« On va vers une disparition du fonds en euros. » Cette phrase est déjà devenue un classique de largumentaire des banquiers et conseillers en gestion de patrimoine lorsquil est question dassurance vie. Elle saccompagne ensuite de précisions, du type : le fonds en euros nest pas mort, mais il rapportera de moins en moins, et il sera de plus en plus difficile de verser dessus En effet, les annonces médiatiques visant à refroidir les ardeurs des épargnants envers le fonds euros se sont succédées ces dernières semaines. Pour quelles mesures concrètes ?
Generali : des mesures concrétisées « début 2020 »
Le PDG de Generali France, Jean-Laurent Granier, a lancé le front médiatique « anti fonds euros », en déclarant notamment : « Le monde du fonds euro roi est terminé ! » Les restrictions mises en place ? A ce jour, Generali na pas fait évoluer ses conditions de versement. Generali France affirme que les barrières daccès au fonds euros sont « en cours de calage », et que ces barrières pourraient être mises en place « début 2020 » de façon « réaliste ». Quelles barrières ? La réflexion porte sur une part de 60% dunités de compte (UC) pour nimporte quel nouveau versement sur un contrat dassurance vie Generali. Lassureur pourrait aussi jouer sur les frais dentrée, lorsque le contrat le permet.
Suravenir : de nouvelles restrictions à lhorizon 2020
« Nous allons probablement progressivement imposer une quote-part dunités de compte sur chaque versement. Peut-être dès le premier euro » : début octobre, le président du directoire de Suravenir Bernard Le Bras a confirmé à MoneyVox travailler à de nouveaux freins aux versements sur les fonds en euros. Une bonification de la rémunération du fonds en euros sur les contrats en gestion pilotée fait aussi partie des « pistes de réflexion ». Mais, là encore, ces mesures doivent encore faire lobjet darbitrages en interne. Lassureur devrait arrêter sa décision fin 2019, pour une application probable début 2020.
Apicil : 60% maximum sur le fonds en euros
Apicil, assureur présent notamment sur le marché de la gestion de patrimoine et de lépargne en ligne, assume dores et déjà des conditions daccès restrictives au fonds à capital garanti : 60% maximum sur le fonds en euros, et ce aussi bien pour les nouveaux versements que pour un arbitrage sur un contrat géré par Apicil.
Afer et Aviva : 30% en UC au-delà de 100 000 euros
30% dunités de compte pour les nouvelles souscriptions pour tout versement initial supérieur à 100 000 euros : cette nouvelle condition a été pointée par le site spécialisé Marchés gagnants fin septembre, pour lemblématique contrat Afer. Une décision qui concerne aussi les clients Aviva, lassureur du contrat Afer. Par ailleurs, pour ses contrats « maison », lassureur ne permettra plus de rabais sur les frais dentrée (2% minimum) pour ce même type de versement, si la condition dUC nest pas respectée. Aviva na pas communiqué sur cet aspect, mais linformation a depuis été confirmée par LAgefi et Le Revenu.
AG2R La Mondiale : 35% dUC au minimum
Lassureur AG2R La Mondiale a confirmé la mise en place de règles très restrictives pour verser sur le fonds en euros. Ces nouvelles règles sont en vigueur pour l'ensemble des contrats (sauf exception contractuelle) depuis le 1er septembre 2019 : chaque versement doit comporter au minimum 35% d'unités de compte. Et plus le montant du versement augmente, plus les conditions se resserrent : à partir de 250 000 euros, la proportion minimale d'UC passe à 45%. A partir de 2,5 millions d'euros, la proportion sera validée « sur dossier ». Lassureur a par ailleurs confié à Capital mener une réflexion sur les frais dentrée en cas de versement trop imposant sur le fonds en euros.
Crédit Agricole : une réflexion « active »
Pas (encore) de mesure concrète mais Crédit Agricole Assurances réfléchit « activement à la protection des encours euros des clients existants, à travers la maîtrise de la collecte en euros sur les nouveaux versements ». Pistes de réflexion : des « frais sur versement obligatoires » selon les montants déposés sur le fonds en euros, et selon la part dUC dans le versement. La filiale dassurance du Crédit Agricole affirme par ailleurs poursuivre « les mesures dencouragement à la souscription dunités de compte et nous préparons à orienter à la baisse les taux servis ».
Voir aussi le comparatif des contrats d'assurance vie
La Banque de France rappelle le « devoir de conseil » des assureurs
Lors de la conférence internationale de lassurance, le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau a une nouvelle fois encouragé les assureurs à abaisser la rémunération des fonds en euros. Mais, en tant que président du régulateur banque-assurance, lACPR, il a aussi rappelé les obligations des assureurs envers leurs clients : « sagissant des abondements des contrats existants, ils doivent naturellement respecter les prescriptions contractuelles », a-t-il déclaré, pointant ainsi indirectement le fait que certains contrats ne permettent pas aux assureurs de limiter les flux sur les fonds euros. « Le devoir de conseil simpose ici : il doit être personnalisé en fonction de chaque client et de sa situation, mais le bon conseil est rarement dinvestir à 100% en fonds euros, ou à 100% en unités de compte. » François Villeroy de Galhau a ainsi poussé les assureurs à user dalternatives telles que leurocroissance, qui offre un moindre risque que les UC, avec une garantie en capital après une certaine durée de détention.
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