Tandis que le Livret A réussissait en 2012 la meilleure collecte de son histoire, l’assurance-vie a connu de son côté une année très difficile, avec une collecte négative et des fonds en euros moins rémunérateurs. Doit-on y voir l’amorce d’un déclin de cette dernière ? Ou au contraire, la baisse du taux du Livret A va-t-elle lui donner une nouvelle attractivité ? Analyse.

Ce sont les deux produits d’épargne préférés des Français. A ma droite, le Livret A, plus de 60 millions de comptes ouverts, un encours de 250 milliards d’euros fin 2012, dont 28,16 millions collectés sur cette seule année. A ma gauche, l’assurance-vie, 1.391 milliards d’euros d’encours fin 2012, mais dans une mauvaise passe, avec une collecte négative de 3,4 milliards d’euros l’an passé et un rendement moyen des fonds en euros inférieur à 3% (1).

A eux deux, le Livret A (auquel on peut associer son proche cousin, le Livret de développement durable) et l’assurance-vie en euros captent la majeure partie du patrimoine financier des Français. Ces derniers les apprécient pour ce qu’ils ont en commun : leur sûreté - pas de risque de perte en capital, leur liquidité - une épargne disponible à tout moment, sans nécessité de fermer le compte et sans pénalités (2) - mais surtout leur fiscalité avantageuse. Le Livret A est, on le sait, défiscalisé : pas d’impôts, ni de prélèvements sociaux à payer sur les intérêts. Le pendant de ce privilège est le plafond de versement, qui en limite la portée patrimoniale. Les revenus de l’assurance-vie, eux, ne sont pas exonérés, mais bénéficient d’un régime fiscal privilégié (lire notre page consacrée à la fiscalité de l’assurance-vie). Et les versements, sauf exception, ne sont pas plafonnés.

Pourquoi le Livret A a-t-il battu l’assurance-vie en 2012 ?

L’exceptionnelle collecte du Livret A en 2012 tient avant tout au relèvement de 25% de son plafond de versement, de 15.300 euros à 19.125 euros le 1er octobre dernier (3), dont ont pu profiter les quelque 8,5% d’épargnants dont le Livret A était déjà plein. Pour autant, cette évolution de la réglementation, qui faisait suite à une promesse électorale de François Hollande, ne peut être considérée comme la cause de la collecte négative de l’assurance-vie. Les statistiques monétaires de la Banque de France ont en effet montré que les Français avaient surtout puisé dans leurs livrets fiscalisés, et dans une moindre mesure, dans leur épargne-logement, pour garnir leur Livret A et leur LDD (dont le plafond a été doublé, pour atteindre 12.000 euros). En octobre 2012, l’assurance-vie a d’ailleurs connu son meilleur mois de collecte 2012, à 1,7 milliard d’euros.

De fait, la mauvaise passe de l’assurance-vie avait débuté bien avant cette date. En dehors de quelques sursauts ponctuels, la collecte nette est dans le rouge depuis juillet 2011. La crise économique explique largement cet état de fait : nombre de Français ont fait le choix de puiser dans leur assurance-vie pour financer certaines dépenses. Ceci d’autant plus facilement que les perspectives de rémunération des fonds en euros ne sont plus ce qu’elles étaient : 3% (1) en 2011 et sans doute autour de 2,9% en 2012. Plus que le plafond de versement, c’est donc le faible différentiel de rémunération du Livret A, dont le taux s’est maintenu à 2,25% net tout au long de l’année 2012, et l’assurance-vie qui peut expliquer le succès de l’un et les déboires de l’autre.

Qu’en sera-t-il en 2013 ? En ce début d’année, deux éléments semblent de nature à faire pencher la balance du côté de l’assurance-vie. Sa fiscalité, tout d’abord : le tour de vis sur la fiscalité du patrimoine mis en œuvre dans le cadre du budget 2013 l’a épargné : une stabilité généralement appréciée par les épargnants. La baisse du taux du Livret A ensuite : depuis le 1er février, le livret vedette a perdu 0,5 pt de rémunération, de 2,25% à 1,75% net. Toutefois, la crise, principale raison de la collecte négative de 2012, est plus que jamais là, et les perspectives 2013 de rendement des fonds en euros ne sont pas très bonnes.

Le déclin de l’assurance-vie est-il inéluctable ?

Pour autant, l’assurance-vie dispose d’atouts que le Livret A peut difficilement venir concurrencer. Les deux produits répondent d’ailleurs à des besoins différents. Le Livret A reste le support idéal d’une épargne de précaution, protégée de l’inflation et facilement mobilisable en cas de coup dur. L’éventail de l’assurance-vie est beaucoup plus large. Grâce aux unités de compte, et à la possibilité de diversifier les placements inclus dans son enveloppe, elle est potentiellement beaucoup plus rémunératrice que le Livret A. Selon les chiffres de la FFSA (4), les supports en unités de compte ont ainsi rapporté en 2012 12,5% en moyenne, grâce au rebond des marchés boursiers.

L’assurance-vie est, ensuite un excellent outil de transmission de patrimoine. Elle permet en effet de transmettre un capital hors succession, grâce à la clause bénéficiaire, avec un régime fiscal avantageux. Les versements effectués par le titulaire du contrat avant l’âge de 70 ans bénéficient ainsi d’un abattement de 152.500 euros, puis d’un taux forfaitaire de 20% jusqu’à 902.838 euros et de 25% au-delà. Pour les versements effectués après 70 ans, l’abattement est ramené à 30.500 euros. Au-delà, les sommes versées intègrent la succession, et sont taxées au régime successoral classique.

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Enfin, grâce à la possibilité d’une sortie sous forme de rente viagère, l’assurance-vie est un moyen efficace de se constituer un complément de retraite à moindre coût fiscal. A l’heure où une ombre persistante plane sur le régime de retraite par répartition, il est plus que jamais pertinent d’en posséder une dans son patrimoine, y compris pour les plus jeunes qui peuvent dès aujourd’hui prendre date pour bénéficier au plus tôt d’une fiscalité optimale.

(1) Nets de frais de gestion.

(2) Sauf si le contrat prévoit des restrictions sur les rachats, ce qui est rare mais possible.

(3) Ce plafond a à nouveau été relevé de 25%, à 22.950 euros, le 1er janvier 2013.

(4) Fédération française des sociétés d’assurance.