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5 raisons qui expliquent la mort inéluctable du chèque

chèquier
© Olivier P - Fotolia.com

Il a longtemps été votre moyen de paiement préféré, loin devant la carte bancaire. Et vous continuez à l’utiliser régulièrement, alors qu’il a disparu presque partout ailleurs. Pourtant, même en France, le chèque est promis à une mort prochaine. Voici pourquoi.

Près de 2 milliards de paiements, plus de 1 000 milliards d’euros échangés en 2017 (1) : à l’âge du smartphone et du e-commerce, le vieux chèque papier continue de résister en France, alors qu’il a disparu presque partout ailleurs. Un chiffre le montre : 72% de l’ensemble des chèques émis en 2017 dans l’Union européenne l’ont été dans notre pays !

Les causes de notre attachement particulier pour le chèque sont multiples. Citons-en deux. La première : la simplicité. Pas besoin, en effet, de retenir un code secret ou de demander un RIB pour payer par chèque : il suffit de connaître le nom du bénéficiaire. La seconde : la gratuité. Contrairement à la carte bancaire, payante sauf dans certaines banques en ligne, l’accès au chéquier est gratuit. Ce qui explique le fort taux d’équipement : en 2010 (derniers chiffres connus), 91% des clients bancaires en possédaient un (2) !

La France reste donc bien le pays du chèque. Mais pour combien de temps ? Voici 5 raisons qui expliquent pourquoi il finira, comme ailleurs, par disparaître de nos portefeuilles.

1 - Parce que vous êtes déjà de moins en moins à l’utiliser

Et oui : même en France, le chèque est en déclin. Longtemps premier moyen de paiement (hors cash) en nombre de transactions annuelles, il a été dépassé par la carte bancaire en 2003, puis par le prélèvement en 2010 et par le virement en 2011. Logique : après avoir atteint un point haut en 2002, son usage n’a cessé de diminuer depuis, de 4% par an en moyenne au cours des années 2000, et actuellement de 10%. Une baisse liée à la désaffection du grand public : selon une étude (2) publiée en 2010 par le Comité consultatif du secteur financier (CCSF), seuls 18% des sondés faisaient du chèque leur moyen de paiement préféré, très loin derrière la carte bancaire (63%).

Et la démographie ne devrait rien arranger. La même étude situait le pic d’utilisation du chèque entre 35 et 49 ans. Un sondage plus récent, publié en février 2018 (3), a confirmé que la propension à utiliser un chèque est plus faible chez les plus jeunes. Si 79% des sondés affirmaient en effet avoir signé au moins un en 2017, ce n’était le cas que de 58% des 18-24 ans. Une classe d’âge qui, à l’inverse, était la plus encline à choisir le virement pour transférer de l’argent à un autre particulier (65% contre 56% de la population générale).

2 - Parce qu’il coûte cher aux banques

Gratuit pour l’usager, le chèque ne l’est pas, loin de là, pour les banques. Il génère même des coûts importants, et en grande partie fixes : fabrication et envoi des chéquiers, collecte, traitement, compensation, etc. En 2010, le CCSF (2) estimait ainsi son coût annuel pour le secteur bancaire entre 0,7 et 4 milliards d’euros annuels, en l’absence de chiffres officiels fournis par les banques mais sur la base d’une comparaison avec la situation dans d’autres pays.

Un « deal » historique

Si la gratuité du chèque trouve son origine en 1943, quand le régime de Vichy a voulu en faire un outil de lutte contre le marché noir, son maintien dans le temps est le résultat d’un « deal » entre les pouvoirs publics et les banques. En contrepartie de cette gratuité, ces dernières ont en effet obtenu le droit de ne pas rémunérer l’argent déposé sur les comptes courants, conservant ainsi pour elles le fruit du placement de ces liquidités. « Lorsque les taux étaient hauts, cet arrangement pouvait être très profitable pour elles, malgré les coûts liés au chèque », explique ainsi Julien Lasalle, chef du service de surveillance des moyens de paiements scripturaux de la Banque de France. « Aujourd’hui, en période de taux négatifs, il est au contraire très coûteux ».

Dans ce contexte, les banques apprécieraient sans doute de rendre les chèques payants. Problème : la gratuité du chèque est inscrite dans le Code monétaire et financier. Pour la supprimer, il faudrait donc passer par un changement de la réglementation. Une décision qu’aucun gouvernement n’a pour l’instant prise. Le sujet, il faut dire, est politiquement dangereux : le chèque est surtout utilisé par des populations modestes et/ou très sensibles aux frais bancaires. Et les associations de consommateurs, très hostiles à cette perspective, veillent.

Le discret lobbying des banques pourrait toutefois finir par payer. Et, en attendant, elles s’attellent déjà à limiter les usages de leurs clients. Deux exemples récents. Eko, le forfait d’entrée de gamme à 2 euros par mois, lancé fin 2017 par le Crédit Agricole, n’intègre qu’un mini-chéquier, composé de 5 formules, contre 40 en général. La banque en ligne ING est même allé un peu plus loin : son offre Essentielle, gratuite sans conditions de revenus, est totalement dépourvue de chéquier.

3 - Parce que les pouvoirs publics aussi veulent s’en débarrasser

Les banques ne sont pas les seules à espérer la mort du chèque. Les pouvoirs publics aussi y sont intéressés. Pour nombre d’acteurs publics nationaux et locaux, l’émission et l’encaissement des chèques représentent en effet une charge financière dont ils pourraient faire l’économie.

« Il n’y a pas d’ambiguïté : la stratégie de place, soutenue par les pouvoirs publics et la Banque de France, est bien d’accélérer la décroissance du chèque », confirme Julien Lasalle. Pour y parvenir, la stratégie nationale des paiements mise en œuvre depuis 2015 a fait le choix, plutôt que de prendre des mesures de restriction des usages, de faire la promotion des alternatives. « Nous analysons les cas d’usages du chèque, et nous proposons des solutions alternatives plus modernes et plus sûres », résume le porte-parole de la Banque de France. L'institution a fait la promotion, auprès des entreprises et des particuliers, des moyens de paiement SEPA (virement, prélèvement, paiement instantané). Le ministère des Finances, de son côté, a encouragé l’acceptation des paiements par carte bancaire par les collectivités locales, par exemple pour le règlement de la cantine des enfants ou les activités sportives et culturelles.

4 - Parce que le chèque est fragile face à la fraude

L’hostilité croissante à l’égard du chèque n’est pas qu’une question de gros sous. La Banque de France s’inquiète aussi de la hausse spectaculaire de la fraude sur ce moyen de paiement : +52% pour an en moyenne, en montant, depuis 2016. Une explosion qui s’explique pour partie par l’amélioration, sous la pression des régulateurs, des dispositifs de détection mis en place par les banques. Mais surtout par la fragilité du chèque face à la fraude. « Une chose est sûre : le chèque est le moyen de paiement le plus facile à frauder », confirme Julien Lasalle, qui cite notamment l’utilisation de chèques perdus ou volés, en forte augmentation en 2018, ainsi que la falsification de chèques régulièrement émis.

Cette fragilité n’est pas uniquement la conséquence de l’action des fraudeurs. Certaines habitudes des clients posent aussi problème. « Le chèque est parfois utilisé de manière impropre et dangereuse, non conforme aux conventions de compte », alerte le chef du service de surveillance des moyens de paiements scripturaux de la Banque de France. « Par exemple pour payer en plusieurs fois, en faisant plusieurs chèques avec des dates différentes ou pour des dépôts de garantie. Dans les deux cas, le consommateur se sent protégé, mais c’est faux. »

5 - Parce que l’heure est au temps réel

Trop coûteux, pas assez sûr, le chèque est aussi, et surtout, de plus en plus anachronique dans un paysage de la banque de détail métamorphosé par le numérique. Un service, en particulier, est de plus en plus valorisée par les usagers : l’aide à la gestion budgétaire. Soit la capacité pour les banques à fournir à leurs clients une vision claire et en temps réel de la situation de leur compte, pour éviter notamment les dépassements de découvert. Un nouveau cadre dans lequel le chèque aura beaucoup de mal à se faire une place, avec son délai d’encaissement d’un an et 8 jours, l’absence d’informations liées à la transaction et sa propension à générer des incidents de paiements.

Voir aussi le classement des banques les moins chères

Bilan : une mort inexorable, mais lente

La mort du chèque paraît donc inexorable. Et finalement logique. « Il a existé et disparu partout ailleurs en Europe », rappelle Julien Lasalle. « Il n’est donc pas interdit de penser que les consommateurs français pourraient vivre sans ». Dans l’immédiat, il reste toutefois quasi-indispensable dans certains cas : pour adhérer à une association, pour payer certains professionnels (médecins, avocats, plombiers, etc.), pour verser des arrhes, etc. Mais les solutions alternatives existent déjà et devraient encore se développer avec le décollage annoncé du paiement instantané.

Combien de temps durera l’agonie ? 10 ans ? 20 ans ? Difficile à dire. « Tout dépendra de la vitesse à laquelle les usagers s’en détourneront », estime le porte-parole de la Banque de France. « Au rythme actuel de -10% par an, il a encore de longues années devant lui. Mais si la baisse passe à -20% ou -30% par an, les pouvoirs publics pourraient être tentés d’accélérer sa fin. »

(1) Source : Banque de France, Cartographie des moyens de paiements scripturaux 2017. (2) Source : L’utilisation du chèque en France, rapport réalisé par Edgar, Dunn & Company (EDC) pour le Comité consultatif du secteur financier (CCSF), mars 2011. (3) « Les moyens de paiement selon les générations : état des lieux et prospective », étude réalisée par Gfk pour Cofidis Retail par questionnaire on-line du 6 au 15 février 2018 auprès d’un échantillon national représentatif de 1 000 individus âgés de 18 ans et plus

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© MoneyVox / VM / Janvier 2020

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Commentaires

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Publié le 9 janvier 2020 à 21h27 - #1Jean-Pierre L.
  • Homme
  • BREST
  • 71 ans

Comment faudra-t-il payer les médecins spécialistes qui n'acceptent que les chèques, comme le cardiologue que je consulte chaque année ?

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Publié le 10 janvier 2020 à 07h28 - #2Stunt38
  • Homme
  • 100 ans

C'est une question qui revient beaucoup quand on parle de la disparition des chèques.
Vu que ça ne se fera du jour au lendemain tous les spécialistes et entreprises qui fonctionnaient avec le chèque devront se mettre à la page, tout simplement.
Le virage se met en place, on trouve aujourd'hui beaucoup plus de médecins, dentiste, etc qui prennent la CB.
Pour les irréductibles il restera le cash, avec le risque d'avoir moins de clients...

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Publié le 10 janvier 2020 à 09h11 - #3Yenamar
  • Femme

Et bien moi je suis artisan d'art. Je fais des marchés artisanaux dans diverses régions et heureusement qu'il y a encore le chèque et les espèces car j'ai quasiment un tiers de mes lieux de vente où je ne capte pas suffisamment pour que mon appareil à cartes fonctionne. Soit parce que c'est dans un coin sans réseau. Et oui, il y en a encore plein, même en île de France; soit parce que c'est dans une salle un peu trop bien isolée et là, il faut sortir avec les clients et laisser son stand sans surveillance pour effectuer le paiement. Alors on va faire comment nous ?

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Publié le 10 janvier 2020 à 10h47 - #4Petit louis
  • Homme
  • Près de l'Atlantique
  • 68 ans

Doit-on écouter les pauvres banquiers et leur obsession des coûts et des économies?
Ou doit-on être attentif aux difficultés de certaines catégories de la population ?.....
Dans l'attente, que vivent le cash, le chèque,la carte, le virement,...!!!

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Publié le 10 janvier 2020 à 11h58 - #5Romanais
  • Drôme

@ Petit Louis
Entièrement d'accord avec votre avis. Vive le choix entre les différents modes de paiement : espèce, chèque, carte de paiement, prélèvement, virement, smartphone, ...
J'utilise les 5 premiers avec bonheur, chacun ayant ses avantages et ses inconvénients.
Pour des montants ponctuels importants, le chèque a vraiment son utilité que ne peuvent remplacer la carte bancaire (plafonds de paiement) ou le virement (récupérer un RIB, le saisir, attendre 48 heures de "délai de sécurité", ...), etc.
Qui plus est, avec un chèque posté, on s'accorde un délai de trésorerie supplémentaire. Exemple pour un don important fait à une œuvre caritative : signé et posté le 20 décembre 2019, encaissé le 9 janvier 2020.
Voilà voilà !

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Publié le 10 janvier 2020 à 13h06 - #6Le Coq devenu +X
  • Homme
  • SENS 89100
  • 71 ans

La suppression du chèque permettra et encouragera le « braquage » des Associations et des petits magasins (Ca remplacera le braquage des Banques, d’il y a encore quelques années). Pour les associations, lors de l’Assemblée Générale, les adhérents devront payer en espèces le fruit de leur adhésion. De fait, la plupart du temps, le paiement en espèces ne s’accompagne pas du reçu, faute de temps lors des règlements, compte tenu de la « queue » des adhérents (sans jeu de mots) qui fait perdre du temps, hors « les Paroles s’envolent, l’Ecrit reste » lors du règlement de son adhésion ! A la fin des années 1960 et au début des années 70, les banques et l’Etat (ou groupe d’Etats de l’UE dont la Banque Centrale est à Stuttgart) ont contraint les petites gens d’ouvrir des Comptes Courants dans les banques. Jusqu’alors, leur argent pouvait être retiré gratuitement (avec néanmoins une date de valeur de 2 jours antérieurs au retrait) ! Mais c’était gratuit. Depuis, les Banques et l’Etat ont contraint les petites gens d’avoir une carte de retrait payante, qui 9 fois sur 10 est une carte de crédit ! Conséquences : ce fut la création du retrait payant, des frais de découverts et le Surendettement pour les Petits. Mais… à qui appartient l’argent placé gratuitement sur un compte de chèques, dans un établissement financier ? Au banquier ? A l’Etat ? Ou au Client ? En 1967, il fut supprimé la rémunération des Comptes-Chèques, mais aussi la Création de la Carte Bleue puis… d’Intercarte BP(1969) avec Eurochèque. Il y avait le chèque au porteur, le chèque barré et le chèque avec « barrement spécial ». Sous Raymond Barre, le chèque au porteur est devenu Payant. Ne restait plus que le « chèque barré » ! Savez-vous qu’à partir d’une simple feuille blanche, vous pouvez rédiger votre chèque en précisant toutes les mentions obligatoires qu’il y a sur un chèque imprimé, et de préciser la somme en lettres et en chiffres, l’ordre, le lieu et la date de création et votre signature (déposée à votre banque). La provision existante, le banquier est tenu de payer le chèque.
L’Etat va favoriser la « machine à broyer » et ça n’est pas nos « députés-législateurs » qui défendront les petites gens à conserver leur chéquier, ils ne les connaissent plus sauf pour être réélus.
A chacun de se faire son jugement !

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Publié le 10 janvier 2020 à 13h47 - #7jean33
  • Homme
  • 41 ans

La raison est simple : cela coûte à la banque alors que pour les cb elle facture l’usager et facture le commerçant.
Partant de là elles n’ont aucun intérêt à continuer. Et elles sont même danse l’oboigation De payer au porteur le chèque de moins de 15€ ! En conclusion ça rapporte pas donc c’est à abattre

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Publié le 10 janvier 2020 à 15h44 - #8arizona

Il n'y a plus que le corps médical à 90% pour refuser la CB...Incroyable, des gens à la pointe de la technique qui veulent ignorer la CB...Pourquoi ???? Si vous avez une idée.

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Publié le 10 janvier 2020 à 16h19 - #9Djack
  • Homme
  • Essonnes

@arizona ... peut-être parce que les médecins payent une commission sur les règlements par CB. Les commerçants aussi me direz-vous: la différence est que les commerçants intégrent cette commission, ainsi que l'amortissement du terminal de paiement dans leurs prix de vente (que vous les payez par CB ou pas d'ailleurs), alors que les médecins n'ont pas cette faculté (du moins pour ceux qui sont conventionnés)

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Publié le 10 janvier 2020 à 17h01 - #10AML
  • Femme
  • Guadeloupe
  • 69 ans

Par le hasard d une erreur de gestion perso , je n ai pas de chequiers depuis 3 ans. Je Je paie tout par carte bancaire . C est parfait comme cela!
Mais il faudrait alors la carte à relief visa pour TOUS comme toutes les banques en ligne.
AM

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Publié le 11 janvier 2020 à 07h22 - #11Ezerian
  • Homme
  • Nouméa
  • 26 ans

@Le Coq
Les retraits d'espèces ne nécessite pas d'avoir une carte payante. Toute les banques propose la commande de billets/pièces gratuitement, le retrait au guichet via une carte de retrait à usage unique pour des montants inférieur à 1500 € et le retrait via une carte de retrait (appelé Libre Service Agence).

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