L'or flambe. En quelques séances, le métal jaune a enchaîné les records, dépassant brièvement les 5 500 dollars l'once ce jeudi 29 janvier, porté par un cocktail explosif mêlant tensions géopolitiques, fragilité du dollar et attentisme des banques centrales. Avant de perdre 10%, sur la journée de vendredi, pour un cours actuel à 5 087 dollars à la fin de la journée de vendredi.

L'argent et le cuivre suivent le mouvement, tandis que le bitcoin, après une année 2025 spectaculaire, évolue toujours à des niveaux historiquement élevés malgré une phase de consolidation. De quoi raviver une question récurrente chez les épargnants : est-il encore pertinent d'investir dans ces actifs dits « alternatifs » quand leurs prix semblent déjà au sommet ?

L'or, un record qui reflète surtout les inquiétudes du moment

Pour Jean-François Faure, directeur du groupe AuCoffre, la flambée actuelle de l'or n'a rien d'un simple emballement spéculatif. Elle traduit avant tout un contexte mondial profondément instable. « Nous sommes dans ce que j'appelle la règle des trois D : la dédollarisation, la dette et le désordre. Ces trois facteurs sont aujourd'hui pleinement activés », explique-t-il.

Placement : avez-vous encore intérêt à miser sur l'or en 2026 ?

La montée des tensions internationales, l'endettement massif des États et la remise en cause progressive du rôle central du dollar poussent investisseurs et banques centrales à chercher des actifs jugés plus fiables sur le long terme. « Quand les pays réduisent leur exposition aux bons du Trésor américains, il faut bien remplacer ces réserves par quelque chose. Aujourd'hui, ce qui rassure, c'est l'or », souligne Jean-François Faure.

« Acheter de l'or, ce n'est pas parier sur sa hausse, c'est se protéger contre la perte de valeur des monnaies »

Faut-il pour autant craindre une chute brutale après ces records ? Le dirigeant n'exclut pas une consolidation. « Une baisse de 20 à 30% de l'or ne me choquerait absolument pas. Il suffirait, par exemple, qu'un conflit majeur se règle ou que les taux de la Fed (la banque centrale américaine NDLR) remontent franchement », prévient-il. Pour autant, cela ne remettrait pas en cause son rôle central dans un patrimoine. « Acheter de l'or, ce n'est pas parier sur sa hausse, c'est se protéger contre la perte de valeur des monnaies. »

Or physique ou or « papier », deux logiques différentes

Dans ce contexte, la manière de s'exposer à l'or reste déterminante. « L'or papier est avant tout un outil de trading. Il appartient au système financier », rappelle Jean-François Faure. À l'inverse, l'or physique répond à une logique de conservation et de sécurité. « L'or est une monnaie qui n'appartient à personne et à tout le monde à la fois. Aucun État ne peut en décréter la valeur. »

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Une distinction essentielle pour les épargnants tentés d'entrer sur le marché malgré les niveaux actuels. Là encore, la progressivité reste le maître-mot. « Le meilleur moment pour planter un arbre, c'était il y a vingt ans. Le deuxième meilleur moment, c'est aujourd'hui », résume-t-il, plaidant pour des achats étalés dans le temps plutôt que des investissements massifs en une seule fois.

L'argent métal à manier avec précaution

Souvent présenté comme une alternative « bon marché » à l'or, l'argent n'obéit pourtant pas aux mêmes règles. « Là où l'or est une monnaie, l'argent reste avant tout un métal industriel », insiste Jean-François Faure. Son prix dépend donc largement des perspectives économiques et industrielles. Cette différence structurelle explique sa volatilité bien plus marquée. « Si l'or consolide de 20%, l'argent peut très facilement corriger de 50% ou 60% », avertit-il, établissant un parallèle parlant : « L'argent est à l'or ce que les altcoins sont au bitcoin. » Autrement dit, un actif de diversification possible, mais certainement pas un socle patrimonial.

Bitcoin : toujours risqué, mais de moins en moins marginal

Du côté des cryptomonnaies, le bitcoin traverse lui aussi une phase charnière. Après une envolée en 2025, portée notamment par l'arrivée massive des investisseurs institutionnels, l'année 2026 s'annonce plus contrastée. « Historiquement, le bitcoin suit un cycle de quatre ans, et 2026 pourrait logiquement être une année de transition », analyse Thibault Desachy, chez Coinhouse.

Bitcoin : après les montagnes russes de 2025, à quoi s'attendre pour 2026 ?

Mais le marché a profondément changé. « Le bitcoin est désormais intégré dans des portefeuilles institutionnels via des ETF, des banques et des fonds souverains. Cette institutionnalisation modifie ses fondamentaux », souligne-t-il. Résultat : des mouvements de prix moins extrêmes, mais une sensibilité accrue aux facteurs macroéconomiques et géopolitiques.

Même constat chez Alexis Boeglin, directeur des opérations de CrypCool, qui observe une corrélation désormais assumée avec les marchés technologiques américains. « Pour les investisseurs institutionnels, le bitcoin reste une valeur risquée mais très liquide, ce qui en fait un actif facile à arbitrer en période de tension », explique-t-il.

Un recentrage massif sur le bitcoin

Cette évolution se reflète clairement dans le comportement des investisseurs particuliers. « Les altcoins ont été largement délaissés. Le bitcoin représente aujourd'hui près de 80% des encours chez nous », constate Thibault Desachy. La promesse d'une « altseason » (l'envolée du cours d'autres actifs numériques que le bitcoin NDLR) généralisée s'essouffle, laissant place à des stratégies plus prudentes et recentrées sur l'actif historique.

Pour autant, le bitcoin reste un placement à manier avec méthode. Alexis Boeglin rappelle les règles de base : « Il ne faut investir que de l'argent dont on n'a pas besoin à court terme et éviter d'entrer sur le marché en une seule fois. Le DCA permet de lisser la volatilité et d'éviter les décisions émotionnelles. »

Investir au sommet, une fausse question

Alors, faut-il encore miser sur l'or, l'argent ou le bitcoin quand leurs cours semblent déjà élevés ? Pour les experts, la question est mal posée. « Ces actifs n'ont pas vocation à remplacer l'épargne traditionnelle, mais à la compléter », résume Jean-François Faure.

Dans un environnement marqué par l'incertitude monétaire, économique et géopolitique, ils jouent chacun un rôle distinct. L'or comme assurance patrimoniale, le bitcoin comme actif alternatif en voie de normalisation, et l'argent comme pari plus spéculatif. Tous ces choix peuvent être les bons, à trois conditions : savoir pourquoi on investit, combien on est prêt à immobiliser, et accepter la volatilité qui va avec.

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