La bourse a rebondi à la mi-février après une lourde chute pendant 2 mois environ. Comment ont évolué les performances des fonds disponibles en unités de compte dans lassurance-vie ?
Clémence Dachicourt : « Dun point de vue général, les organismes de placements collectifs en valeurs mobilières (OPCVM) ont suivi le même mouvement que la bourse : forte baisse passé le mois de novembre 2015, puis rebond depuis la mi-février. Nous constatons en outre des changements de tendance importants ces derniers mois, à la fois en terme de style avec la surperformance récente de certaines valeurs dites value [actions dont le prix est inférieur à la valeur intrinsèque, NDLR] et un fort rebond des valeurs liées au secteur énergétique et des cycliques avec le rebond du prix du baril de pétrole. Ces revirements de tendance sont en effet très difficiles à appréhender ! Nous constatons aussi que les OPCVM sous-performent : ils réalisent des performances moindres que leurs indices de référence. Quelques gérants sen sortent mieux mais le rebond récent est globalement moindre sur les fonds que sur les marchés boursiers. »
Quelles familles de fonds sen sortent le mieux ?
C. D. : « Les OPCVM investis en actions pays émergents. Et, pour les fonds obligataires, les high yields [émissions obligataires à haut rendement, NDLR]. Par ailleurs, les actions américaines ont joué ces derniers temps un rôle défensif, permettant de sécuriser ses avoirs, puisquelles se sont mieux comportées que les actions européennes ou japonaises, par exemple. En cette période dincertitude, les sociétés de gestion se concentrent surtout sur des valeurs sûres : elles privilégient ainsi des valeurs au risque mesuré, plutôt que de rechercher des entreprises très cycliques ou en retournement. »
Comment le détenteur dassurance-vie doit-il réagir à ce yoyo ?
C. D. : « Il y a très clairement une recrudescence de la volatilité, en effet. Et ce pour tous les types dactifs : sur les actions mais aussi sur les obligations ou sur le change. Ce qui ne permet pas darbitrer en faveur dactifs obligataires, dans un logique défensive, par exemple. Ainsi, ces derniers mois, la situation a pu faire penser à celle des années 2008-2009, avec de très gros à-coups et très peu dalternatives sécurisantes permettant de protéger son portefeuille en cas de chute des marchés. Dans ce contexte, il faut éviter de sur-réagir. Réaliser des arbitrages trop fréquents, cest destructeur de valeur ! Il faut plutôt se raccrocher à des fondamentaux, avec une allocation diversifiée et équilibrée, sans se focaliser sur les mouvements de marchés et sans faire tourner excessivement son portefeuille. »
Faut-il arbitrer au regard des performances récentes des supports en unités de compte (UC) de son portefeuille ?
C. D. : « Nous, nous regardons les performances des OPCVM pour juger du positionnement et du comportement des différents gérants afin délaborer nos analyses. Mais un particulier doit éviter darbitrer en se basant sur des performances récentes, à court terme : ce nest pas pertinent ! Certains gérants ont effectivement mieux protégé leur capital que dautres, mais cette analyse reste délicate pour un investisseur individuel. »
Que conseillez-vous à un épargnant tenté de sécuriser son argent en arbitrant des UC vers le fonds euros ?
C. D. : « Tout dépend de lhorizon de placement. Sil a besoin de ses économies à court terme, oui, il faut peut-être sécuriser. Dans le cas contraire, pour un horizon à moyen ou long terme, je pense quil peut continuer à essayer daller capter de la performance, avec une prise de risque. »
Et sil veut sécuriser son épargne sur le fonds en euros, le temps que les marchés se calment
C. D. : « Les particuliers sont tentés de faire cela. Nous lavons vu sur certains mouvements lété dernier notamment [le CAC 40 a baissé soudainement à la fin juin-début juillet, puis à nouveau à la fin août, NDLR]. Mais ceux qui ont vendu à la baisse en arbitrant vers le fonds en euros ont perdu, au final. Voilà pourquoi il ne faut pas céder à la panique et se raccrocher aux fondamentaux. »
Pour miser sur les fondamentaux, justement, comment revoir sa diversification ? Quels sont les types de fonds les plus sûrs actuellement ?
C. D. : « Il faut équilibrer son allocation dactifs entre fonds obligataires et fonds actions. Concernant la classe obligataire, nous estimons que les fonds souverains [investis en emprunts dEtat, NDLR] sont actuellement trop chers, il vaut mieux se positionner sur les fonds investis sur le high yield : nous pensons quil reste des opportunités sur ces obligations jugées plus risquées, notamment sur les high yields européennes. Du côté des actions, il faut éviter dinvestir trop fortement sur une zone géographique ou un pays en particulier. Nous conseillons actuellement de se positionner sur les fonds émergents, plutôt asiatiques, même sil ny aura pas de catalyseur à très court terme car la classe dactifs nous semble très décotée, tout en conservant des parts de fonds actions européennes achetées en amont mais sur lesquelles nous nous allégeons actuellement. »
Pour un titulaire dassurance-vie en gestion pilotée ou sans mandat, qui a donc choisi de déléguer la gestion de son portefeuille, faut-il dores et déjà tirer un trait sur un bon rendement en 2016 ?
C. D. : « Très sincèrement, sur lannée 2016, nous nattendons pas grand chose en termes de performance. Mais un particulier ne souscrit pas une assurance-vie pour un horizon dépargne dun an ! Cet épargnant voit plutôt sur plusieurs années, souvent huit voire bien plus. Il ne faut donc pas sarrêter aux résultats dune année uniquement. Car les marchés vont probablement rester volatils pendant toute lannée 2016. Mieux vaut rester patient. »
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