Alors que le taux d’épargne des ménages français a encore nettement diminué en 2013, l’assurance-vie a connu sa meilleure année depuis 2010, en termes de collecte. Comment expliquer ces tendances paradoxales ? L’Autorité des marchés financiers (AMF) apporte des éléments de réponse dans sa cartographie 2014 des risques et des tendances sur les marchés financiers et pour l’épargne.

Toujours élevé si on le compare à celui de certains de nos voisins européens - notamment les britanniques - le taux d’épargne brut des ménages français reste toutefois à la baisse, et ce depuis 2009 : de 16% cette année-là, il est passé à 14,7% au dernier trimestre 2013. Un phénomène qui se ressent sur l’évolution des principaux flux financiers nets (1) des ménages : depuis 2011, ceux-ci sont passés de 96 milliards à 71 milliards d’euros, note l’AMF. La chute est encore plus nette si l’on remonte à l’époque pré-crise des subprime : en 2007, ils étaient encore de 130 milliards d’euros. En cause selon l’AMF : le « contexte d’incertitude économique, d’augmentation des prélèvements obligatoires et de faible niveau de rémunération (…) ».

Toutefois, l’érosion de l’épargne des Français ne touche pas tous les produits financiers de la même manière. En 2011 et 2012, les dépôts et les liquidités (notamment le Livret A et le LDD) avaient tiré leur épingle du jeu. En 2013, ce sont les contrats d’assurance-vie qui « figurent parmi les supports qui ont le mieux su attirer l’épargne des ménages en 2013, malgré des contrats dont les rendements continuent de s’inscrire dans une tendance baissière », commente l’AMF. « (…) Pour la première fois depuis 2010, les flux de placement vers l’assurance-vie et les fonds de pension ont été plus importants que les placements bancaires (…) » : 39 milliards d’euros pour l’un, 33 milliards pour l’autre.

Les Français prompts à arbitrer

Comment l’AMF explique-t-elle ce rebond de l’assurance-vie ? Principalement par la moindre attractivité des autres placements, notamment de l’épargne réglementée. En 2010 et 2011 en effet, le taux du Livret A et de ses cousins (Livret de développement durable, Compte Epargne Logement, etc.) a progressé, tandis que la rémunération moyenne de l’assurance-vie en euros entamait sa baisse. Résultat : une convergence des rendements nets qui, accompagnée depuis 2012 du relèvement des plafonds de versement du Livret A et du LDD, a entraîné un « mouvement de réallocation » de l’épargne de ménages.

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Logiquement, la baisse du taux du Livret A depuis un an a eu l’effet inverse. « L’abaissement des taux de rémunération de l’épargne bancaire réglementée en février et août 2013 a été (…) de nature à renforcer l’attractivité de l’assurance-vie (…) » explique l’AMF.

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Le rebond est toutefois à relativiser. A 40 milliards d’euros à peine, la collecte 2013 est encore plus de deux fois inférieure à ce qu’elle était en 2010 (86 milliards). Et il n’est pas forcément durable. « Le bas niveau des taux d’intérêt n’est guère favorable aux placements en assurance vie », conclut l’AMF. « Ce contexte affecte plus particulièrement la performance des contrats d’assurance vie en euros comparativement à d’autres placements plus liquides et dont la rémunération peut s’avérer plus attractive. »

(1) Assurances-vie et fonds de pension, dépôts et liquidités, action, titres d’OPC, titres de dette.