Shine qui proposait jusqu’alors un compte de paiement en ligne et des outils de gestion pour les professionnels va permettre à ses clients d’emprunter jusqu’à 70 000 euros. Originalité : un taux plus bas pour les entreprises vertueuses.

Depuis son lancement commercial en 2018, Shine a fait du chemin. Discret durant les premiers mois de sa vie, ce compte de paiement conçu pour les entrepreneurs s’apprête même à coiffer au poteau ses principaux concurrents, comme Prismea et Qonto, sur un service bancaire important : le crédit. En effet, Shine dévoile ce 22 avril une offre de prêt professionnel, co-construite avec sa cousine par alliance Franfinance. Car, comme Shine, cet organisme de crédit appartient à la Société Générale. « C’est la première offre de prêt en ligne proposée par un compte professionnel en ligne. Et elle est très simple, très rapide, accessible en quelques clics à toutes les entreprises clientes justifiant d'un historique d'au moins 6 mois de transactions », explique à MoneyVox Nicolas Reboud, cofondateur et président de Shine.

Concrètement, cette offre de prêt professionnel vise à couvrir l’essentiel des besoins de financement de sa clientèle à savoir des indépendants comme des entreprises. Car elle comprend deux volets : un prêt de trésorerie et un crédit pour investir. Le prêt de trésorerie peut aller jusqu’à 30 000 euros remboursés en 1 an au maximum. Le crédit d’investissement permet d’emprunter jusqu’à 70 000 euros sur 5 ans. Il nécessite, lui, la présentation de justificatifs pour prouver que les fonds servent au développement commercial de l’entreprise ou à gagner en notoriété, via par exemple le financement de campagnes publicitaires.

Un prêt sans bilan comptable versé en 3 jours

En revanche, l’étude de la solvabilité de l'emprunteur se fera sans pièce justificative. Le scoring sera fait par Franfinance qui se branchera directement sur le compte de l’emprunteur. D’où la nécessité d’être client depuis au moins 6 mois de Shine. Les algorithmes prendront en compte notamment les revenus de l'entreprise, le domaine d'activité et l'ancienneté du dirigeant. « Fera », « sera », « branchera », « prendront en compte » : on parle ici au futur, mais proche, car les premiers crédits seront octroyés en juin. « Aujourd’hui, ce sont les préinscriptions qui débutent, ce qui nous permettra de prendre en compte les éventuelles remarques de nos utilisateurs », détaille le président de Shine, qui planche sur d’autres nouveautés à découvrir dans l’entretien exclusif que Nicolas Reboud nous a accordé.

Cette évaluation de la capacité de remboursement, basée sur l’étude du compte, contraste avec la pratique usuelle dans l’univers bancaire français. Elle s’inspire du modèle anglo-saxon qui, pour accorder un prêt, se base davantage sur les actes de l'entrepreneur que sur l’entreprise en tant que telle. Classiquement, en France, dans les banques traditionnelles, le bilan comptable – voire les bilans comptables sur plusieurs années successives – est la pièce maîtresse pour analyser une demande de prêt. Pour les entreprises ayant moins d’un an d’activité, cette contrainte matérielle limite, de fait, les possibilités de décrocher un financement.

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Cette méthode d’évaluation permet aussi de réduire le délai de traitement. Le client est « préscoré ». « Grâce à cette méthode de scoring, nous allons proposer l'offre de prêt directement à nos utilisateurs éligibles, qui peuvent le souscrire. S'ils choisissent d'y souscrire, ils recevront les fonds quelques jours après avoir fait la demande, sans aucun document à fournir », explique Nicolas Reboud. En moyenne, ce délai d’attente sera de 3 jours et l’entrepreneur n’aura pas de caution personnelle, complète la néobanque.

Baisse de taux pour les entrepreneurs engagés

Autre originalité : « un bonus pour les entrepreneur·e·s engagé·e·s ». Il prend la forme d’une réduction de 0,5% du taux d’intérêt octroyée aux emprunteurs dont la société fait des efforts en termes de développement durable. Pour y prétendre, les professionnels devront respecter au moins 2 critères présents sur une liste publiée sur le site de Shine, comme la réalisation d’un bilan carbone rendu public, l’organisation de formations pour plus de diversité et d’inclusion, la mise en place d’une politique d’achats responsable, ou encore l’obtention de labels comme B Corp, Lucie ou encore ISO 26 000.

« Nous tenons à ce principe de bonus car, dans un monde idéal, nous voudrions que les avantages financiers bénéficient aux entreprises vertueuses. Il s’inscrit également dans les efforts que nous faisons pour être responsable. Nous sommes nous-même certifiés B Corp et nous avons rejoint le mouvement 1% pour la planète. Cela signifie que nous reversons chaque année 1% de notre chiffre d’affaires, que nous soyons profitables ou pas, à des associations en faveur de la protection de l’environnement », souligne le cofondateur de Shine.

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De back-up pour les freelances à filiale de la Société Générale

De l’aveu même de Nicolas Reboud, le lancement de cette offre de prêt a été facilité et accéléré par le rachat de Shine en juin 2020 par la Société Générale. Car, en tant que telle, Shine ne peut pas accorder de prêts. Elle n’a pas le statut d’établissement de crédit, mais est régulée par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution en tant que prestataire de service de paiement. Elle devait donc s’appuyer sur un partenaire bancaire, en l’occurrence Franfinance. « Franfinance portera les crédits dans son bilan. C’est auprès d'eux que seront souscrits les prêts. Nous, nous serons l’intermédiaire et notre service client sera capable de répondre aux principales questions des emprunteurs. Et les mensualités seront prélevées directement sur le compte Shine », explique Nicolas Reboud.

En s’associant à Franfinance, Shine profite aussi de son expertise sur l’évaluation du risque de défaut. En effet, cette enseigne est, avec des fintechs comme Younited Credit, l’un des précurseurs en France du scoring basé sur l’étude des mouvements sur les comptes bancaires. Elle l’a expérimenté dès 2019 dans son propre parcours de souscription de prêt à la consommation. De plus, cette filiale de la Société Générale n’en est pas à son coût d’essai côté partenariats. C’est également Franfinance qui se cache derrière la partie prêt personnel de l’offre de Mansa, une plateforme de crédits dédiée aux indépendants.

Depuis le rachat par Société Générale, Shine assure avoir connu une croissance forte, en dépit du contexte sanitaire que l’on connaît. En 10 mois, son nombre de clients a progressé de 40% pour atteindre 100 000 détenteurs de comptes à avril 2021. Son chiffre d’affaires a également triplé, revendique Shine. Cette croissance repose en partie sur l’élargissement de sa clientèle cible, en direction des TPE plus installées. « C’est d’ailleurs notre segment de clientèle qui croît le plus », commente le président de Shine, même si cela tranche avec son positionnement initial. Cette néobanque a, en effet, bâti ses premiers succès sur l’accompagnement des travailleurs indépendants, une clientèle habituellement délaissée par les établissements bancaires traditionnels.