Le crédit privé, alternative aux prêts bancaires, permet aux entreprises de se financer auprès de fonds d'investissements.

Les acteurs du secteur sont confrontées à la récente volonté de leurs investisseurs de récupérer leur mise, entraînant une perte de liquidité qui devient préoccupante.

Dernier exemple en date, le fonds d'investissement Blue Owl, l'un des principaux acteurs du marché, a reçu des demandes de retraits de 4,7 milliards lors du deuxième trimestre, après 5,4 milliards le trimestre précédent.

Au total, en tout juste six mois, cela représente plus de la moitié des montants déposés sur un de ses principaux fonds dédiés au crédit privé.

Comme la plupart de ses concurrents confrontés à ce type de demande, Blue Owl a réagi en limitant à 5% la part que les investisseurs peuvent retirer.

Et non sans raison : selon le dernier rapport sur la stabilité financière de la Réserve fédérale (Fed), les retraits de fonds dans le secteur ont dépassé les dépôts sur les trois premiers mois de l'année.

Un document qui voit le crédit privé être cité par les répondants parmi les principaux risques pour le financement des entreprises.

- Financement alternatif -

« Jusqu'ici, seules les très grosses entreprises étaient en mesure de le faire mais aujourd'hui, vous possédez quelques restaurants et vous pouvez vous tourner vers le crédit privé », explique à l'AFP Jared Ellias, professeur à l'Université Harvard.

Le secteur s'est envolé après la pandémie de Covid-19, passant d'encours représentant environ 500 milliards de dollars en 2019 à près de 1.500 milliards l'année dernière, selon la Fed.

Une croissance rapide mais qui ne représente toujours qu'une part réduite du financement aux Etats-Unis, alors que les encours de dette des entreprises dans le pays - sans compter le secteur financier - dépassent les 20.000 milliards de dollars.

« Le crédit privé s'est développé très rapidement, allant d'une approche assez spécialisée à quelque chose de plus large. Cela a attiré un plus grand nombre d'investisseurs car il offre de meilleurs retours sur investissement », pointe pour l'AFP Adam Slater, économiste pour Oxford Economics.

La principale raison est qu'il était jusqu'ici difficile de retirer ses investissements, l'illiquidité du secteur étant compensée par des rendements plus élevés.

Mais la donne a changé ces dernières années, avec le développement de fonds semi-liquides, qui permettent aux souscripteurs de récupérer chaque trimestre une partie de leur mise.

Ce sont ces fonds qui ont porté une part importante de la croissance du secteur mais qui viennent également le fragiliser aujourd'hui.

- Taux de défaut en hausse -

En cause notamment, une surexposition du crédit privé aux entreprises du secteur des logiciels, considérés comme les premières victimes potentielles de l'intelligence artificielle (IA).

« Il y a une part de crainte liée au fait que les investisseurs ne savent pas précisément à qui les financements sont accordés », ajoute M. Ellias.

Des inquiétudes alimentées par un taux de défaut des emprunteurs qui dépasse désormais les 5%, selon la Fed, et continue d'augmenter, fragilisant encore le secteur.

Au point de venir déstabiliser le secteur financier dans son ensemble ? Les dangers restent mesurés selon une note d'Oxford Economics, pour qui le risque n'est pas systémique vu la taille réduite du crédit privé sur le marché de la dette.

« Le secteur est en difficulté mais le risque que cela se transmette est nettement plus faible que, par exemple, les subprimes (derrière la crise de 2008, ndlr). Il y aura un peu de transmission mais à une échelle modeste. Cela peut mettre quelques entreprises dans une situation difficile mais pas au point de provoquer une crise financière », estime ainsi Adam Slater.

Pour certains analystes, l'issue la plus probable est une chute au ralenti du crédit privé, qui permettrait au reste du secteur financier de s'adapter au fur et à mesure.

« Dans quelques années on se dira qu'il était étonnant que des gens y aient placé leur argent » anticipe même l'un d'eux.