En 2021, une hausse du pouvoir d'achat de 1,5% est attendue. Où va partir cet argent, dans un paysage de l’épargne secoué par les taux bas et la crise du coronavirus ?

Une année hors norme pour l’épargne. La succession de confinements a permis à une partie des Français de mettre beaucoup plus d’argent de côté que d’habitude en 2020 : 130 milliards d’euros supplémentaires selon les derniers chiffres de la Banque de France.

« Cette épargne Covid est tout à la fois subie et de précaution, subie par incapacité de consommer, de précaution par peur des lendemains qui pourraient déchanter », explique Philippe Crevel, directeur général du Cercle de l'épargne. Résultat, le taux d’épargne a atteint un niveau record de 21% d'après l'Insee, contre environ 15% ces dernières années.

« Le taux d’épargne a atteint un niveau record de 21% »

Alors que les incertitudes sur l’évolution sanitaire demeurent, malgré l’arrivée des vaccins, les particuliers devraient continuer à épargner massivement. Et ce même si leur pouvoir d’achat doit augmenter de 1,5% en 2021, selon les projections du gouvernement. Mais où les ménages vont-ils mettre leur argent ? Voici les placements qui devraient tirer leur épingle du jeu... et les autres.

Le succès du compte courant

C’est un drôle de placement mais qui a beaucoup de succès. Non seulement, il ne rapporte rien, puisque les comptes courants ne sont pas rémunérés (sauf exception chez Groupama et Macif), mais pire encore, il fait perdre de l’argent puisque les sommes déposées sont rognées par la hausse des prix. En 2020, elle était de 0,5% sur un an et pourrait atteindre 1% au premier semestre 2021 d'après l'Insee. Et pourtant, selon les derniers chiffres de la Banque de France, il y avait, en juin 2020, 452,37 milliards d’euros sur les comptes bancaires des particuliers, soit 45 milliards d’euros de plus qu’en décembre 2019. Pas étonnant puisque d'après une récente enquête du Cercle de l'épargne, la moitié des ménages disent avoir laissé tout ou partie de l’argent épargné depuis le mois de mars sur leurs comptes courants.

« Depuis 20 ans, à chaque crise, les montants sur les comptes courants augmentent. Vu les faibles rendements sur les produits de taux, les ménages préfèrent y garder une partie importante de leurs liquidités », explique Philippe Crevel. Difficile de croire que la situation va changer dans les mois qui viennent. Pour mémoire, en mars 2012, il y avait « seulement » 227,5 milliards d’euros qui dormaient sur les comptes courants.

Le liquide qu’on garde avec soi

Autre tendance très nette, le cash que les particuliers gardent chez eux. Les montants sont là aussi vertigineux : 225 milliards d’euros au total en juin 2020, en hausse de 22 milliards d’euros en 6 mois et de 92 milliards d’euros comparé à mars 2012.

Les livrets d’épargne réglementée

Une année en fanfare pour le Livret A et son cousin, le LDDS. Malgré une baisse de la rémunération en 2020, à 0,5% contre 0,75%, 27 milliards d’euros ont été déposés sur les 55 millions de Livret A entre janvier et novembre, contre environ 14 milliards recensés durant la même période en 2019. Les tendances sont globalement les mêmes si l'on prend en compte le LDDS, dédié à l'économie sociale et solidaire ainsi qu'aux économies d'énergie dans les logements, alors que le Livret A finance essentiellement le logement social. À eux deux, ils ont collecté plus de 35 milliards d'euros sur les 11 premiers mois de 2020 portant à 446 milliards d'euros l’encours global qui stationne sur les deux produits.

« La rémunération du Livret A n’a aucune raison d'augmenter alors que le gouvernemenrt veut relancer la consommation »

« Dans le contexte anormal de 2020, les ménages ne veulent pas s'engager sur le long terme et privilégient donc des produits liquides. Il y a une volonté manifeste à se constituer une réserve pour faire face à la survenue de problèmes d'emploi ou de revenus », explique Philippe Crevel.

Et tant que la situation sanitaire ne sera pas normalisée, surtout avec le spectre d’un troisième confinement, l’attrait pour cette épargne réglementée devrait se poursuivre même si sa rémunération restera très faible. Une hausse du taux du Livret A et du LDDS par le ministère de l’Economie est improbable. « Il n’a aucune raison de l’augmenter au moment où il veut relancer la consommation », souligne Philippe Crevel.

Les livrets bancaires dans le rouge

Ce ne sera certainement pas le placement gagnant de l’année. A l’image des comptes à terme, les livrets bancaires sont fortement pénalisés par la politique monétaire très accommodante mise en place par la Banque centrale européenne (BCE) pour relancer l’activité en zone euro. Selon le relevé de MoneyVox, le taux moyen sur un livret bancaire a encore baissé en janvier 2021 pour atteindre un plancher de 0,06% en moyenne. De rares livrets sortent du lot avec des promotions ponctuelles comme Distingo actuellement qui propose un taux bonifié de 3% pendant 2 mois plus une prime de 40 euros..

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L’assurance vie touchée mais pas coulée

Le succès du Livret A, notamment, a pénalisé le premier produit d'épargne français, l'assurance vie avec des retraits supérieurs aux dépôts. 7,3 milliards d’euros se sont envolés entre janvier et novembre.

« L'année 2020 paie les conséquences du confinement et de la crise, avec une commercialisation rendue difficile, mais aussi des effets sur le comportement des épargnants. L'épargne de précaution connaît un essor en lien avec les incertitudes qui poussent les ménages à remplir leurs réserves de précaution », explique Franck Le Vallois, directeur général de la Fédération française de l'assurance, interrogé par l’AFP.

« Les épargnants préfèrent pour l’instant mettre moins d'argent sur l'assurance vie par peur de s’engager sur le long terme »

Malgré tout, la situation se normalise. En novembre, la décollecte était de « seulement » 30 millions d’euros. « On ne peut pas parler de défiance à l’égard de l’assurance vie. Les épargnants ne retirent pas plus d’argent que d’habitude, ils préfèrent pour l’instant en remettre moins par peur de s’engager sur le long terme. Cette situation va perdurer en 2021 d’autant plus que les assureurs exigent désormais de plus en plus de verser 30% au minimum sur des unités de compte, plus risquées que le fonds euros, dont le rendement moyen baisse d’année en année pour se rapprocher des 1%. Malgré tout, dans le contexte actuel, les particuliers les plus prudents n’adhèrent pas à cette exigence », explique Philippe Crevel.

Le regain d’intérêt pour la bourse

Les investisseurs particuliers ont été très nombreux à investir en bourse en 2020. Selon les derniers chiffres de la Banque de France, la barre des 5 millions de Plans d'épargne en actions actifs a été franchie même si on reste loin des 7 millions de 2007. Un engouement constaté chez Boursorama par exemple. « Oui, l’intérêt croissant de nos clients pour la bourse était déjà sensible avant la crise du coronavirus mais, au mois de mars, on peut vraiment parler d’activité hors normes. Par rapport à nos moyennes mensuelles 2019, nous avons doublé le nombre de visites sur notre portail financier, quadruplé le nombre d’ordres passés et quintuplé les ouvertures de compte bourse », expliquait à MoneyVox fin avril, Benoît Grisoni, le patron de la banque en ligne.

Un engouement qui a été constaté dès la fin 2019 avec le succès de l’introduction en bourse de la Française des jeux, mais qui s’est poursuivi tout au long de l’année 2020. « Des investisseurs beaucoup plus jeunes s’intéressent désormais au marché boursier et sont entrés notamment quand il a baissé en mars. Ils ont moins peur de prendre des risques pour aller chercher plus de rendement. Et comme les indices boursiers mondiaux s’en sont plutôt bien sortis en 2020, anticipant une sortie de crise, cela a de quoi les conforter. L’attrait pour la bourse devrait se maintenir cette année ».