Le financier, résident en Suisse, est jugé depuis le 4 février devant le tribunal correctionnel aux côtés de l'investisseur Alexis Kuperfis et de son gestionnaire de fortune, Thierry Braha, renvoyé pour complicité de délit d'initié. Les trois hommes sont soupçonnés d'avoir illégalement obtenu une information « privilégiée » concernant le projet du géant français des gaz industriels de racheter son rival américain pour 13,4 milliards de dollars (12,5 milliards d'euros), annoncé le 17 novembre 2015.

Le Parquet national financier (PNF) a requis une amende de 13 millions d'euros et un an de prison contre Alexis Kuperfis, lui aussi résident en Suisse. A l'encontre de son gestionnaire de fortune, Thierry Braha, la procureure a demandé une peine de six mois de prison avec sursis assortie d'une amende de 450 000 euros.

Ce dossier est « exceptionnel » en raison des écoutes qui cassent « l'impunité habituelle » des délits d'initié sur lesquels l'Autorité des marchés financiers (AMF) - partie civile dans le dossier - alerte depuis des années, a expliqué en préambule la procureure, Alice Juramy. « L'information se transmet en quelques mots, à distance, sans laisser de trace », a ajouté le ministère public, évoquant une pratique consistant à « casser le lien entre la source et les intermédiaires ». Dans cette affaire hors norme, quatre des sept mis en cause ont déjà plaidé coupable, confondus par des écoutes téléphoniques accablantes.

L'écrivain, le coiffeur et le cowboy

À l'origine du dossier, un ancien chargé d'affaires de la Société Générale, Stéphane Fima, surnommé « l'écrivain », informe Thomas Seligman, dit « le coiffeur », gestionnaire de société, de l'opération de rachat alors confidentielle, consignée dans les serveurs de la banque sous le nom de code « Sangria ».

Averti à son tour, Lucien Selce, soupçonné d'avoir réalisé une plus-value proche de 10 millions d'euros, aurait ensuite informé son ami Alexis Kuperfis, surnommé le « cow-boy ». Ce dernier aurait demandé à son gestionnaire de fortune, Thierry Braha, d'acheter des milliers de titres Airgas quelques jours avant l'annonce officielle du rachat.