Pascal Beuvelet est président du réseau de courtage In&Fi Crédits
Les taux fixes des crédits immobiliers nont jamais été aussi bas quactuellement. Les observateurs établissent souvent un lien entre cette situation et la faiblesse des taux des OAT 10 ans (1). Cette corrélation technique est-elle réelle ?
Pascal Beuvelet : « Non, il sagit dune idiotie. En France, on peut effectivement constater que les courbes des OAT 10 ans et des taux fixes immobiliers se suivent. Cest normal, puisque dans les deux cas, ce sont les banques qui financent ces emprunts grâce aux mêmes ressources : leurs fonds propres, les dépôts de leurs clients et leurs propres emprunts auprès de la Banque centrale européenne. Mais cela ne signifie pas quil y a une relation de cause à effet entre les deux. Il nest dailleurs pas exclu que les deux courbes divergent un jour, comme cela a pu être le cas, il y a quelques années, en Grèce où, au plus fort de la crise, les particuliers ont emprunté à des taux inférieurs à ceux appliqués à lEtat. »
Comment sont fixés les taux de ces OAT ?
P.B. : « LEtat emprunte dune façon particulière, puisquil a une obligation de mise en concurrence. Il en a confié la responsabilité à lAgence France Trésor (AFT) qui émet chaque mois ces OAT, pour un montant denviron 200 milliards deuros en 2019. »
Comment se déroule concrètement cette mise en concurrence ?
« Pas d'impact direct de l'OAT 10 ans sur les taux »
P.B. : « Chaque mois, lEtat annonce la somme quil souhaite emprunter et propose un taux dintérêt, par exemple 0,03% à 10 ans, quil met aux enchères. A partir de là, les prêteurs, parmi lesquels des banques françaises, vont faire des propositions Et en fonction de ces réponses, lEtat va distribuer ses OAT. Si leurs taux montent, cest donc que les prêteurs ont moins confiance en la capacité de remboursement de lEtat ou quils ont trouvé un placement plus intéressant ailleurs. Mais cette évolution naura pas dimpact direct sur les taux des crédits immobiliers. »
Quelles sont alors les facteurs qui influent directement sur les taux des crédits immobiliers proposés par les banques à leurs clients ?
P.B. : « Il y a dabord le coût de la ressource, qui évolue en fonction de plusieurs paramètres : le contexte général de taux - plus les taux des placements sont bas, moins la ressource est chère pour les banques ; le volume de dépôts détenus par la banque - la quantité de cash disponible en quelque sorte ; le coût de lorganisation bancaire enfin : moins la banque a dagences à entretenir et de conseillers bancaires sur le terrain, plus le coût de la ressource diminue. Sy ajoute ensuite la marge de la banque, quelle peut choisir d'augmenter ou de réduire en fonction de létat de la concurrence et de la réalisation, ou non, de ses objectifs commerciaux. Ces deux derniers éléments varient énormément selon les régions, ce qui explique que les taux ne sont pas uniformes sur tout le territoire. Par exemple, une enseigne de province qui naura pas atteint, en fin dannée, son budget dinvestissement en crédits immobiliers sera tentée de réduire sa marge. A linverse, dans une grande ville où la demande reste forte, une banque aura moins de raisons de le faire. »
Lire aussi : Pourquoi les taux sont beaucoup plus bas dans certaines régions
Quen est-il du coût du risque ?
« Chaque banque a ses secrets de fabrique »
P.B. : « Cest un domaine beaucoup plus secret. Le risque est calculé par des spécialistes, qui croisent de multiples statistiques pour déterminer une probabilité dimpayés en fonction de lâge, du sexe, de la profession de lemprunteur, etc. Chaque banque a ses secrets de fabrique en la matière. On peut toutefois percevoir certaines différences entre les enseignes en observant le marché : on constate, par exemple, que la Banque Populaire prête plus facilement que dautres aux entrepreneurs, parce quelle a un savoir-faire sur ce profil qui lui permet de bien maîtriser les risques. »
Voir aussi le comparatif des taux des crédits immobiliers
(1) « Obligations assimilables au Trésor », titres de dette souveraine émis par lEtat français pour se financer.


















