Shine qui propose un compte en ligne pour les TPE et les freelances annonce ce jour le lancement de son offre de crédit. Quel regard porte Shine sur l'année écoulée, marquée par la crise et son rachat par la Société Générale ? Quelles nouveautés réserve cette néobanque à ses clients dans les mois à venir ?

Lancée en 2018, Shine propose un compte pour les indépendants, freelances et petites entreprises relié à une carte bancaire et des sevices connexes comme l'aide à la comptabilité et à la facturation, pour un prix qui varie de 3,90 à 26,90 euros par mois. Soit « 2 à 4 fois mois cher qu'un compte de banque traditionnelle », explique à MoneyVox Nicolas Reboud, cofondateur et président de Shine. 10 mois après le rachat par la Société Générale, il dévoile un bilan de la collaboration et révèle quelques évolutions à venir.

En juin, cela fera un an que vous avez rejoint la Société Générale. Comment s’est passée l’intégration ?

Nicolas Reboud : « Très bien. Notre clientèle a continué à croître. Nous avons désormais 100 000 clients, contre 70 000 au moment du rachat. Et notre chiffre d'affaires a triplé. Notre politique de recrutement est restée également très dynamique. Shine compte aujourd’hui 120 salariés - dont une cinquantaine affectée au service clients -, c’est deux fois plus qu’en juin dernier. L’intégration s’est bien déroulée car elle s’est faite intelligemment… La Société Générale nous permettant de conserver nos spécificités. Concrètement, nous avons continué à opérer de manière indépendante. Nous avons conservé notre marque, notre produit, notre équipe dirigeante, nos locaux séparés. Nous avons simplement plus de moyens pour réaliser nos projets avec, en contrepartie, c’est vrai, le devoir de se conformer aux procédures de conformité du groupe. Cela nécessite de l’attention pour que ce respect des règles internes, qui est très important, ne nous fasse pas renoncer à notre capacité d’innovation. »

Côté innovation, vous annoncez ce jour le lancement d’une offre de prêt professionnel « d’un nouveau genre ». Pouvez-vous en dire quelques mots ?

N.R. : « C’est la première offre de prêt en ligne proposée par un compte professionnel en ligne [L’ACPR demande aux fournisseurs de comptes mobiles ou en ligne, comme Shine, de ne plus utiliser la dénomination de néobanque, ndlr]. Elle va être scindée en deux : un prêt de trésorerie pouvant aller jusqu’à 30 000 euros remboursable en un an et un prêt d’investissement, sur justificatif, plafonné à 70 000 euros et amorti sur 5 ans au maximum. Il y aura bien sûr des critères à remplir, notamment d’être client depuis au moins 6 mois, mais cette offre sera accessible potentiellement à tous nos segments de clientèle, à la fois aux indépendants et aux entreprises, quelle que soit la nature de leur activité. La seconde originalité de notre crédit est son bonus responsable. Il s’agit d’un rabais de 0,5% sur le taux annuel octroyé aux entreprises qui s’engagent à avoir des pratiques vertueuses en matière de préservation de l’environnement et de pratiques managériales. »

Comment allez-vous en juger ?

N.R. : « Nous allons publier une liste de critères et à partir du moment où l’entreprise respectera au moins 2 conditions de cette liste, elle aura accès à cette réduction de taux. S’agissant des critères, nous nous sommes inspirés des recommandations des associations et des labels existants, comme LUCIE. Il s’agit par exemple d’avoir réalisé et rendu public le bilan carbone complet de son entreprise, de favoriser la diversité des profils de salariés, d’avoir une grille de salaire ouverte, d’octroyer un congé parental d’une durée supérieure au minimum légal ou encore de s’inscrire dans une politique d’achat responsable. »

Est-ce que le contexte particulièrement difficile pour les professionnels ou le fait que les néobanques étaient en incapacité de distribuer des PGE ont été déterminants dans la sortie de cette offre de prêt ?

N.R. : « Très sincèrement, non. C’était prévu avant. Ce dont nos utilisateurs ont vraiment eu besoin durant la crise est d’accompagnement pour les aider à comprendre les aides auxquelles ils avaient droit, ce que nous avons fait au travers d’un site internet dédié et d’un simulateur. Depuis sa création, plus de 110 000 personnes l’ont utilisé pour connaître leur éligibilité au fonds de solidarité, preuve qu’il y avait un vrai besoin de clarification. De plus, jusqu’à présent l’absence de prêt ne nous a pas empêché de grossir. Mais cela nous paraissait normal et logique pour un compte pro comme le nôtre d’intégrer une offre de crédit. Cliente d’acteurs en ligne ou pas, toute entreprise peut avoir besoin de financement pour se développer. »

Mais Shine c’est initialement un compte pro pour les freelances, avec a priori moins de besoin de financement…

N.R. : « C’est vrai. Nous comptons aussi beaucoup de créateurs d’entreprises parmi nos clients. Mais, à mesure que les mois défilent, la proportion d’entreprises, certes de petite taille mais plus installées et plus matures, progresse. C’est d’ailleurs notre segment de clientèle qui croît le plus. Le lancement du prêt s’inscrit dans ce mouvement, même si ce n’est pas sa seule raison d’être. Car un indépendant peut aussi avoir besoin d’un prêt pour renouveler son équipement informatique, financer un véhicule professionnel ou pour financer un besoin de trésorerie. »

Néobanques : les offres les moins chères pour maîtriser votre budget
Justement, comment vos clients ont-ils traversé la crise ?

N.R. : « Suite à l’annonce du premier confinement, nous avons observé l’arrêt et la stupéfaction. Durant les 3 premières semaines, le nombre de transactions a chuté de 40%. Mais depuis, il semblerait que les mesures de protection de l’Etat soient efficaces. Les restrictions sanitaires ne se sont pas senties dans les fermetures de compte ou dans les défauts de paiement alors que, compte tenu du secteur d’activités de nos clients, ils ne faisaient pas partie des entreprises jugées « essentielles » et ayant le droit d’ouvrir. S’agissant des freelances, nous n’avons pas constaté, non plus, de baisse de facturations. »

Cela ne s’est pas trop vu peut-être parce que vos clients vous utilisent comme un compte secondaire…

N.R. : « Non. Au contraire, les trois quarts de nos utilisateurs se servent de leur compte Shine comme compte principal. Une moitié parce qu’ils ont créé leur entreprise avec nous ; l’autre moitié après avoir pris la décision de clôturer leur autre compte. Honnêtement, cela nous a surpris, on ne s’y attendait pas ! Pour ceux qui nous utilisent comme compte secondaire, c’est soit parce qu’ils ont un crédit en cours dans une banque traditionnelle, soit parce que c’est compliqué de changer de compte professionnel. »

Votre concurrent Qonto vient de dévoiler une aide à la mobilité bancaire. Cette fonctionnalité vous intéresse-t-elle ? Plus généralement, avez-vous d’autres projets prévus cette année ?

N.R. : « Sur le principe, faciliter le changement de compte, c’est une bonne chose. En revanche, nous n’avons pas trouvé de prestataire qui proposait un service de mobilité bancaire qui réponde à nos critères de simplicité. Pour les mois à venir, nous travaillons à l’intégration de nouvelles fonctionnalités dont des cartes virtuelles qui devraient sortir bientôt et le paiement mobile. En outre, si nous annonçons aujourd’hui le lancement du prêt professionnel, celui-ci va dans les faits s’échelonner sur plusieurs mois. Aujourd’hui, ce sont les préinscriptions qui débutent, ce qui nous permettra de prendre en compte les éventuelles remarques de nos utilisateurs. Les premiers crédits seront véritablement octroyés en début d’été. Nous préparons aussi la seconde édition de notre bourse Shine qui l’année dernière, via un partenariat avec la Maif et Mastercard, avait abouti à une enveloppe de 60 000 euros répartis entre 60 créateurs et créatrices d’entreprises. »

Au niveau du groupe Société Générale, l’actualité sera rythmée par la fusion de son réseau avec celui du Crédit du Nord. Est-ce que cela va avoir un impact sur vous ? La question se pose d’autant plus que le Crédit du Nord promeut sa propre offre de néobanque pour les pros Prismea.

N.R. : « A ma connaissance, ce rapprochement ne nous impactera pas. Au sein de la Société Générale, nous sommes le pendant pour les professionnels de Boursorama qui s’adresse aux particuliers. On travaille avec le réseau Société Générale qui peut proposer Shine à ses clients professionnels et cela n’a pas vocation à bouger. De plus, Prismea adresse une clientèle différente à savoir des entreprises de taille plus importante. »

Retrouvez Shine dans notre comparatif de comptes professionnels