Flash-back. En 2012, signer un prêt immobilier au taux de 4% navait rien de honteux : cétait le taux moyen des crédits toutes durées confondues selon la Banque de France. Puis, en lespace de 4 ans seulement, les taux immobiliers ont dégringolé : 3% en moyenne à lété 2013, 2,16% mi-2015, et 1,50% en décembre 2016 ! Depuis, ils nont jamais réellement rebondi, et ils sont mêmes restés sur une pente légèrement glissante, sans toutefois descendre beaucoup plus bas (1,17% en décembre 2019). Faut-il profiter de ces taux qui restent exceptionnellement bas, en 2020, pour renégocier un crédit immobilier dont le coût na pas été parfaitement optimisé ?
Renégocier : qui, et pour quel gain ?
En 2016, appâtés par de nouveaux records de taux bas, chaque mois, les emprunteurs se sont précipités en masse dans les agences bancaires et chez les courtiers. Selon le timing de lopération, par excès de précipitation, vous avez peut-être raté loccasion demprunter « au plus bas ». Dans la foulée dune année 2019 record, les taux 2020 vous offrent une occasion de rattraper ce « raté ».
Les écarts de taux étant minces, comment savoir si vous avez intérêt à vous lancer dans la renégociation ? Autrefois, banques et courtiers basaient leur discours sur la « règle de 1% ». En clair : envisager un rachat de prêt à 3% si votre crédit a été conclu à 4%. Pourquoi ? Parce quune renégociation, ou plus précisément un rachat de prêt par une banque concurrente, a un coût : il faut payer des pénalités - ou indemnités de remboursement anticipé (IRA) - et anticiper de nouveaux frais de garantie. Pour amortir ces coûts, vous devez obtenir un financement à un bien meilleur taux.
Plus dinfos : Racheter un crédit immobilier, combien ça coûte ?
Aujourd'hui, cette règle de 1% devient caduque : « Sil vous reste 15 ans à rembourser et que vous pouvez abaisser votre taux de 0,50%, vous avez probablement intérêt à étudier une renégociation », explique Bruno Risser, directeur du développement du courtier Cafpi. « Cette règle de 1% a toujours été simplifiée, confirme Pierre Chapon, fondateur du comparateur de crédits Pretto. Le delta entre lancien et le nouveau taux est important mais lintérêt se juge à la lumière du capital restant à rembourser, de la durée de prêt restante Nous avons vu passer des dossiers avec de gros montants, et de nombreuses années restantes, pour lesquelles un écart de 0,30% suffisait ! » Tout dépend aussi de votre objectif : si vous voulez optimiser votre montage financier en réduisant la durée de crédit, ou si vous voulez en profiter pour réduire vos mensualités.
Si vous voulez réduire le coût du crédit
« Le plus souvent, les emprunteurs cherchent à faire des économies sur le coût global du crédit », observe Pierre Chapon, de Pretto. Cette démarche a un double avantage. Premièrement plus la durée du nouveau crédit est faible, plus le taux sera bas. Deuxièmement plus vous réduisez la durée du crédit, plus vous économisez les frais mensuels : moins dintérêts, moins de cotisations dassurance.
Août 2016. Charlotte et Yanis, 28 et 30 ans, signent un prêt de 200 000 à 1,75% sur 20 ans, pour acheter une maison de 250 000 . Ils gagnent chacun 2 000 nets mensuels. Ils acceptent de prendre lassurance emprunteur proposée par leur banque (0,225% par tête, soit 0,45% au total), et une caution Crédit Logement.
- Mensualité : 1 063 , dont 75 dassurance
Août 2020. Il leur reste 16 ans de remboursements et 165 392 de capital restant dû (CRD) Pour racheter leur prêt, ils doivent anticiper les pénalités de la banque initiale (1 447 dIRA), et de nouveaux frais de garantie (2 322 ). Le montant total à racheter par une autre banque atteint donc 169 161 Leur but étant de réduire la durée de remboursement, en maintenant les mensualités à un niveau proche, ils obtiennent dans les conditions actuelles du 1,10% sur 15 ans (en conservant une assurance équivalente) :
- Mensualité : 1 083 , dont 63 dassurance
- Gain sur le coût total du crédit : 9 148
Exemple réalisé à laide de la calculatrice demprunt de MoneyVox, avec de quotités dassurance à 100% par emprunteur
Si vous voulez réduire vos mensualités
Deuxième possibilité : gagner en pouvoir dachat en réduisant vos échéances ! La contrepartie : cette option implique de maintenir votre durée de remboursement initiale, ce qui limite mécaniquement le gain sur le coût total du crédit.
Août 2020. Yanis et Charlotte demandent cette fois dabaisser les échéances mensuelles. Ils obtiennent du 1,15% sur 16 ans (en conservant une assurance équivalente). Le gain purement financier est moindre mais ils ont désormais 35 de moins à rembourser chaque mois !
- Mensualité : 1 028 , dont 63 dassurance
- Gain sur le coût total du crédit : 6 684
Si vous changez aussi dassurance emprunteur
Vous avez accepté le « contrat groupe » dassurance de prêt proposé par votre banque, sans chercher à le négocier, au moment de signer votre crédit initial ? Alors vous pouvez sans aucun doute envisager des économies. Un rachat de crédit vous offre une occasion de négocier une assurance emprunteur bien plus avantageuse, soit en acceptant celle proposée par votre nouvelle banque, soit en sollicitant un assureur alternatif.
Août 2020. Notre couple cherche toujours à réduire ses mensualités, mais il en profite pour changer dassureur. Le taux dassurance (par emprunteur) passe de 0,225% à 0,10% (soit 0,20% pour le couple). Résultat : 70 à rembourser en moins, chaque mois, par rapport à leur crédit initial !
- Mensualité : 993 , dont 28 dassurance
- Gain sur le coût total du crédit : 13 450
Voir aussi le comparateur dassurance de prêt
Faut-il vraiment se précipiter ?
La crise sanitaire implique nécessairement son lot dincertitudes. Difficile, dans ces conditions, de jouer les voyants et de donner des perspectives fiables sur lévolution des taux dans les prochains mois. Cependant, le directeur développement et stratégie de Cafpi, Bruno Risser, reconnaît que la balance penche clairement du côté dun stabilité des taux : « Linflation nest pas galopante, la dette française augmente Nous ne disposons daucun élément économique probant pour dire que les taux vont remonter dans les 6 ou 7 prochains mois. » Léconomiste Michel Mouillart sest lui aussi voulu rassurant dans la dernière étude trimestrielle dobservatoire Crédit Logement-CSA : « Les taux des crédits immobiliers ne devraient pas connaître de nouvelles tensions, au moins jusquà lautomne. »
Renégocier ? Oui. Se précipiter ? Non. Dautant que les particuliers remboursant déjà un crédit ont actuellement tout intérêt à jouer la concurrence et le rapport de force avec les banques : « Suite au rappel à lordre du Haut conseil de stabilité financière [HCSF, entité liée à Bercy, NDLR], les dossiers finançables se raréfient dans les banques, appuie Pierre Chapon, de Pretto. La concurrence est donc dautant plus forte sur les dossiers finançables, et les dossiers de renégociation en font partie. » Bruno Risser, de Cafpi, confirme : « Si vous avez conclu votre premier emprunt il y a 2 ou 3 ans, que votre situation ne sest pas dégradée et que vous remboursez vos échéances sans accroc, vous devenez une cible pour les banques concurrentes. »



















