Les marchés : suspense !

Séance morte à la Bourse de Paris. Le CAC 40 clôture à l'équilibre ce soir : -0,02% à 8 179 points. Le budget national a (enfin !) été adopté après le rejet de deux motions de censure contre le gouvernement, ce qui apporte une certaine stabilité politique, au moins à court terme, mais sans effet immédiat sur la Bourse. Les investisseurs sont lassés, on les comprend, nous le sommes aussi ! Bref. La fin de cet interminable feuilleton n'a sans grande surprise pas de réelle incidence sur le CAC.

Clairement, le marché retient son souffle avant les prochains grands résultats d'entreprises et le rapport mensuel sur l'emploi américain (vendredi). Du côté des actions, plusieurs grandes valeurs baissent fortement ce mardi. Publicis chute après un bilan annuel en demi-teinte, notamment en raison des craintes liées à l'impact de l'intelligence artificielle sur son activité.

Capgemini recule également (-9,20%), car les attentes du marché sont désormais très élevées, ce qui augmente la pression avant la publication de ses résultats prévue le 13 février. Renault perd 4,17% après une recommandation négative de Morgan Stanley, tandis que Sartorius Stedim Biotech progresse, on en reparle dans la suite de l'édition.

En parallèle, les métaux précieux se sont nettement repris après leur chute historique de la fin de semaine dernière. L'or enregistre une hausse spectaculaire de plus de 6% aujourd'hui, la plus forte depuis novembre 2008, entraînant dans son sillage l'argent. Ce mouvement s'explique par des investisseurs qui reviennent à l'achat, estimant que les fondamentaux restent solides malgré l'extrême volatilité des derniers jours.

Les valeurs : Publicis, Sartorius Stedim et Exosens

Publicis : le leader français de la publicité a une nouvelle fois dépassé les attentes au quatrième trimestre 2025, avec une croissance de 5,9%, supérieure aux prévisions du marché. Sur l'ensemble de l'année, le groupe publicitaire affiche aussi de solides performances, avec des revenus en hausse et une rentabilité en amélioration.

Pourtant, ces bons résultats n'ont pas suffi à rassurer les investisseurs, toujours inquiets de l'impact potentiel de l'intelligence artificielle sur le secteur de la publicité et des médias. Clairement, c'est l'épée de Damoclès au-dessus de la tête de Publicis et de ses pairs. En Bourse, la réaction a été brutale. L'action Publicis termine la séance en baisse de 9,24% à 78,40 euros, signant la plus forte chute du CAC 40.

Les investisseurs ont surtout retenu des perspectives 2026 jugées prudentes, ainsi qu'un ralentissement de la croissance aux États-Unis. Comme ces derniers mois, malgré des fondamentaux solides, le titre reste pénalisé par les craintes persistantes liées à l'essor de l'IA dans l'industrie publicitaire. Le titre cède désormais 11% depuis le début de l'année.

Sartorius Stedim : la biotech a publié des résultats conformes à ses objectifs, avec un chiffre d'affaires en hausse de près de 10% porté par la forte demande pour ses produits dédiés à la création de vaccins. La rentabilité progresse également nettement, grâce à de meilleurs volumes de ventes et à des gains d'efficacité, permettant au groupe d'atteindre une marge opérationnelle (voir lexique) proche de 31%.

Malgré des perspectives 2026 jugées prudentes par certains bureaux d'études, le marché retient surtout la solidité des performances récentes. En Bourse, l'action Sartorius Stedim Biotech progresse de 2,54% et clôture à 192 euros. Les investisseurs saluent la capacité du groupe à maintenir sa croissance dans un environnement encore incertain pour le secteur des biotechnologies. Grâce à cette hausse journalière, le titre limite la casse à -7,5% depuis le début de l'année.

Exosens : le groupe de défense éligible au PEA-PME profite d'un nouvel élan en Bourse après une note favorable de la société d'investissement américaine Stifel, qui anticipe des résultats annuels supérieurs aux attentes et une accélération de la croissance. Ses analystes mettent en avant le potentiel de l'activité d'amplification d'images, spécialité d'Exosens, très exposée au cycle de réarmement mondial, ainsi que la capacité du groupe à améliorer encore sa rentabilité, ce qui pourrait fortement soutenir les bénéfices dans les années à venir.

Porté par ces perspectives solides et par un objectif de cours relevé à 60 euros, le titre attire les investisseurs. Certes, le potentiel est assez limité (environ +10% par rapport au cours actuel). C'est en tout cas suffisant ce mardi pour que l'action progresse de 3,58%, à 54,90 euros au fixing, confirmant l'intérêt croissant du marché pour ce spécialiste des technologies de détection et d'imagerie au cœur des enjeux de défense. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 13%.

L'or sous haute tension !

Ce mardi, l'or rebondit de plus de 6% et revient côtoyer les 5 000 dollars l'once. Surtout, son prix a vécu une semaine spectaculaire, marquée par un record historique et des mouvements de prix d'une ampleur rare. En franchissant pour la première fois le seuil des 5 000$ l'once avant de corriger brutalement ces derniers jours, le métal précieux rappelle qu'il est à la fois une valeur refuge et un actif volatil. Au-delà de ces secousses de court terme, cette envolée s'inscrit dans une tendance haussière de long terme.

Le monde d'après : Palantir accélère

Palantir confirme son statut de grand gagnant de la vague IA version « America First ». L'éditeur de logiciels d'analyse de données, historiquement lié aux agences de renseignement américaines, affiche une croissance spectaculaire en 2025 avec un chiffre d'affaires en hausse de 53%. La direction anticipe une nouvelle accélération en 2026.

Près de la moitié de ses revenus proviennent désormais des contrats publics américains, preuve que le retour de Trump et la priorité donnée aux questions de sécurité et de souveraineté profitent directement au groupe. Un groupe pour le moins controversé... En Bourse, son titre a progressé de 135% en 2025 (-13% depuis le 1er janvier), propulsant la valorisation au-delà des 350 milliards de dollars.

Mais cette ascension fulgurante nourrit aussi le débat. À plus de 80 fois ses revenus, Palantir fait figure d'exception dans le secteur des logiciels, et de nombreux bureaux d'études jugent cette valorisation difficile à justifier à long terme, d'autant que la concurrence s'intensifie face à des acteurs comme Microsoft ou Snowflake.

Pour l'instant, les résultats continuent pourtant de donner raison aux investisseurs les plus optimistes. Palantir démontre trimestre après trimestre sa capacité à transformer l'engouement pour l'IA en contrats concrets, notamment avec l'administration américaine. Au risque d'être accusé de surveillance de masse. La question est désormais de savoir si cette dynamique tiendra lorsque la croissance viendra davantage du reste du monde que des États-Unis. Affaire à suivre !

Demain à la Une : Google sur le gril

Comme aujourd'hui, le programme de ce mercredi sera partagé entre de nouvelles données économiques et des résultats annuels d'entreprises. Au programme, une batterie d'indices PMI sur l'activité économique en zone euro et aux États-Unis, en plus des derniers chiffres européens sur l'inflation. Deux jours avant les chiffres officiels sur l'emploi américain, prévus vendredi après-midi, une première estimation des créations d'emplois réalisées en janvier sera dévoilée demain par l'entreprise ADP. Côté entreprises, on attend le bilan annuel de Crédit Agricole pendant la séance. Et ceux d'Alphabet (Google) après la clôture.

Le lexique : la marge opérationnelle

La marge opérationnelle est un indicateur financier qui mesure la rentabilité d'une entreprise sur son activité principale, avant la prise en compte des charges financières et des impôts. Exprimée en pourcentage, elle se calcule en divisant le résultat opérationnel (ou bénéfice d'exploitation) par le chiffre d'affaires. Plus la marge opérationnelle est élevée, plus l'entreprise est efficace dans la gestion de ses coûts par rapport à ses revenus.