Les candidats à lemprunt immobilier sont sous pression ! Depuis le début de lannée 2020, le taux de refus - cest-à-dire la part des dossiers refusés par les banques - apparaît en nette hausse. Exemple chez le courtier spécialisé Vousfinancer, où cet indicateur a doublé entre 2019 (5,5%) et la fin août 2020 (10,7%). En clair, les banques ont effectivement tendance à se montrer plus sélectives.
Les raisons en sont connues. À lissue dune année 2019 exceptionnelle en termes de production de nouveaux crédits immobiliers, les pouvoirs publics, craignant la surchauffe, ont demandé aux banques, par lintermédiaire du Haut conseil de stabilité financière (HCSF), de durcir leurs politiques doctroi. En particulier, elles sont plus quencouragées à appliquer à la lettre la règle dite des 33%, qui préconise de limiter à un tiers des revenus globaux dun ménage sa charge de remboursement. A cela sajoute bien sûr la crise du coronavirus, et son lot dincertitudes : « Les banquiers traditionnels sont en manque de repères, notamment sur les ressources de leurs clients », résume Bertrand Gress, manager performance commerciale chez Meilleurtauxsolutions.com, courtier spécialisé dans le regroupement de crédits.
Résultat : pour certains profils demprunteurs, les chances de décrocher un crédit sont aujourdhui amoindries. Cest le cas notamment de certains primo-accédants - celles et ceux qui achètent leur résidence principale pour la première fois - souvent en raison dun apport insuffisant. Le cas également de ménages déjà propriétaires de leur résidence principale, mais souhaitant rebondir sur une nouvelle opération : lachat dune résidence secondaire, par exemple, ou encore un investissement locatif pour faire grossir leur patrimoine immobilier. Des profils demprunteurs dont la solvabilité nest généralement pas en cause, mais qui peuvent se retrouver bloqués par leur taux dendettement. De fait, la « finançabilité » de ces investisseurs locatifs est en recul : en 2019, 59% dentre eux parvenaient à faire financer leur projet, selon le courtier en ligne Pretto. Ils ne sont plus que 46% actuellement.
Le 33% pour tous est « illogique »
Une situation totalement illogique, estime Sylvain Méharèche, directeur général de Partners Finances, un autre courtier spécialisé. « Appliquer à tous un taux dendettement maximum de 33% na pas de sens. Si vous avez de petits revenus, 33%, cest trop. En revanche, si vous avez des revenus confortables (au-delà de 5 000 euros par mois), aller jusqu'à 40% ne pose aucun problème ». Comme nombre dacteurs du marché, il plaide donc pour quà côté du taux deffort soit pris en compte le reste à vivre, « comme c'est le cas à l'étranger ».
De nouvelles cibles pour le regroupement de crédits
En attendant que les doléances remontent jusquau HCSF, lheure est à la recherche de solutions pour contourner les blocages. Une astuce, limitée à quelques profils de primo-accédants « à potentiel », consiste à contracter un prêt à mensualités évolutives.
Une autre est den passer par un regroupement de crédits. Dans les grandes lignes, lopération consiste à demander à un établissement spécialisé de racheter plusieurs crédits, éventuellement de natures différentes - immobiliers, à la consommation, renouvelable -, et de les regrouper dans une ligne unique. Intérêt de la manuvre : en allongeant la durée de remboursement, elle permet de faire baisser son taux deffort, et donc de récupérer des marges de manuvre.
Pour plus dinfos, lire notre page consacrée au regroupement de crédits
Outil longtemps réservé aux ménages mal endettés, le regroupement de crédit sest ouvert ces dernières années à de nouvelles cibles. Notamment à des clients propriétaires de leur résidence principale, mais qui cherchent à se lancer dans un nouveau projet : lachat dune résidence secondaire, par exemple, ou un investissement locatif pour sassurer un supplément de revenus dans le futur. Soit précisément le type de dossiers qui, actuellement, peinent parfois à trouver un financement.
Deux montages possibles
Comment ça marche ? Il existe deux montages possibles, détaille Bertrand Gress, de Meilleurtauxsolutions.com. La première consiste à « préparer le terrain en rachetant les crédits existants et en ajoutant une marge dapport. On rallonge la durée et on baisse le taux dendettement : cela permet de réunir les conditions pour financer le nouveau projet dans une banque traditionnelle ».
Voici un exemple, fourni par le courtier Vousfinancer, illustrant ce type de stratégie. Soit le projet de Mr X, divorcé, 30 ans, affichant des revenus annuels nets de 70 000 euros. Mr X est propriétaire de sa résidence principale, avec un capital restant dû de 240 000 euros et une mensualité de 1 150 euros par mois. Il rembourse également 5 prêts à la consommation, pour un encours de 60 000 euros, à hauteur de 1 200 euros par mois. Il na pas dépargne. Son projet : investir dans limmobilier locatif à hauteur de 90 000 euros hors frais. Pour y parvenir, il va procéder en 2 phases.
Phase 1 - Avec lappui dun courtier spécialisé, il emprunte 70 000 euros pour racheter ses 5 crédits conso et dégager 10 000 euros de trésorerie. Il rembourse sur 12 ans, ce qui lui permet de diviser par deux sa mensualité (600 euros au lieu de 1 200 euros).
Phase 2 - Grâce à la baisse de son taux dendettement et à lapport de 10 000 euros, il parvient à faire financer son investissement locatif dans une banque traditionnelle, grâce à un emprunt de 90 000 euros à rembourser sur 20 ans au taux de 1,10%. Soit une mensualité de 435 euros pour des revenus locatifs estimés à 600 euros.
Loption « deux en un »
Autre possibilité : « opter pour le deux en un », explique Sandrine Allonier, porte-parole de Vousfinancer. « Cest-à-dire pour un prêt qui permet à la fois de racheter ses crédits existants - le prêt pour la résidence principale, quelques prêts personnels, etc. - et de financer le nouveau projet. »
« Il y a une réelle appétence pour ce type de produits, depuis une petite année », confirme Sylvain Méharèche, de Partners Finances. « Cela représentait quelques dossiers par mois auparavant, nous en avons actuellement au moins 15 fois plus. Les ménages qui font de l'investissement locatif ont compris l'intérêt qu'ils avaient à maîtriser leur taux d'effort. »
Attention aux frais !
Reste une question : celle du coût de ce type dopération. « Par rapport à un crédit traditionnel, il ny a pas de grosse différence sur le taux du crédit en lui-même, surtout si le regroupement concerne majoritairement des crédits immobiliers », explique Bertrand Gress. Les seuils de lusure, cest-à-dire les taux maximum que les banques sont autorisées à pratiquer, sappliquent en effet à tous. Ils sont actuellement très bas : « Pour un prêt jusquà 15 ans avec garantie en vue dune accession à la propriété, on voit passer des taux de 1,50%, pas si loin des banques traditionnelles, note le porte-parole de meilleurtauxsolutions.com.
Il faut compter aussi avec des frais de dossier. Sur ce type de produits, proposé par des banques spécialisées qui acceptent de prendre en charge une forme de risque, ils sont élevés. Jusquà quel point ? Nous avons pu consulter la grille tarifaire dun établissement spécialisé : les frais de dossiers sy élèvent à 2,1% du montant financé, avec des plafonds à 1 900 ou 4 000 euros selon les produits.
À cela sajoute nécessairement des frais de courtage. Le regroupement de crédits, en effet, est un « marché 100% intermédié », rappelle Bertrand Gress. Cest-à-dire que les banques qui le pratiquent ne sadressent pas directement aux emprunteurs ; elles confient le rôle dapporteur daffaires à des intermédiaires, qui se chargent notamment de préparer les dossiers de prêts. À combien sélèvent les frais facturés par ces courtiers ? Le chiffre généralement retenu est de 5% en moyenne, mais avec de grandes différences selon les dossiers.
A consulter : les taux immobiliers de plus de 110 banques comparés




















