Les marchés : Inflation sous contrôle !

Le CAC 40 termine la semaine en léger repli, abandonnant 0,35% à 8 312 points, pénalisé notamment par le poids des valeurs bancaires et de L'Oréal. La séance reste toutefois dominée par une salve de publications d'entreprises très suivies. Safran s'impose comme la vedette du jour, avec un bond de plus de 8%, après avoir relevé ses objectifs à horizon 2028 et publié un bénéfice net 2025 en progression. À l'inverse, certaines grandes capitalisations pèsent sur l'indice, rappelant qu'en période de résultats, les mouvements restent très sélectifs d'une valeur à l'autre. Sur le plan international, la prudence domine. Les marchés européens évoluent globalement en léger repli, tiraillés entre les interrogations persistantes sur l'impact de l'intelligence artificielle sur certains modèles économiques et les tensions géopolitiques toujours présentes en Europe de l'Est et au Moyen-Orient.

Dans ce contexte, les valeurs technologiques résistent plutôt bien, tandis que les secteurs bancaire et pétrolier marquent davantage le pas. La vraie bonne surprise vient en revanche des États-Unis. L'inflation a ralenti plus vite que prévu en janvier, avec une hausse des prix limitée à 2,4% sur un an, contre 2,7% en décembre et 2,5% attendus par le marché. C'est le quatrième mois consécutif de ralentissement, un signal rassurant pour les investisseurs qui redoutaient une nouvelle hausse des prix. Cette accalmie sur le front de l'inflation laisse espérer un environnement plus favorable pour les marchés dans les prochains mois, même si la trajectoire des taux de la Réserve fédérale reste encore sujette à débat.

Les valeurs : L'Oréal, les bancaires et Eutelsat

Stellantis Le numéro un mondial des cosmétiques déçoit en fin d'année et chute de 4,93% en Bourse à 372,35€. Le groupe a publié une croissance trimestrielle de 6%, légèrement inférieure aux attentes, pénalisée surtout par un fort ralentissement en Asie du Nord, notamment en Chine, et par une performance insuffisante de sa division Luxe. Les ventes dans les boutiques détaxées des aéroports, un canal important en Chine et en Corée, ont fortement pesé sur l'activité, entraînant des déstockages et une nette décélération de la croissance régionale. Dans un contexte où la valorisation de L'Oréal reste élevée, le marché attendait une dynamique plus solide pour justifier les niveaux de cours actuels. La direction se veut néanmoins rassurante, estimant que le point bas pourrait être atteint en Chine et que 2026 devrait marquer une amélioration grâce à de nombreux lancements de produits et à une reprise progressive des marchés clés. Mais ces perspectives n'ont pas suffi à convaincre les investisseurs à court terme. Depuis le début de l'année, le titre affiche une hausse de 2%.

Les bancaires Les valeurs bancaires européennes ont subi une forte correction en Bourse, sur fond de nouvelles inquiétudes autour de l'impact potentiel de l'intelligence artificielle sur certains métiers financiers, notamment la gestion de fortune et le conseil en investissement. La présentation par une start-up américaine d'un outil capable d'automatiser l'analyse de données financières et la construction de stratégies fiscales a ravivé la crainte d'une disruption des activités de conseil, entraînant un mouvement de défiance sur l'ensemble du secteur bancaire. Cette correction intervient après une année 2025 exceptionnelle pour les banques, avec une envolée de plus de 160% pour Société Générale, près de 50% pour BNP Paribas et environ 40% pour Crédit Agricole. Après un tel parcours, de nombreux investisseurs préfèrent désormais prendre leurs bénéfices dans un marché devenu plus volatil. Les fondamentaux du secteur restent solides, mais les nouvelles incertitudes, notamment autour de l'impact des technologies et de l'évolution du cycle économique, incitent à sécuriser une partie des gains accumulés. Dans ce contexte, Société Générale chute de 5,42% à 66,7€, signant la plus forte baisse du CAC 40 de la séance, et entraîne dans son sillage BNP Paribas (-2,4%) et Crédit Agricole (-0,9%).

Eutelsat Le groupe de communication par satellite progresse de 5,16% à 2,24€ après la publication de résultats semestriels jugés solides et surtout marqués par un net renforcement de la situation financière du groupe. Si l'activité historique de diffusion vidéo continue de reculer, la dynamique est désormais portée par les services de connectivité via la constellation de satellites en orbite basse OneWeb, dont les revenus bondissent de près de 60% et représentent désormais environ un cinquième du chiffre d'affaires. Surtout, le marché salue la réussite de l'augmentation de capital de 1,5 milliard d'euros, l'amélioration des notations de crédit et l'obtention de nouveaux financements, qui réduisent fortement la pression sur l'endettement et sécurisent les investissements futurs. La commande de 440 nouveaux satellites pour assurer la continuité et la montée en puissance de OneWeb renforce également la crédibilité stratégique du groupe dans la course mondiale à la connectivité spatiale. Depuis le début de l'année, le titre éligible au PEA-PME progresse de 30%.

Le résultat du vendredi. Safran accélère : +8,3%

L'équipementier aéronautique s'envole de 8,3% ce soir à 332,8€, porté par des résultats 2025 solides et surtout par des perspectives 2026 supérieures aux attentes du marché. Le groupe profite de la bonne santé du transport aérien, ce qui augmente les besoins de maintenance et de pièces détachées, une activité très rentable. Le point qui a le plus rassuré les investisseurs, c'est l'argent généré par l'entreprise. Safran a produit plus de trésorerie que prévu en 2025 et vise encore plus en 2026, malgré un impact fiscal défavorable en France. Le groupe a aussi relevé ses ambitions à l'horizon 2028, en visant beaucoup plus de trésorerie cumulée sur la période 2024-2028 qu'auparavant.

Safran estime même que ces objectifs restent prudents, car ils ne tiennent pas compte d'éventuelles nouvelles commandes du Rafale, qui pourraient doper l'activité si un gros contrat en Asie se confirme. Enfin, la direction a voulu calmer les inquiétudes sur les effets des variations de change en expliquant qu'elle se protège à l'avance contre ces mouvements, ce qui rend ses résultats futurs plus prévisibles. Avec la hausse du jour, le titre progresse de 12% depuis le début de l'année. De notre côté, cette dynamique nous a permis de clôturer notre opération de court terme sur une performance de près de +10%.

Le monde d'après : La coût du protectionnisme

Le débat enfle autour du coût réel de la politique commerciale américaine. Selon le Bureau du budget du Congrès, ce sont avant tout les entreprises et les consommateurs américains qui supportent le poids des droits de douane, à hauteur de 95%, via des hausses de prix à l'importation largement répercutées dans les rayons. Ces mesures, combinées au durcissement de la politique migratoire, pèsent sur la croissance potentielle et entretiennent des tensions inflationnistes, tout en aggravant une trajectoire budgétaire déjà jugée insoutenable. Le déficit fédéral (voir lexique) devrait ainsi frôler 1 900 milliards de dollars cette année et la dette publique dépasser le PIB avant d'atteindre des niveaux inédits depuis l'après-guerre dans la prochaine décennie. Les charges d'intérêts deviennent progressivement l'un des premiers postes de dépenses de l'État, réduisant les marges de manœuvre budgétaires à long terme.

Si les recettes issues des droits de douane progressent, le Bureau du budget du Congrès estime que cet effet restera temporaire face à la montée structurelle des dépenses. Dans ce contexte, le statut du dollar comme valeur refuge est de plus en plus questionné. La combinaison de déficits persistants, d'une dépendance accrue aux capitaux étrangers et d'un marché actions américain jugé plus risqué pousse une partie des investisseurs internationaux à diversifier leurs placements hors des États-Unis. Résultat, malgré des taux toujours élevés, le billet vert continue de s'affaiblir, laissant planer le doute sur la solidité durable de l'exceptionnalisme financier américain. Affaire à suivre !

Le lexique : Le déficit fédéral

Le déficit fédéral apparaît lorsque, sur une année, l'État dépense plus d'argent qu'il n'en encaisse via les impôts, taxes et autres recettes publiques. Pour combler cette différence, le gouvernement doit emprunter sur les marchés financiers, ce qui augmente la dette publique. Ce phénomène n'est pas forcément problématique sur une courte période, notamment en cas de crise économique ou pour financer des investissements majeurs. En revanche, on parle de déficit insoutenable lorsque ce déséquilibre devient chronique et que la dette augmente plus vite que la richesse produite par le pays (le PIB). Dans ce cas, une part croissante du budget de l'État sert uniquement à payer les intérêts de la dette, au détriment des dépenses utiles au pays comme l'éducation, la santé, la sécurité ou les infrastructures. À long terme, cela réduit la marge de manœuvre budgétaire, peut pousser à augmenter les impôts, réduire certaines dépenses publiques, ou rendre le pays plus dépendant des investisseurs étrangers pour financer sa dette.