Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a dévoilé mercredi le lancement d'un fonds pour inciter les Français à investir leur épargne dans des PME françaises. Avez-vous intérêt à y placer de l'argent, en sachant qu'il faut miser au minimum 5 000 euros ?

La promesse est a priori alléchante. Un nouveau fonds à destination des épargnants pour aider les PME à sortir de la crise avec un rendement annuel espéré de l'ordre de 5% à 7% par an. Dévoilé mercredi par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, ce fonds commun de placement, géré par Bpifrance, est ouvert à la souscription dès ce jeudi et permettra d'investir dans un portefeuille de 1 500 PME et startups « majoritairement françaises et non cotées ».

« Dans ce domaine, il existait déjà les Fonds d’Investissement de proximité et les FCPI. Des fonds de private equity avaient été développés avec le lancement du PEA-PME. L’Etat décide de faire de la gestion d’actifs pour les particuliers. Pourquoi pas ? » réagit Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne.

Un ticket d'entrée à 5 000 euros

Baptisé « BpiFrance Entreprises 1 », ce fonds de capital-investissement répond à la volonté du gouvernement de drainer le surplus d'épargne accumulé depuis mars vers les entreprises qui, de leur côté, ont besoin de renforcer leurs fonds propres dans le contexte de crise. « Nous avons économisé près de 90 milliards d'euros, donc ils [les Français, NDLR] ont rempli leur Livret A, leur Livret de développement durable, leur assurance vie. Nous mettons demain, à leur disposition, un nouveau produit qui est un fonds d'investissement dans les PME françaises », a expliqué le ministre.

Moyennant un « ticket d'entrée minimal » de 5 000 euros et 95 000 euros au maximum, les épargnants sont invités à « aider les PME à se développer partout sur le territoire », que ce soit « à Nantes, à Lille, à Sélestat ou Biarritz ». Si l'argent est « bloqué pendant 5 ans », ce produit offre « une rentabilité plus importante que celle d'un Livret A », a-t-il souligné, sans cacher que, bien que la variété du portefeuille « diversifie le risque », « dans ce type de placement on ne garantit pas le capital ».

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Clairement cet investissement ne s’adresse donc pas à tout le monde. « Il faut avoir une vision dégagée en ce qui concerne ses besoins financiers », souligne Philippe Crevel. Et pour cause, la durée de vie du fonds est de 6 ans, mais peut-être prorogée d’un an, soit jusqu’au 1er octobre 2027 au plus tard, précise le document d’information clé pour l’investisseur. Or, les demandes de rachat de parts sont bloquées pendant toute sa durée de vie, sauf évènements exceptionnels (décès, invalidité du souscripteur ou de son conjoint ou partenaire de Pacs, licenciement...).

Il ne faut donc pas être allergique aux risques. Et être conscient qu'il s'agit d'un placement de diversification. « Il ne peut pas constituer le cœur de l’épargne d’un ménage, explique Philippe Crevel. C’est un produit de niche. Ce n’est pas le Livret A. Si le fonds est bien géré et bien distribué, il sera souscrit mais il ne pourra pas à lui seul dégonfler l’épargne de précaution liée au coronavirus. Celle-ci obéit à d’autres considérations, la peur de la perte des revenus, du chômage… »

Un rendement aléatoire

Quant au rendement attendu, mieux vaut être prudent. « Les FIP et les FCPI demandent souvent aux entreprises dans lesquelles elles mettent des tickets un rendement élevé afin d’éponger les pertes. Il en résulte souvent des tensions entre les gestionnaires du fonds et les dirigeants des PME. C’est toute la problématique de ce type de produits. D’un côté, il faut servir un rendement aux épargnants ; de l’autre, il faut financer une entreprise. Si cette dernière opte pour un fonds, c’est qu’elle ne peut pas accéder à un financement par crédit. Cela signifie qu’elle est à risque. Dans le contexte actuel, un taux de 7% serait élevé. Au regard des performances des FIP et des FCPI, le taux pourrait être inférieur même si la Banque publique d'investissement a l’avantage d’avoir un large portefeuille permettant de mutualiser le risque », nuance Philippe Crevel. Il ne faut pas oublier le niveau de frais aussi : 3,9% par an en moyenne au maximum.

Pour les investisseurs intéressés et avisés, la souscription au fonds « Bpifrance Entreprises 1 » est disponible sur une plateforme digitale sécurisée, depuis le site internet 123-im.com. Le fonds, éligible notamment au PEA-PME, et accessible sur un comptes titres, sera également distribué par des réseaux bancaires, d’assureurs et de gestion de patrimoine. La période de souscription court jusqu’au 30 septembre 2021 et le fonds espère attirer 95 millions d’euros.