Cest un fait : les Français ont tendance à bouder les actions, détenues par seulement 11,7% des ménages. En 2016, la détention directe dactions cotées représentait seulement 5% des placements, contre 8% en 2000. Dans le même temps, la part des titres (de capital, dOPC, de dette) dans le patrimoine financier des Français est passée de 41% à 30%, au profit surtout de lassurance-vie, passée elle de 26% à 40%.
Ce désintérêt pour les actions a des conséquences négatives pour les investissements des entreprises, et plus généralement pour léconomie française. Mais comment lexpliquer ? On convoque souvent la peur du risque et le traumatisme de la crise financière de 2007 Un peu court, estiment Emilie Candus, Christian Pfister et Franck Sédillot, auteurs dune étude sur le sujet publiée par la Banque de France (1). Selon eux, le comportement des épargnants na rien dirrationnel, mais est le résultat de facteurs multiples et complexes : « Une rentabilité du placement en actions insuffisante ( ), une taille trop limitée de ce marché, une éducation et un conseil financiers perfectibles ainsi que des incitations réglementaires et fiscales peu favorables à la prise de risque. »
Pas de spécificité française
Si les comportements des épargnants européens diffèrent parfois, en raison de facteurs économiques et institutionnels propres à chaque pays, ils se retrouvent sur un point : la détention de titres. « Moins de 15% des ménages détiennent des titres quel que soit le pays, bien que le taux de détention dactions cotées en France (11,7%) y soit légèrement plus élevé que chez ses voisins », explique létude. « La diffusion des valeurs mobilières auprès des ménages tend à diminuer ces dernières années et ce mouvement est général en Europe. »
La détention dactions corrélée au niveau déducation financière
1,08% par an en moyenne, depuis 1854 : cest la rentabilité totale réelle - donc inflation réduite - du placement en actions en France. Cest faible, si on compare par exemple avec les Etats-Unis : 6,7%. Les actions françaises, selon les auteurs de létude, sont aussi plus volatiles sur le long terme. Cest un premier argument qui explique la crainte des Français leur égard.
Le deuxième est un problème déducation. « Un plus haut niveau déducation financière va de pair avec une probabilité accrue de détenir des actions », rappelle létude. Et les Français, sils se situent dans la moyenne lorsquil sagit de répondre à des questions financières basiques, sont beaucoup plus en difficulté face à des questions plus complexes, portant sur des notions de risque par exemple. « Léducation financière serait utile pour mieux allouer les portefeuilles, cest-à-dire mieux comprendre les vertus et les risques associés aux placements et permettre ainsi une dédiabolisation du risque », estime létude, qui note toutefois que le gouvernement français a initié lan dernier une stratégie nationale déducation financière.
Des placements rendus plus attractifs par lintervention publique
Cette éducation insuffisante saccompagne dun défaut de conseil financier. Là encore, le souci nest pas seulement français : plusieurs études, venues dAllemagne ou des Etats-Unis, montrent que les courtiers et conseillers financiers, loin de corriger les biais de leurs clients, ont tendance à les encourager et à valoriser les produits à forte commission. Ce qui fait dire aux auteurs que « le conseil automatisé (robo‐advisors) devrait pouvoir apporter des améliorations ( ), bien quil puisse lui-même poser des questions ».
Les actions pâtissent enfin de la concurrence de placements rendus plus attractifs par lintervention publique. Cest le cas en France de lépargne réglementée, Livret A, LDDS et PEL notamment. « Dans un contexte marqué par la crise financière puis par celle des dettes souveraines », note létude, « il est rationnel que les ménages français aient dirigé leur épargne vers des placements à la fois sûrs et liquides, mais aussi rémunérés à des taux supérieurs à ceux du marché, lintervention publique leur garantissant le ''meilleur des mondes''. »
Plus généralement, les auteurs pointent du doigt la fiscalité de lépargne en France, qui crée des « distorsions en faveur dinstruments liquides et peu risqués ». Ils militent ainsi, en conclusion, pour une véritable « flat tax », appliquée indifféremment à lensemble des revenus de lépargne, afin de gommer ces distorsions.
(1) Emilie Candus, Christian Pfister et Franck Sédillot, « Où sinvestit lépargne des Français », Bulletin de la Banque de France n°214, novembre-décembre 2017.



















