Plus de doute : les records ont été battus. Cette fois, toutes les sources saccordent sur un plus bas historique, même la Banque de France. Selon linstitution monétaire, le record de juillet 2015, un taux fixe en moyenne à 2,16%, a été battu en avril 2016 avec un taux effectif global de 2,10% toutes durées confondues. Quelle que soit la méthodologie, la conclusion est la même : « Jamais, depuis la Libération, les taux de crédits immobiliers nétaient descendus aussi bas », comme laffirme lobservatoire Crédit Logement-CSA (1) dans son dernier tableau de bord.
Plus concrètement, ce même observatoire situe les moyennes à 1,52% sur 15 ans, 1,76% sur 20 ans et 2,10% sur 25 ans au mois de mai. Les taux moyens communiqués par les courtiers (2) en ce début juin apparaissent relativement proches : 1,79% sur 20 ans selon Meilleurtaux ou 1,90% sur la même durée selon Empruntis. Des niveaux qui étonnent même les courtiers en crédit : « Il y a un an, je naurais jamais cru que les taux puissent tomber si bas », reconnaît Maël Bernier, porte-parole de Meilleurtaux. Elle souligne dailleurs la concurrence accrue sur le marché du prêt immobilier : « Outre les réseaux mutualistes de banques régionales, tous les grands réseaux nationaux proposent des taux compétitifs, ce qui nétait pas arrivé depuis un certain temps. Les baisses du mois de mai sont avant tout dues au retour de certains de ces réseaux dans la compétition. »
« Aucune raison de croire à une remontée en 2016 »
Lan passé, à pareille époque, plusieurs courtiers alertaient sur un rebond des taux immobiliers. Lequel sétait finalement avéré ponctuel et limité. Un même scénario peut-il être envisagé cette année ? Non, selon Michel Mouillart, professeur déconomie à lUniversité Paris Ouest et membre de lobservatoire Crédit Logement-CSA. Car la situation économique nest pas comparable : « Lan passé, si les taux ont légèrement remonté entre juillet et octobre, cest à cause des craintes concernant la stabilité du système financier, suite à la crise grecque. »
« Aujourdhui, il ny a aucune raison de croire à une remontée des taux en 2016, ni même dici lété 2017, sauf événement exceptionnel », juge léconomiste, qui poursuit son raisonnement : « Trois éléments expliquent la baisse substantielle des taux depuis mars 2016 [de 2,07%, toutes durées confondues, en février, à 1,93% en mars selon les résultats définitifs de lobservatoire Crédit Logement-CSA, puis 1,81% en avril et 1,77% en mai, NDLR] : les marchés obligataires se sont rétablis, la Banque centrale européenne a maintenu son taux de refinancement à zéro (3), et les taux de rémunération de lépargne restent très bas. Les conditions auxquelles les établissements de crédit prêtent aux particuliers sont exceptionnelles ! Lélément fondamental concernant lévolution des taux de prêt immobilier, cest le coût de la ressource. Celui-ci étant actuellement extrêmement limité, les banques peuvent prêter à des taux bas sans compromettre leurs marges. » Une analyse que partage Maël Bernier, de Meilleurtaux. Elle souligne ainsi navoir « aucune inquiétude » concernant un rebond, même si elle évoque la possibilité dune correction estivale, à la hausse mais minime, les banques pouvant chercher à limiter les flux de dossiers en juillet et août.
Difficile de descendre beaucoup plus bas
Se pose donc plutôt la question inverse : les taux immobiliers peuvent-ils continuer à séroder ? « La baisse la plus significative est intervenue au début du printemps car cest à cette période que les établissements mettent en place leur stratégie commerciale », explique Michel Mouillart. « En mai, le taux moyen na toutefois diminué que de 4 points de base. On peut donc penser que nous sommes dans le bas de la courbe, car il est peu probable que la BCE descende son taux de refinancement en-dessous de zéro, et les taux des OAT [obligations assimilables au Trésor, NDLR] sont déjà très bas », lOAT à 10 ans se situant à 0,45% au 7 juin, un niveau relativement stable depuis février (0,68% le 1er février).
Maël Bernier, de Meilleurtaux, pense elle que les banques disposent encore dune petite marge pour ajuster leurs taux dintérêt, même si les établissements de crédit ne divulguent pas leur niveau de marge. « Les banques ont cette année des objectifs extrêmement ambitieux, globalement les mêmes quen 2015 », ajoute la porte-parole du courtier, laissant entendre quelles vont continuer à se concurrencer en proposant des tarifs attractifs. Car, plus que jamais, « le produit à marge », pour les banques, « cest lassurance emprunteur », rappelle Maël Bernier : « Potentiellement, tout est négociable : les frais de dossier, lassurance de prêt ou encore la souscription d'une assurance habitation. Cependant, vu le niveau des taux, les banques tiennent encore plus à lassurance emprunteur. » Les banques ne vont donc pas se priver de jouer sur « l'effet taux ». Et ces conditions de financement avantageuses « vont continuer à porter le marché immobilier de lancien à bout de bras pendant plusieurs mois », prédit léconomiste Michel Mouillart. Autrement dit, les potentiels acquéreurs ont le temps de mener leur projet à leur rythme, sans avoir peur de passer à côté de laubaine des taux bas.
(1) Lobservatoire Crédit Logement-CSA appuie ses analyses sur un volume de plus de 16.000 opérations « en moyenne », hors rachats de créances, prêts relais et prêts mixtes.
(2) Les moyennes communiquées par les courtiers sont des taux fixes correspondant aux taux pratiqués actuellement dans les banques. Les courtiers calculent ces moyennes sur la base des barèmes que les banques leur fournissent.
(3) Le taux de refinancement est aussi présenté comme le principal taux directeur de la BCE. Lire aussi : Les taux directeurs de la BCE inchangés, pas d'annonce sur la Grèce


















