Une « révolution silencieuse ». Dans une étude publiée ce mardi, le courtier Meilleurtaux analyse l'évolution du regroupement de crédits qui repart après une période chahutée. Si entre 2020 et 2022, le marché a été porté par un contexte de taux bas dans la période Covid, avec des conditions de financement favorables et des « vannes du crédit » largement ouvertes, la hausse des taux à partir de 2022, dans le contexte lié à l'invasion en Ukraine, a entraîné une brutale chute en 2023 puis 2024.
La tendance s'inverse désormais : chez Meilleurtaux, le nombre de dossiers financés progresse de près de 15% sur un an. Une reprise, donc, mais qui ne signifie pas un retour à l'identique. Car dans le même temps, les montants et les profils évoluent, et la finalité du regroupement aussi.
Regroupement de crédits : cette astuce pour financer un nouveau projet
Des montants financés en baisse, malgré une montée en gamme
Premier paradoxe apparent : le marché redémarre, mais le montant moyen financé recule. Meilleurtaux rappelle qu'il a d'abord nettement augmenté, passant de 57 900 euros en 2020 à un pic de 69 800 euros en 2022. Dans un environnement de taux très bas, il était plus simple de refinancer des crédits dans de meilleures conditions. Depuis ce sommet, la tendance s'est inversée : avec la remontée des taux, les montants tournent autour de 54 000 euros en moyenne, 22% de moins par rapport au pic de 2022.
Cette baisse moyenne cache en réalité une redistribution des dossiers. D'un côté, les très gros crédits (souvent avec de l'immobilier) ont été davantage rachetés entre 2020 et 2022, « au plus bas », et leur part recule fortement aujourd'hui. De l'autre, les petites renégociations de moins de 30 000 euros, souvent composées de crédits à la consommation, diminuent aussi... mais pour une autre raison : avec la hausse des taux depuis 2022, certains dossiers deviennent difficiles à monter sans dépasser le taux d'usure (le taux maximal légal au-delà duquel une banque ne peut pas prêter).
Le segment qui progresse le plus est celui des dossiers de 50 000 à 100 000 euros, en hausse de près de 50% sur cinq ans, d'après Meilleurtaux. Le regroupement de crédit attire davantage de ménages capables d'emprunter sur des montants significatifs, avec un objectif qui dépasse la simple « mise à flot ».
Cette montée en gamme se reflète aussi dans le statut des emprunteurs. Les prêteurs privilégient de plus en plus les profils propriétaires, qui offrent des garanties supplémentaires. En 2025, Meilleurtaux indique que :
- 62% des demandes déposées proviennent de locataires, mais ils ne représentent que 40% des dossiers financés ;
- à l'inverse, les propriétaires comptent pour 38% des demandes, mais 60% des dossiers financés.
Autrement dit, le tri se fait plus strictement : les établissements prêteurs se montrent « de plus en plus sélectifs », la présence d'un bien immobilier étant une garantie appréciée.
Le changement le plus marquant concerne le profil des souscripteurs. Les revenus moyens sont passés de 3 240 euros en 2020 à 4 180 euros en 2025, soit une hausse de 29% en 6 ans. Meilleurtaux l'explique par un double mouvement :
- la quasi-disparition des foyers modestes, qui ne représentent plus que 5% des souscripteurs contre 17% cinq ans plus tôt ;
- la hausse des foyers aisés (revenus supérieurs à 5 000 euros par mois), qui pèsent désormais 24% des souscripteurs, contre 11% cinq ans auparavant.
Autre indicateur : le taux d'endettement moyen avant regroupement recule nettement, de 48,4% en 2020 à 41,9% en 2025. Le regroupement de crédit n'est donc plus majoritairement une restructuration de « survie » : il devient plus souvent une démarche d'optimisation budgétaire, parfois couplée au financement d'un nouveau projet.
Le cas classique décrit par Meilleurtaux : un foyer dont l'endettement est trop élevé pour obtenir un crédit conso bancaire, mais reste supportable. En regroupant, il peut restructurer ses mensualités (quitte à allonger la durée) et dégager une marge pour un projet (voiture, travaux, équipements). Meilleurtaux cite ainsi l'exemple d'un couple avec 3 enfants, plus de 5 000 euros de revenus et 7 prêts, qui a pu faire passer son endettement de 38% à 31% grâce à un regroupement destiné aussi à financer l'achat d'une voiture.
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