Le fonds en euros est mort… Un refrain répété avec de plus en plus d’insistance ! Faut-il pour autant l’éjecter de votre assurance vie ? Voici 3 atouts de la « star » déchue de l’assurance vie, qui n’a pas encore perdu toute son utilité.

De moins en moins rentable et désormais de moins en moins accessible, avec des conditions de versement plus contraignantes d’année en année… La promesse du fonds en euros, un support sûr, rentable et accessible, s’étiole de plus en plus clairement. Les Français s’en détournent d’ailleurs, consciemment ou poussés par les nouvelles contraintes édictées par les assureurs : « Les rachats constatés depuis le mois de mars concernent essentiellement les fonds euros et non les unités de compte (UC) investies en parties en actions », constate Philippe Crevel dans une étude sur l’épargne en temps de crise publiée mi-novembre par le Cercle de l’épargne, qu’il dirige.

Le fonds euros est-il mort ? Les funérailles ont été prononcées à maintes reprises ces dernières années. A l’automne dernier, le vice-président du gendarme banque-assurance (ACPR), Bernard Delas, appelait lui-même les épargnants à « renoncer aux produits en euros ». Et les assureurs annonçaient tous des restrictions drastiques d’accès à leurs fonds, qui leur coûtent trop cher. Alors, aux oubliettes, ce fonds euros ?

1 – Certains fonds sont encore rentables

La chute des rendements des fonds en euros n’est pas nouvelle : de 3,38% en 2010 (source ACPR), le taux moyen est tombé à 2,27% en 2015, puis 1,46% en 2019. Et il est attendu « entre 1% et 1,10% » pour 2020, rémunération annuelle qui sera versée début 2021, selon l’estimation de Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du site spécialisé Good Value for money. Une prévision récemment maintenue dans le contexte de crise sanitaire. Les fonds présents sur les contrats bancaires, en particulier, stationnent désormais autour de 1%. In fine, un fonds rémunéré 1% rapporte 0,83% après cotisations sociales, et encore, si vous profitez de l’abattement fiscal de l’assurance vie.

« Le discours est assez anxiogène : non le fonds en euros n’est pas mort »

Ce tableau sombre dressé, il faut se remémorer les bonnes surprises des taux 2019. D’une part, les meilleurs des fonds euros « spéciaux », investis en partie en actions ou dans l’immobilier, tutoient toujours les 3%, même s’il faut accepter de miser une partie de son épargne sur les UC pour accéder à ces fonds. D’autre part, certains fonds accessibles sans conditions de versement en UC naviguent dans les mêmes eaux : 3% chez Garance, 2,20% chez Monceau Assurances, 2,15% chez Gaipare ou 2,05% chez Asac-Fapès (contrat Allianz) pour les contrats avec frais de versement, ou 1,60% pour Suravenir Rendement, présent sur de nombreux contrats web, sans frais d’entrée.

« Le discours est assez anxiogène : non le fonds en euros n’est pas mort », insiste Thomas Delannoy, directeur général d’Asac-Fapès, plateforme liée à la fédération d’épargnants Fapès. Pour la rémunération 2020 des fonds euros de ses différents assureurs partenaires, Thomas Delannoy affirme se battre « pour obtenir un taux autour de 2% ». La mutuelle Garance, au sommet avec 3% en 2019, se maintiendra-t-elle au-dessus des 2% ? « Ce sera le cas », répond Xavier Couratier, directeur délégué de la stratégie et des opérations de Garance, un assureur qui profite de son « petit » portefeuille pour investir 25% de son fonds euros en actions et dans l’immobilier, afin de générer plus de rendement.

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2 – C’est la base sans risque d’une épargne diversifiée

« Le principal atout du fonds euros, cela reste la garantie de ne pas subir de perte en capital ! » rappelle Xavier Couratier, de Garance. « Le fonds euros à la française, garantissant sécurité et rendement et liquidité, est effectivement mis à mal, avec des performances moyennes s’approchant de 1%, reconnaît Thomas Delannoy. Mais il reste l’argument de la préservation du capital ! Le rôle des assureurs est aussi d’assurer, et donc de rassurer. Les près de 70 milliards d’euros déposés en plus sur les comptes courants depuis le début de la crise sanitaire s’expliquent par une recherche de sécurité et de disponibilité. Un rôle que peut offrir le fonds en euros. »

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Les assurances vie permettant de miser 100% de votre épargne sur le fonds en euros deviennent une exception. Mais le 100% fonds euros ne correspond qu'à des projets à court terme, ou à des épargnants plus âgés souhaitant minimiser les risques lors de leurs vieux jours. Les autres ? A chacun ensuite de définir combien il investit sur les supports en UC, sans garantie en capital, pour espérer plus de rendement. Fin 2019, 24% de l’épargne en assurance vie était investie sur les UC, et les trois quarts sur les fonds euros. « Notre philosophie est de laisser l’épargnant choisir : il peut investir l’intégralité de son épargne sur le fonds en euros, détaille Xavier Couratier, de Garance. Nous raisonnons en termes de projets de vie : quand l’objectif est lointain, au-delà de 8 ans, nous pouvons aller jusqu’à conseiller 80% en UC et 20% sur le fonds euros selon l’appétence au risque. A long terme, la diversification est la meilleure manière de générer du rendement. »

« A long terme, la diversification est la meilleure manière de générer du rendement »

Courant 2020, à la vue des rendements en berne des fonds euros, et face aux nouvelles contraintes imposées par les assureurs, les épargnants ont augmenté leurs versements en UC : 34% des nouveaux versements en 2020. « Cette proportion correspond aux objectifs que les assureurs se sont assignés », explique Philippe Crevel, directeur Cercle de l’Épargne. « Les épargnants commencent à comprendre que c’est en période de crise que l’on peut avoir des points d’entrée sur les UC », complète Thomas Delannoy, d’Asac-Fapès, certains ayant tenté d’investir quand la bourse était au plus bas.

3 – Vous pouvez retirer à tout moment

Impossible de faire aussi rapide que le Livret A : s’il est dans votre banque principale, votre épargne bascule immédiatement sur votre compte courant, en un clic dans votre espace client. L’assurance vie dispose pourtant avec le fonds en euros d’un support offrant de la liquidité, c’est-à-dire le fait de pouvoir disposer rapidement de son épargne.

Tout d’abord, le Code des assurances contraint l’assureur à vous restituer votre épargne sous 2 mois après votre demande, quel que soit le support. Parmi les UC, pour certains supports contraignants, un délai de 1 mois voire 2 mois est parfois nécessaire pour récupérer votre dû. En revanche, un retrait partiel effectué sur le fonds en euros permet de disposer très rapidement de votre argent. Dans un délai de 15 jours maximum chez Garance, de « 5 jours maximum » chez Asac-Fapès, « parfois 48h ». Quand vous réalisez la demande de retrait sur une plateforme de gestion en ligne, l’argent retiré du fonds euros est le plus souvent disponible en 2 ou 3 jours.

Les fonds sans garantie totale, survie du fonds euros ?

En 2019 et 2020, de nombreux assureurs ont annoncé contraindre les épargnants à verser en UC pour avoir accès au fonds en euros. Et certains sont déjà passés à l’étape suivante : proposer des fonds en euros ne garantissant pas l’intégralité du capital. « Nous préférons opérer la bascule maintenant vers un fonds en euros à garantie partielle, pour pouvoir nous concentrer ensuite sur des choses plus positives, plutôt que de continuer à annoncer de nouvelles contraintes, explique ainsi Daniel Collignon, directeur général de Spirica. « Avec une garantie partielle, à l’avenir, le Fonds Euro Nouvelle Génération pourra offrir un meilleur rendement que les fonds historiques. »

L’assureur Allianz tente lui un fonds bonifiant le rendement des épargnants les plus fidèles (ou pénalisant les moins fidèles, question de point de vue). Ces fonds nouvelle génération, plus contraignants ou moins protecteurs, sont censés permettre aux assureurs de relancer le fonds euros, et offrir à terme de meilleurs rendements. Chez Garance, Xavier Couratier explique croire « plutôt à une limitation de la liquidité car, de fait, les allers-retours sont limités sur les contrats. Pourquoi pas imaginer quelques fenêtres de retraits possibles chaque année ? Cela permettrait à l’assureur d’investir à plus long terme. » Rénovation du fonds euros : chantier en cours…

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