Les marchés : la sanction du marché
Ce 11 février, le CAC 40 clôture une nouvelle fois sans grand changement (-0,18% à 8 313 points). Les marchés s'interrogent de plus en plus sur l'impact de l'intelligence artificielle et commencent à distinguer les entreprises qui pourraient en profiter de celles qui risquent d'en souffrir. Dans ce contexte, plusieurs sociétés perçues comme vulnérables face à l'IA sont fortement sanctionnées en Bourse, comme Capgemini (-8,2%), Publicis (-8,7%) ou Sopra Steria (-6%).
Mais c'est surtout la lourde sanction de Dassault Systèmes (-20,8%) qui retient l'attention à la Bourse de Paris. Les résultats annuels de l'éditeur de logiciels sont décevants et provoquent un décrochage spectaculaire, indépendamment du débat sur l'IA.
À l'inverse, des groupes positionnés sur les infrastructures et l'efficacité énergétique des centres de données, comme Schneider Electric (+3,5%) et Legrand (+2,9%), progressent nettement. L'écart de performance entre ces deux types d'entreprises est déjà très marqué depuis le début de l'année. Par ailleurs, TotalEnergies (+2,7%) progresse après avoir publié des résultats rassurants.
Enfin, Wall Street oscille depuis plusieurs heures entre territoires positif et négatif. En cause, un bon rapport sur l'emploi américain qui réduit la probabilité d'une baisse des taux dans les semaines à venir. Les investisseurs américains hésitent à voir le verre à moitié plein (solidité du front de l'emploi), ou à moitié vide (baisses de taux reportées).
Les valeurs : Dassault Systèmes, Total et THX Pharma
Dassault Systèmes - Lourde sanction boursière ! Après une publication très décevante, Dassault Systèmes décroche de 20,81% ce soir, et clôture à 17,77€, portant désormais la baisse du titre à près de 25% depuis le début de l'année. L'éditeur français de logiciels affiche une croissance de seulement 1% au quatrième trimestre, très loin des attentes du marché, pénalisée notamment par la chute des ventes de nouvelles licences et par la faiblesse persistante de certaines de ses activités. La rentabilité ressort également inférieure aux attentes, confirmant que le groupe traverse une période de transition difficile. Par ailleurs, les investisseurs s'inquiètent de l'impact potentiel de l'intelligence artificielle sur le secteur des logiciels professionnels. La déception du marché est aussi liée aux perspectives 2026, jugées trop prudentes et bien en dessous des anticipations du marché, alimentant les doutes sur la capacité du groupe à retrouver rapidement la trajectoire de la croissance. Cette combinaison de résultats faibles, d'objectifs décevants et d'incertitudes liées à l'IA a provoqué cette sévère réaction à la Bourse de Paris.
Total - TotalEnergies rassure le marché, et progresse de 2,74% à 64,22€. La major pétrolière publie des résultats trimestriels globalement conformes aux attentes, mais avec plusieurs points jugés particulièrement solides par les bureaux d'études. Malgré un baril moins cher qu'au trimestre précédent, le groupe maintient une forte génération de trésorerie, voit son endettement reculer et profite d'une nette amélioration des marges de raffinage en Europe. Autre signal fort, Total affiche un excellent renouvellement de ses réserves d'hydrocarbures, assurant plus de douze années de production au rythme actuel, un niveau supérieur à celui de ses principaux concurrents européens. La direction confirme par ailleurs un excellent retour aux actionnaires avec un solide dividende d'environ 6% et la poursuite des rachats d'actions, à un rythme prudent, dans un contexte où certains concurrents, comme BP, ont dû suspendre leurs programmes pour préserver leur bilan financier. Ce contraste met en lumière la solidité financière de Total, dont les flux de trésorerie offrent une meilleure visibilité pour les années à venir. Depuis le début de l'année, le titre progresse déjà de plus de 15% !
THX Pharma - La petite biotech s'envole de 31,25% à 3,15€ après l'annonce d'un accord stratégique avec le laboratoire français Biocodex portant sur deux de ses candidats médicaments destinés au traitement de maladies neurologiques rares. Cet accord de licences prévoit notamment un paiement initial de 12 millions d'euros, ainsi que des paiements d'étape pouvant porter le potentiel total du partenariat à 173 millions d'euros, auxquels s'ajouteront des redevances sur les ventes futures. L'opération renforce à la fois la visibilité financière et la crédibilité industrielle du groupe lyonnais, tout en limitant ses besoins de financement pour la poursuite des développements cliniques. Les investisseurs saluent cette avancée qui valide la stratégie recentrée de la société dans les maladies rares et améliore sensiblement ses perspectives. Depuis le début de l'année, le groupe éligible au PEA-PME progresse de 40%.
L'événement du mercredi : Emploi US, une situation contrastée
En janvier, l'économie américaine a montré une solidité supérieure aux attentes, avec davantage de créations d'emplois que prévu et un taux de chômage en légère baisse. 130 000 emplois ont été créés dans le secteur privé, hors agriculture, soit le double de ce qui était prévu par le marché.
Cette dynamique positive s'explique surtout par des embauches dans des secteurs clés comme la santé, le social et la construction, même si, en parallèle, des suppressions de postes ont eu lieu dans la finance et au sein de l'administration fédérale. Ces chiffres ont surpris Wall Street, d'autant que les prévisions initiales étaient nettement plus prudentes. Les données des mois précédents ont toutefois été revues à la baisse, rappelant que la situation reste contrastée.
Ce marché du travail résistant rend moins probable une baisse rapide des taux d'intérêt par la Banque centrale américaine, qui préfère agir lorsque l'économie ralentit davantage. Dans ce contexte, les investisseurs continuent d'anticiper des baisses de taux au cours de l'année, mais l'hypothèse d'une première baisse dès le mois de mars s'éloigne, notamment à cause de l'inflation qui reste élevée. Verdict vendredi pour sa mise à jour mensuelle.
Le monde d'après : Mistral accélère en Europe
La start-up française Mistral franchit une nouvelle étape dans la course à l'IA en annonçant son plus important investissement à ce jour. Le champion tricolore va investir 1,2 milliard d'euros pour construire un data center en Suède, son premier grand projet hors de France. Ce site, qui doit entrer en service en 2027, permettra d'augmenter de moitié les capacités de calcul du groupe, un levier clé pour entraîner ses modèles d'intelligence artificielle et accompagner les entreprises dans le déploiement de solutions IA.
L'enjeu dépasse la seule croissance de Mistral, désormais valorisée 12 milliards d'euros. Le groupe, qui vise un milliard d'euros de revenus cette année, entend aussi renforcer l'autonomie technologique européenne face à la domination américaine dans les infrastructures d'IA. Alimenté uniquement par des énergies renouvelables et équipé de puces Nvidia de dernière génération, le site suédois permettra également aux clients industriels de louer des capacités de calcul pour développer leurs propres applications.
Ce projet illustre toutefois le défi européen dans la bataille mondiale de l'IA. Malgré son ampleur, l'investissement reste modeste face aux dépenses colossales engagées par les géants américains du cloud et de l'intelligence artificielle. Mais pour Mistral, le message est clair : l'Europe veut bâtir ses propres infrastructures stratégiques et ne plus dépendre exclusivement des acteurs américains.
Demain à la Une : Séance de transition ?
Le calendrier économique de demain est plutôt léger. Le marché surveillera surtout une nouvelle estimation de la croissance britannique et les ventes de logements anciens aux États-Unis. Côté entreprises, Hermès, L'Oréal, Legrand, la foncière Unibail et le laboratoire Ipsen publieront leurs données annuelles. On l'a encore vu aujourd'hui avec Dassault Systèmes, la sanction boursière peut être rude en cette période de publication des rapports annuels ! Mais globalement, pour les marchés, ce jeudi devrait être une séance de transition avant les chiffres de l'inflation américaine, attendus vendredi après-midi.
Le lexique : Pourquoi la Fed pourrait tarder à baisser ses taux d'intérêt ?
C'est une question très récurrente au sein des investisseurs. En fait, tout dépend de deux indicateurs clés : l'emploi et l'inflation. Si le marché du travail reste solide, cela signifie que l'économie américaine tourne encore à bon régime. Les ménages ont des revenus, consomment, et les entreprises continuent d'investir. Dans ce contexte, il n'y a pas d'urgence à stimuler l'économie en baissant les taux.
Parallèlement, si l'inflation reste élevée, la Fed doit rester prudente. Une baisse des taux rend le crédit moins cher, ce qui encourage la consommation et l'investissement... mais peut aussi raviver la hausse des prix. Or, la mission prioritaire de la Fed est de ramener durablement l'inflation sous contrôle. Autrement dit, tant que l'emploi résiste bien et que l'inflation ne ralentit pas suffisamment, la Fed peut préférer attendre avant d'assouplir sa politique monétaire, au risque sinon de relancer trop vite les tensions inflationnistes.











