prêt : immobilier, consommation, entreprises, etc. Cest la Banque de France qui fixe les seuils de lusure, chaque trimestre. Pour cela, elle calcule le taux effectif moyen (TEM) pratiqué par les banques au cours du trimestre précédent, et laugmente dun tiers. Ainsi, le taux moyen des prêts immobiliers à taux fixe était de 2,97% au 4e trimestre 2015, ce qui a donné un taux de l'usure de 3,96% au 1er trimestre 2016.
Voir à ce propos notre page consacrée au taux dusure.
(1) LItalie fixe également des seuils de lusure, mais de manière moins restrictive. Ils correspondent en effet aux taux moyens pratiqués augmentés de 50%, contre un tiers en France. La Belgique et les Pays-Bas ont également une réglementation limitant les taux, mais à des niveaux beaucoup plus élevés quen France. Dans la plupart des autres pays européens, cest la jurisprudence qui détermine si un taux est excessif ou non.
(2) Taux de lusure en vigueur jusquau 31 mars 2016 pour les prêts à la consommation dun montant supérieur à 6.000 euros.















