Les loyers durant le confinement sont-ils annulés ?
Non, se loger ne devient pas gratuit durant lépidémie ! « En aucun cas, les bailleurs particuliers ne peuvent se permettre dannuler tout bonnement les loyers », nous explique Pierre Hautus, directeur de l'Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI). En revanche, leur versement peut être décalé, sans pénalité, pour certains types de locataires.
Ce que prévoient en effet les mesures durgence est « de reporter intégralement ou d'étaler le paiement des loyers [ ] afférents aux locaux professionnels et commerciaux et de renoncer aux pénalités financières et aux suspensions, interruptions ou réductions de fournitures susceptibles d'être appliquées en cas de non-paiement de ces factures, au bénéfice des microentreprises [ ] dont l'activité est affectée par la propagation de l'épidémie », peut-on lire dans le rapport du ministère de lEconomie en amont de la publication de lordonnance dédiée. Mais « suspension ne veut pas dire annulation », insiste Pierre Hautus.
Critères d'éligibilité : baisse de 70% du chiffre d'affaires notamment
Le gouvernement a acté le report des loyers des locaux professionnels et commerciaux dont lactivité est paralysée par lépidémie. Mais, concrètement, à partir de quelle baisse de chiffre daffaires labsence de pénalités sapplique-t-elle ? Les critères déligibilité devaient faire lobjet dun décret. Ce décret a été publié ce 31 mars au Journal officiel.
Ainsi, les entreprises pouvant obtenir un report de loyer doivent :
- avoir débuté leur activité avant le 1er février 2020
- ne pas être en cessation de paiement au 1er mars
- embaucher 10 salariés ou moins
- avoir réalisé un chiffre d'affaires inférieur à 1 million d'euros en 2019. « Pour les entreprises n'ayant pas encore clos d'exercice, le chiffre d'affaires mensuel moyen sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020 doit être inférieur à 83 333 euros », dispose le décret
- avoir réalisé un bénéfice imposable n'excèdant pas 60 000 euros pour 2019. « Pour les entreprises n'ayant pas encore clos un exercice, le bénéfice imposable augmenté le cas échéant des sommes versées au dirigeant est établi, sous leur responsabilité, à la date du 29 février 2020, sur leur durée d'exploitation et ramené sur douze mois », dispose le décret
- avoir fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public entre le 1er mars 2020 et le 31 mars 2020 ou avoir subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50% durant cette même période (seuil, autrefois de 70%, modifié par décret publié le 3 avril au JO)
Combien de temps ce report de loyer peut-il durer ?
Il peut aller au-delà de la période du confinement. En effet, labsence de sanction en cas de non-paiement s'applique « aux loyers et charges locatives dont l'échéance de paiement intervient entre le 12 mars 2020 et l'expiration d'un délai de deux mois après la date de cessation de l'état d'urgence sanitaire », dispose lordonnance publiée le 26 mars au Journal officiel.
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Cette suspension concerne-t-elle les loyers dhabitation ?
Non. Bien que des associations de consommateurs - la Confédération nationale du logement (CNL) et lassociation Consommation logement cadre de vie (CLCV) en tête ont appelé à un moratoire des loyers pour les particuliers en difficultés, lexécutif na annoncé aucune mesure concernant les baux dhabitation. « Pour les particuliers, la logique c'est que lEtat soutient les revenus de celles et ceux qui n'ont plus de revenus [...]. Quand vous êtes salarié, on vous donne le chômage partiel, quand vous êtes indépendant vous avez le fonds d'indemnisation. La logique est de dire qu'on se substitue aux revenus pour que les gens puissent faire face à leurs échéances et à leurs loyers [...], expliquait ainsi sur Sud Radio, le 20 mars, Julien Denormandie, ministre de la Cohésion des territoires.
Vos locataires particuliers doivent donc continuer à verser leurs loyers. « En cas d'impayé, n'oubliez pas d'activer les garanties habituelles (Visale, caution personnelle, assurance loyers impayés...) », rappelle lUNPI. Néanmoins, même si cette loi ne le prévoit pas, vous pouvez tout à fait négocier avec votre locataire le report de son loyer, par solidarité mais aussi parce quun contentieux savère souvent long et coûteux
Pouvez-vous accueillir un nouveau locataire ?
Oui. « Les déménagements [et donc les emménagements, ndlr] restent possibles sils ne peuvent pas être reportés, par exemple si le préavis est déjà posé et que le bail arrive à sa fin, en respectant les gestes barrières et sauf restrictions locales spécifiques », confirme à MoneyVox la communication du ministère de la Cohésion des territoires. Une attestation sur lhonneur expliquant le motif du déménagement avec la date et les deux adresses de départ et de destination est nécessaire », précise-t-elle.
A condition de respecter les consignes de sécurité, vous pouvez donc organiser létat des lieux (dentrée et de sortie) et la remise des clés. Mais, dans ce cas, vos locataires devront être prêts à mouiller le maillot Interdiction pour eux de se faire aider par des proches. Quant à faire appel à des déménageurs professionnels, la tâche risque dêtre complexe Les organisations professionnelles du déménagement ayant suggéré aux salariés de faire usage de leur droit de retrait. Tolérés, linstallation de nouveaux locataires et le départ des anciens savèrent donc, en pratique, compliqués.
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Pouvez-vous organiser des visites durant le confinement ?
Non. « Sauf circonstances particulières, l'organisation de la visite d'un logement ne présente pas en général un caractère d'urgence ou de nécessité qui permet de se déplacer », rappelle la communication ministérielle.
Un locataire dont le bail est arrivé à échéance peut-il rester dans le logement ?
Oui, avec ou sans votre accord selon les situations. Mesures de confinement obligent, la trêve hivernale est prolongée de 2 mois, soit jusquau 31 mai prochain. Attention, « elle nest repoussée que pour ceux qui se trouvent sans solution de relogement », précise Pierre Hautus. Si c'est le cas de votre locataire, il ne peut donc pas être expulsé.
Pour ceux qui ont une solution de repli, il reste recommandé de limiter au strict nécessaire les déplacements. Les déménagements doivent donc rester exceptionnels. Cest pourquoi votre locataire risque de vous demander de rester dans lhabitation le temps du confinement. Si vous êtes daccord, précise la communication ministérielle, « il faudra alors signer une « convention doccupation précaire » pour contractualiser cet accord temporaire. Si la signature de ce document pose des difficultés, un échange demails peut suffire comme preuve écrite de laccord trouvé entre le propriétaire et le locataire ».
Durant cette période transitoire, les loyers, ou plutôt le versement dindemnités compensatoires, restent dûs. En effet, « pour les baux arrivés à échéances, nous conseillons aux propriétaires et aux locataires de convenir dindemnités doccupation des lieux le temps de la crise », recommande le directeur de l'Union nationale des propriétaires immobiliers. Cela ne fait pas office de bail, et donc les locataires n'ont pas de préavis à respecter une fois le confinement terminé. Ces indemnités peuvent correspondre au loyer habituel. « Il est aussi possible pour ceux encore sous préavis de faire un avenant pour décaler la date de départ », ajoute Pierre Hautus.
D'autres questions encore sans réponse
Selon Pierre Hautus, certains bailleurs sinquiètent aussi du paiement des charges de copropriété en cas de report de loyer. « Elles risquent de ne pas être versées. Et derrière, il y a le danger que les syndics naient pas la trésorerie suffisante pour payer les factures, comme lélectricité pour les parties communes, quils règlent pour le compte des copropriétaires ». Des tractations sont en cours avec le gouvernement et les représentants des syndicats de copropriété, affirme le directeur de lUNPI.
Interrogation et discussion également sagissant des échéances de crédit des bailleurs : « Nous appelons en même temps à ce que les banques suspendent et rééchelonnent les prêts sans pénalités pour les bailleurs mis en difficultés par le non-paiement des loyers », ajoute Pierre Hautus.
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