Les Français ont la chance, unique au monde, de pouvoir placer des dizaines de milliers d'euros, avec une garantie de l'Etat, une disponibilité totale et une fiscalité inexistante. Mais tous les produits d'épargne réglementée se valent-ils ? Voici leurs mérites respectifs et quelques conseils pour choisir selon votre profil.

On l'oublie parfois, mais c'est unique au monde. L'épargne réglementée « à la française » permet à chacun d'entre nous de mettre de côté des dizaines de milliers d'euros en profitant d'une exonération fiscale, d'une totale sécurité sur le capital et d'une disponibilité immédiate. Jusqu'à 42 650 euros, par exemple, pour un adulte contribuable à revenu moyen, en cumulant Livret A, LDDS et LEP. Et même près de 120 000 euros en cumulant en plus un PEL et un CEL.

Comment faire son choix parmi les cousins de cette « grande famille » ? Quel compte faut-il ouvrir en priorité ? Nous avons passé au crible le Livret A, le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), le Livret d'épargne populaire (LEP), le Livret Jeune, le Plan Epargne Logement (PEL) et le CEL (Compte Epargne logement), en s'appuyant sur six critères : le rendement, le plafond de versement, l'accessibilité, la disponibilité, la sécurité et l'utilisation des fonds.

Le rendement : avantage LEP

C'est évidemment la première question que l'on se pose quand on place de l'argent : combien cela va-t-il me rapporter ? Pour ce qui est de l'épargne réglementée, la référence est le taux du Livret A, fixé par l'Etat et qui influe sur tous les autres, à l'exception du PEL. Cela tombe bien : ce taux vient de quadrupler en six mois et est désormais de 2%. Net, car l'épargne réglementée, hors CEL et PEL récents, bénéficie d'une exemption fiscale et sociale, qui coûte d'ailleurs très cher à l'Etat.

Sur ce seul critère, c'est le Livret d'épargne populaire qui est le plus intéressant, et de loin. Sa rémunération, en effet, est fixée depuis le 1er août 2022 à 4,60% net. Pourquoi tant d'écart avec le Livret A ? Tout simplement parce qu'il est conçu pour protéger votre épargne contre la hausse des prix. Un rôle de « rempart contre l'inflation » autrefois dévolue au Livret A, mais qu'il a récupéré depuis 2018. Sa rémunération est ainsi actuellement alignée sur la moyenne de la (forte) inflation annuelle au cours du 1er semestre 2022. Et, étant donné la hausse des prix actuelle (+6,1% en juillet 2022), elle sera probablement encore relevée en février 2023.

Principales caractéristiques des produits d'épargne réglementée au 1er août 2022
Taux d'intérêt actuelPlafond de versementEncours minimumFiscalité
Livret A2%22 950 €10 €aucune
LDDS2%12 000 €10 €aucune
LEP4,6%7 700 €30 €aucune
Livret Jeuneau moins 2%1 600 €10 €aucune
PEL1%61 200 €versement initial d'au moins 225 € ; puis 540 € par animpôt sur le revenu et prélèvements sociaux
CEL1,25%15 300 €300 €impôt sur le revenu et prélèvements sociaux

Pourquoi ce bonus pour le LEP ? Tout simplement parce qu'il s'adresse spécifiquement aux ménages les plus modestes, ceux qui affichaient en 2021 (donc sur leur avis d'imposition 2022) un revenu fiscal de référence (RFR) inférieur à 20 297 euros pour une part de quotient familial. Soit, tout de même, un ménage français sur deux environ, selon l'estimation de la Banque de France.

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Ces rendements vous paraissent faibles, comparés à l'inflation ? Souvent raillée de ce point de vue, l'épargne réglementée n'en reste pas moins avantageuse, si on la compare avec d'autres produits aux mêmes caractéristiques. Selon la Banque de France, les livrets ordinaires, dont les taux sont librement fixés par les banques, rapportent actuellement 0,09% en moyenne, avant impôts et prélèvements sociaux. Même les fonds euros de l'assurance vie, traditionnels concurrents de l'épargne réglementée, ont perdu leur avance sur ce critère.

Le plafond : avantage PEL

Avant d'arriver au pouvoir, en 2012, François Hollande avait fait une promesse : doubler le plafond du Livret A. Car on ne peut pas, en effet, profiter sans limite des produits d'épargne réglementée. Chacun affiche un plafond de versements, qui ne peut être dépassé que par les intérêts capitalisés au fil des années. La promesse du candidat socialiste devenu président de la République n'a pas été tenue. De 15 300 euros avant son élection, le plafond du Livret A est passé à 22 950 euros. Celui du LDDS a, en revanche, bien été doublé, passant de 6 000 à 12 000 euros. Le CEL, lui, est limité à 15 300 euros, le LEP à 7 700 euros et le Livret Jeune à 1 600 euros.

Sur ce critère, c'est le Plan Epargne Logement (PEL) qui s'avère le plus avantageux. Il permet de placer jusqu'à 61 200 euros au taux actuel de 1% brut, ou 0,70% net de flat tax (1). Un taux qui devrait, lui aussi, fortement remonter début 2023. Avec une contrainte majeure toutefois : y verser au moins 540 euros par an, en échéances mensuelles, trimestrielles ou semestrielles.

L'accessibilité : avantage Livret A

Le Livret A est le compte bancaire universel par excellence. Toute personne présente sur le territoire français, quel que soit son âge, peut en détenir un (et un seul, la double détention étant interdite), y compris, à La Banque Postale, si elle est sans domicile fixe. Il est également ouvert aux associations, aux syndicats de copropriété, aux organismes HLM... L'épargne logement (PEL et CEL), elle, est quasi universelle : toutes les personnes physiques, mêmes mineures, peuvent y accéder.

Très faciles d'accès, car très largement distribués, les autres produits d'épargne réglementée sont un peu plus restrictifs. Pour ouvrir un LDDS, il faut être un particulier contribuable. Les mineurs rattachés au foyer fiscal de leurs parents n'y ont donc pas accès. Le Livret Jeune, lui, est réservé aux jeunes de 25 ans et moins. Quant au LEP, nous avons déjà vu qu'il ne s'adressait pas aux ménages les plus fortunés.

La disponibilité des fonds : le PEL à éviter

Ce n'est pas un hasard si le Livret A est le support privilégié de l'épargne de précaution. Il a en effet l'immense avantage de ne pas bloquer les sommes placées, qui sont disponibles à tout moment et peuvent même être retirées à partir de 10 euros.

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Cette disponibilité, toutefois, n'est pas une exclusivité du Livret A. Elle vaut également pour le LDDS, le LEP, le Livret Jeune ou le CEL. Quant au PEL, si les fonds sont également disponibles à tout moment, il interdit les retraits partiels. Il vous faudra clore le compte pour récupérer votre argent. A éviter, donc, si vous souhaitez y puiser ponctuellement pour couvrir une dépense.

La sécurité du capital : avantage Livret A, LDDS et LEP

Assurance tous risques : lorsque vous placez votre argent sur un Livret A, un LDDS ou un LEP, vous êtes certain de ne pas perdre un centime de capital. Non seulement il y est garanti à 100%, mais il l'est par l'Etat, directement .

Ce n'est pas le cas pour les PEL, les CEL et les Livrets Jeunes, couverts, eux, par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FDGR), au même titre que les autres types de comptes de dépôt (compte courants, sur livrets, etc.). Donc à hauteur de « seulement » 100 000 euros par client et par banque, tous comptes confondus.

L'utilisation de l'argent : match nul

C'est la raison d'être de l'épargne réglementée, qui explique notamment cette garantie de l'Etat : attirer des dépôts qui seront utilisés par la puissance publique pour financer certaines politiques publiques d'intérêt général : le logement social, la ville, la transition énergétique et, via les collectivités locales, l'éducation, les mobilités, l'eau potable... De ce point de vue, pas de différence entre le Livret A, le LDDS, le LEP, etc. : l'argent va dans le même pot, qu'on appelle le Fonds d'épargne, géré par la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC).

Livret A : à quoi sert vraiment mon argent ?

Cet emploi ne concerne toutefois qu'une partie de l'argent placé : 60% pour le Livret A et le LDDS, et 50% pour le LEP, soit près de 300 milliards d'euros à la fin de 2021. Le reste — plus de 210 milliards — reste au bilan des banques chargées de la collecte. Elles ne peuvent toutefois pas l'utiliser comme elles veulent : elles doivent le flécher vers le financement des PME, de la transition énergétique et de l'économie sociale et solidaire.

Bilan : quel produit privilégier selon votre profil ?

Vous ne possédez pas encore les liquidités suffisantes pour mettre au plafond tous les produits d'épargne réglementée ? Comme plus de 80% des Français, vous détenez sans doute déjà un Livret A, souvent ouvert dès votre enfance pour vos parents. Pourtant, vous avez peut-être intérêt à le dégarnir pour abonder un de ses cousins.

Si votre revenu fiscal de référence 2021 ne dépasse pas le seuil de 20 297 euros, commencez par un Livret d'épargne populaire, le mieux rémunéré du lot. Pour savoir si vous êtes éligible, il suffit de regarder votre avis d'impôt ou, plus simple encore, de poser la question à votre banque, désormais autorisée à interroger directement le fisc. Paradoxalement, c'est le produit le plus sous-utilisé : selon l'Observatoire de l'épargne réglementée de la Banque de France, seul un tiers des Français éligibles en possédaient un fin 2021.

Si vous avez moins de 25 ans, pensez au Livret Jeune. Les taux pratiqués, fixés par les banques et pas par l'Etat, sont en train de remonter, en même temps que celui du Livret A, en dessous duquel ils ne peuvent légalement pas descendre.

Si vous avez la fibre solidaire, optez en priorité pour le LDDS : il permet en effet de faire don de toute ou partie de vos intérêts à des associations des secteurs environnemental et social.

Si vous avez beaucoup de liquidités à placer, enfin, et que vous souhaitez profiter des avantages de l'épargne réglementée, vous n'avez pas le choix : il faut vous tourner vers le PEL. Toutefois, étant donné ses contraintes (versements progressifs imposés, retraits partiels impossibles, rémunération fiscalisée), vous aurez peut-être plutôt intérêt à orienter votre argent vers d'autres placements plus pratiques et rémunérateurs.

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Mise à jour (22 août 2022) - Correction sur les retraits sur CEL et précisions sur la garantie des fonds sur PEL et CEL