Le léger rebond des taux immobiliers constaté ces dernières semaines se confirme, sur fond de tensions géopolitiques et d'accélération de l'inflation. En fonction des durées d'emprunt et des établissements bancaires, la hausse est comprise entre 5 à 15 points de base, constate le courtier Meilleurtaux dans un communiqué diffusé ce jeudi.
Un scénario qui confirme les propos tenus mardi par Laurent Bortoli, directeur crédits de la Banque Postale lors d'une conférence de presse sur les perspectives de l'épargne et du crédit. « Ce qu'on peut imaginer sur le mois d'avril, c'est qu'il y ait des ajustements de taux entre 5 et 15 centimes », a-t-il indiqué, selon Les Echos.
Un taux de crédit moyen de 3,3% en 2026
« Une banque nationale vient de nous informer qu'elle allait probablement remonter ses taux d'ici à 15 jours en raison du conflit et quatre établissements financiers régionaux ont déjà annoncé une hausse de 10 points de base pour avril », abonde également Sandrine Allonier, la porte-parole du courtier Vousfinancer.
Selon Laurent Bortoli, les taux de crédit à l'habitat, toutes durées confondues, devraient légèrement remonter pour se normaliser à 3,3% en 2026 et 3,4% en 2027, contre un point bas fin 2025 à 3,1%. Si une remontée graduelle du coût du crédit pour les emprunteurs se confirme, une flambée des taux en raison de la guerre en Iran et du rebond de l'inflation avancée cette semaine par l'Insee, n'est pas le scénario envisagé. A court terme, Laurent Bortoli mise sur « une hausse modérée des taux. » Une tendance qui se prolongerait si le conflit dure et si la hausse des prix s'accélère.
A ce stade, « deux facteurs principaux jouent en faveur de cette hausse très limitée. En premier lieu le signal positif de la Banque Centrale Européenne (BCE), qui, en décidant le 19 mars de maintenir ses niveaux de taux, a donné des gages de stabilité aux établissements. D'autre part, il y a une volonté farouche des banques de ne pas casser la dynamique du marché immobilier alors que commence le Printemps de l'immobilier, moment toujours décisif pour réussir leur année, le crédit constituant un moyen de conquête de nouveaux clients », analyse Guillaume Fourt, responsable des partenariats bancaires chez Meilleurtaux.
Les taux moyens dans les banques
- Sur 15 ans : 3,20% d'après Meilleurtaux, 3,20% pour Vousfinancer, 3,20% pour Pretto.
- Sur 20 ans : 3,35% d'après Meilleurtaux, 3,40% pour Vousfinancer, 3,29% pour Pretto
- Sur 25 ans : 3,45% d'après Meilleurtaux, 3,50% pour Vousfinancer, 3,40% pour Pretto.
Taux moyens constatés par les réseaux de courtage, sur la base des barèmes fournis par les banques. Ils ne tiennent pas compte du coût de l'assurance emprunteur.
« Aucun établissement ne souhaite en effet passer la frontière psychologique des 3,5% en moyenne sur 20 ans, qui pourrait refroidir les Français dans leurs projets. De même, une remontée trop rapide des taux pourrait entraîner des tensions avec le taux d'usure (le taux maximum autorisé) ndlr, ce qui limiterait fortement les marges de manuvre des banques sur les crédits de la fin d'année. Elles sont donc prêtes à prendre sur elles dans les prochains mois pour éviter un blocage du marché », poursuit Guillaume Fourt.
Des établissements qui font déjà de gros efforts depuis plusieurs mois, d'après La Banque Postale. « La marge brute moyenne des banques françaises sur le crédit à l'habitat est retournée en territoire négatif depuis le 3ème trimestre 2024 », avance-t-elle dans son analyse publiée cette semaine.
Certaines ciblent plusieurs profils, et notamment les primo-accédants et les jeunes avec des prêts bonifiés. C'est le cas, par exemple, de la Caisse d'Épargne avec son Prêt Primo Jeune jusqu'à 20 000 euros à 0%, avec une gratuité des frais de dossier ». Dispositif similaire également au Crédit Coopératif avec son PTZ Jeunes réservé aux moins de 35 ans.
Ces banques proposent encore des taux canons pour les emprunteurs
Si a priori, les banques sont prêtes à éviter un éventuel ralentissement du marché immobilier, celui-ci pourrait, venir de clients redevenus méfiants dans un contexte anxiogène. « Beaucoup de Français pourraient, face au contexte géopolitique et à la hausse des coûts de l'énergie qui a des conséquences réelles sur les budgets de certains candidats emprunteurs préférer reporter leurs projets immobiliers plutôt que de s'engager dans une période d'incertitude - », anticipe Guillaume Fourt.
Ce jeudi matin, l'Insee a indiqué que la confiance des ménages français s'est repliée « légèrement » en mars. Dans ce contexte, les Français veulent épargner et éviter les grosses dépenses.


















