Depuis la remontée brutale des taux amorcée en 2022, un sentiment domine chez de nombreux candidats à l'achat : celui d'un crédit devenu « cher ». Avec des taux proches de 3% à 3,5% sur 20 ans en ce début d'année 2026, beaucoup ont le sentiment d'avoir manqué le coche. Une impression largement partagée, mais pas forcément avérée si l'on se penche sur les taux de crédit immobilier des dernières années.

Des taux historiquement encore bas

Car ces niveaux correspondent en réalité à une moyenne historique, comme le rappelle ce jeudi le courtier Meilleurtaux dans son observatoire du crédit immobilier. Sur les vingt dernières années, les taux immobiliers ont évolué dans des ordres de grandeur similaires, bien au-delà des planchers observés au sortir de la crise sanitaire. Autrement dit, les conditions actuelles ne sont pas particulièrement défavorables. Ce sont plutôt les années 2020-2021, avec des taux flirtant avec 1%, qui relevaient de l'exception.

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« Nous sortons d'une période de volatilité anormale où l'on est passé de taux très bas fin 2022 (taux à 1,1% en moyenne) cumulant les effets de la crise de 2008 et de celle du Covid, à une remontée rapide jusqu'à fin 2023 (taux à 4,45%). Inutile donc d'espérer revoir des taux à 1% ! Les taux actuels sont des taux intéressants qui permettent d'envisager sereinement les projets immobiliers », analyse Maxime Chipoy, Directeur éditorial de Meilleurtaux.

Ce décalage entre perception et réalité tient à ce que les économistes appellent un « biais d'ancrage ». Les emprunteurs comparent spontanément les taux actuels à ceux, extrêmement bas, qu'ils ont récemment connus ou entendus évoquer. Mais cette référence est faussée, car elle correspond à une période atypique, marquée par des politiques monétaires ultra-accommodantes.

Dans ce contexte, espérer un retour durable à des taux proches de 1% apparaît peu réaliste. Les professionnels du secteur invitent désormais à raisonner différemment : un taux autour de 3% est aujourd'hui considéré comme un bon taux, permettant de financer un projet immobilier dans des conditions équilibrées.

Reste que cette normalisation ne suffit pas à elle seule à relancer pleinement le marché. Car si le coût de l'argent est redevenu « classique », les prix immobiliers, eux, sont restés élevés. C'est ce décalage qui alimente le sentiment d'un accès au crédit plus difficile. En d'autres termes, le problème n'est peut-être pas tant le niveau des taux que le souvenir encore très présent d'une période où emprunter ne coûtait presque rien.