Sébastien Duchesne, la France, comme les autres pays de lUnion européenne doit transposer, dici le 21 mars prochain, la directive européenne sur le crédit hypothécaire (1). Quelle est la philosophie de ce texte ?
Sébastien Duchesne : « Son ambition est à la fois de créer un marché commun du crédit immobilier et de mettre en place les conditions dune meilleure information et protection des consommateurs. En un mot, de ''responsabiliser'' la distribution des prêts destinés à financer lachat de biens immobiliers dhabitation. Il sagit donc dun texte symbolique de laprès-crise des subprimes [crise qui a touché en 2007 le secteur des prêts hypothécaires risqués aux Etats-Unis, prémices de la crise mondiale de 2008, NDLR] , qui apporte des chamboulements dans lapproche factuelle de loctroi du prêt et cherche à instaurer une relation de confiance entre banques et emprunteurs. »
Que change-t-elle, plus spécifiquement, dans votre domaine dexpertise, lévaluation immobilière ?
S.D. : « Aujourdhui, le banquier a évidemment un devoir de conseil envers son client. Mais en matière dévaluation immobilière, il fait à peu près ce quil veut. Pour décider de loctroi dun prêt, il peut par exemple choisir de faire évaluer le bien en interne, ou bien solliciter un agent immobilier local. Lapplication de la directive mettra un frein à ces pratiques hétérogènes, en lobligeant, quel que soit le montant du prêt demandé, à sassurer de la qualification de lexpert indépendant chargé de vérifier que le bien visé ou utilisé pour garantir le prêt vaut bien le prix affiché. Déterminer la valeur hypothécaire et calculer le ratio ''Loan to Value'' [ratio de risque correspondant au rapport entre lendettement et la valeur de marché du bien, NDLR] vont devenir indispensables pour mesurer le risque bancaire dans le cadre d'un financement. »
Comment le prêteur pourra-t-il sassurer de la qualification de lexpert ?
S.D. : « Actuellement, lactivité dexpert en évaluation immobilière nest pas reconnue en tant que telle par le Conseil dEtat, et est peu réglementée. Le décret destiné à transposer la directive dans le droit français va professionnaliser le métier. Lévalueur devra alors être dûment qualifié, justifier chaque année de 20 heures de formation, sappuyer sur des normes internationales, être affilié à une organisation professionnelle signataire de la Charte de lexpertise en évaluation immobilière et, évidemment, sengager à respecter cette charte. Cette volonté de clarté et de sécurité va permettre de renforcer la relation de confiance, en sappuyant sur la notion de prêt responsable. »
Ce recours systématique à un évalueur ne risque-t-il pas dalourdir le processus de commercialisation des prêts immobiliers ?
S.D. : « Effectivement, les banques ont tendance à voir dans cette directive une énième réglementation venant compliquer loctroi de prêt, comme les lois Scrivener et Lagarde lont fait par le passé. Certaines pratiques publicitaires vantant loctroi de crédits immobiliers sur smartphone avec accord de principe immédiat ne seront plus possibles avec la nouvelle directive. Normer lévaluation va permettre aux organismes financiers de réduire au maximum leur risque, et de délivrer une information plus transparente pour le consommateur. »
Que pensent les agents immobiliers de ces nouvelles règles ?
S.D. : « Cela ne va pas changer grand chose pour eux, dans la mesure où ils ne sont de toute façon pas autorisés à vendre leurs avis de valeurs, sauf si eux-mêmes sont experts immobiliers et quils ne sont pas impliqués dans le processus de commercialisation du prêt. »
La France sera-t-elle prête à transposer cette directive dans les délais, cest-à-dire avant le 21 mars prochain ?
S.D. : « Beaucoup ny croit pas, mais jai eu la confirmation de la Commission européenne : la France sera prête, et la nouvelle réglementation entrera en vigueur pour tous les prêts contractés à compter du 1er juillet 2016. »
Quel est létat du marché de lévaluation immobilière en France ? Et ses acteurs pourront-ils faire face à la hausse de la demande ?
S.D. : « Cest déjà un marché très concurrentiel. Il existe 14 associations majeures dexpertise en France. On trouve dun côté de grosses structures, le plus souvent parisiennes, qui sadressent plutôt aux entreprises du CAC 40 ; de lautre, des centaines dexperts indépendants. Entre les deux, il y a effectivement un marché à prendre, sur lequel se positionne Cofaris Evaluation. Nous avons pris les devants en industrialisant nos process avec un extranet performant, afin de répondre à la demande de nos clients banquiers. Couplé à un réseau national de 20 experts immobiliers agréés et certifiés, nous sommes prêts pour répondre à la demande de nos clients banquiers. »
(1) La Directive sur le crédit hypothécaire portant sur les contrats de crédit aux consommateurs relatifs aux biens immobiliers à usage résidentiel, parfois appelée MCD (pour Mortgage Credit Directive) a été adoptée le 4 février 2014. Sauf délai accordé, les Etats membres ont jusquau 21 mars 2016 pour la transposer dans leurs droits nationaux.
Mise à jour (17 février 2016) - La confirmation que la France serait prête dans les temps est venue de la Commission européenne, et non pas de l'ACPR et de Bercy, comme précédemment indiqué.
Mise à jour (19 février 2016) - Précision sur les agents immobiliers.
















