Faut-il miser sur la Bourse, alors que le taux du Livret A va passer à 1,5% à partir du 1er février ? Avant de répondre à cette question, commençons par rappeler une évidence : placer son argent sur un livret d'épargne garanti vise avant tout à faire fructifier votre épargne de précaution, mobilisable rapidement en cas de pépin. À l'inverse, la Bourse doit être vue comme un investissement potentiellement plus rémunérateur, mais également plus risqué, sur un temps plus long.
Pour autant, les indices boursiers semblent montrer depuis plusieurs années une santé de bon augure. Au mardi 27 janvier 2026, le CAC 40 affichait ainsi un indice à 8 152 points. En 2025, le CAC 40 a battu un nouveau record à 8 314,23 points en cours de séance, le 13 novembre. Sur 12 mois, l'indice s'est adjugé 10,42%. Et en récapitulant sur les 5 dernières années, la hausse est de 46,3%.
Un investissement sur plusieurs années
Comment alors se lancer aujourd'hui en Bourse, alors que les cours sont au plus haut ? À première vue, investir quand les marchés battent des records peut sembler risqué. Pourtant, pour de nombreux professionnels, la question du « bon timing » est souvent surestimée, notamment pour les épargnants de long terme.
« Il faut venir en Bourse pour durer », résume Frédéric Garcia, responsable de la salle des marchés chez Bourse Direct. Chercher à entrer et sortir rapidement expose davantage aux erreurs et aux décisions émotionnelles. « En Bourse, les indices ne montent jamais en ligne droite. Ils progressent par paliers, avec des phases de hausse, de consolidation, parfois de correction, puis de nouvelles accélérations. » Autrement dit, acheter à un plus haut n'implique pas nécessairement d'acheter au sommet.
Pour Dorian Abadie, analyste boursier chez Meilleurtaux Placement, la Bourse reste avant tout une affaire de patience. « On recommande en général de rester exposé au minimum trois à cinq ans, et plus souvent huit à dix ans, pour réellement profiter du potentiel des marchés », explique-t-il. Chercher à anticiper les points hauts et les points bas est, selon lui, illusoire : « Personne n'arrive à anticiper le marché de façon régulière. Essayer de deviner s'il est au plus haut ou au plus bas relève plus du coup de chance que d'une vraie stratégie. »
Investir progressivement pour limiter le risque... sans l'annuler
Dans ce contexte, démarrer à n'importe quel moment peut avoir du sens, à condition d'adopter une méthode rigoureuse et cohérente avec son horizon de placement. L'une des stratégies les plus fréquemment recommandées consiste à investir progressivement, via des versements programmés. « Acheter régulièrement, tous les mois ou tous les trimestres, avec la même somme permet d'entrer sur les marchés à différents niveaux de prix », rappelle Thaïs Castang, associée du cabinet L&A Finance. Cette approche, souvent appelée « DCA » (pour Dollar Cost Averaging, l'achat périodique par sommes fixes NDLR), réduit le risque de mauvais point d'entrée, même si elle ne l'annule pas.
Dorian Abadie va plus loin : « Quand les marchés sont très hauts, je n'investis pas forcément 100% de mes versements sur les actions. Je privilégie davantage les poches sécurisées, comme le fonds en euros ou l'obligataire, et j'utilise ensuite ces liquidités quand les marchés corrigent. »
En cas de forte baisse, l'effort peut même être accentué : « Après une correction de -10% ou -20%, on peut renforcer plus fortement, comme pendant des soldes. » Une approche partagée par Frédéric Garcia : « Avoir 20 à 25% de liquidités permet de saisir des opportunités lorsque le marché corrige », explique le responsable de la salle des marchés. Une marge de manœuvre précieuse, notamment lorsque les marchés sont déjà bien valorisés.
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Dans ces périodes de hausse, la diversification devient encore plus essentielle. « Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier, ni sur une seule valeur, ni sur un seul secteur », rappelle Frédéric Garcia. Chez Bourse Direct, il est généralement conseillé de construire un portefeuille d'une dizaine de lignes, mêlant actions et ETF.
Pour les investisseurs débutants, Dorian Abadie recommande toutefois de privilégier la diversification géographique avant la diversification sectorielle. « C'est souvent plus simple de raisonner par grandes zones (Europe, États-Unis, pays émergents...) que par secteurs, qui peuvent vite revenir à une forme d'anticipation du marché. » Les ETF permettent d'ailleurs d'accéder facilement à ces zones, sans avoir à sélectionner individuellement des titres.
Attention toutefois à un point souvent sous-estimé : le risque de change. « Un ETF américain peut afficher une belle performance en dollars, mais beaucoup moins en euros si le dollar se déprécie. En 2025, le S&P 500 a progressé d'environ 16% en dollars, mais un investisseur européen non couvert n'a dégagé qu'environ 2,5% en euros », souligne l'analyste, qui recommande d'envisager des ETF couverts contre le risque de change.
Bien choisir son véhicule d'investissement
Pour les néophytes, le choix du véhicule d'investissement est loin d'être anodin. Plan d'épargne en actions (PEA), assurance vie ou compte-titres n'offrent ni la même fiscalité ni la même souplesse. « Avant même de parler d'actions, il faut s'assurer d'avoir un matelas de sécurité suffisant, puis choisir l'enveloppe la plus adaptée à sa situation », insiste Thaïs Castang.
Pour une première exposition aux marchés, l'assurance vie ou le PEA sont souvent privilégiés, notamment pour leur fiscalité avantageuse à long terme. Le compte-titres, plus flexible mais aussi plus fiscalisé, s'adresse davantage aux investisseurs avertis, capables de suivre régulièrement leurs positions.
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En clair, commencer à investir lorsque les marchés sont au plus haut n'est pas nécessairement une mauvaise idée. Comme le rappelle Thaïs Castang, la tendance des marchés actions est historiquement haussière, malgré des phases de correction parfois marquées. Se lancer peut donc être une bonne idée, à condition de respecter quelques règles simples : investir sur le long terme, diversifier, lisser ses entrées, conserver des liquidités... et accepter que la bourse reste un placement à risque.























