Mathieu Plane, Economiste à l'OFCE
Mathieu Plane
Economiste à l'OFCE
Mathieu Plane est économiste et directeur adjoint du département analyse et prévision de l'Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE)
Que va changer l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran pour l'économie française ?

Mathieu Plane : Au vu des incertitudes très élevées sur le conflit au Moyen-Orient, nous avions élaboré 2 scénarios. Notre scénario central table sur un pic des prix du pétrole au deuxième trimestre en France, avant un reflux de la hausse des prix. L'inflation pour cette année serait de 2,2%, avant de passer à 1,5% en 2027.

Le choc pour l'économie française sur 2026-2027 est évalué à 0,3 point de PIB, soit un coût d'environ 10 milliards d'euros pour l'économie française. Cet accord entre les Etats-Unis et l'Iran doit encore être confirmé, mais s'il tient, il ne devrait pas y avoir de choc durable pour notre économie. C'est ce scénario qui aujourd'hui se dessine. D'ailleurs, les prix du pétrole ont nettement reculé aujourd'hui, autour de 83 dollars le baril.

Nous avions un scénario alternatif appelé escalade. La dynamique était bien différente avec un prix du baril s'envolant à 150 dollars, et restant durablement au-dessus des 100 dollars. En deux ans, sur 2026-2027, nous avons calculé que cela coûterait 1,7 point de PIB à l'économie française soit plus de 50 milliards d'euros. Dans ce scénario d'escalade, l'inflation s'emballe avec à la clef une série de hausses de taux de la Banque centrale européenne pour freiner l'inflation, entraînant des effets négatifs sur l'économie.

Quelles conséquences de cet accord sur le crédit immobilier ?

M. P. : La Banque centrale européenne vient de relever ses taux directeurs de 0,25 point. Si l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran se maintient, la hausse des prix devrait freiner et donc la BCE n'aura pas de raison d'augmenter à nouveau ses taux. Le coût de l'argent pour les banques qui empruntent de l'argent à la BCE devrait ainsi se stabiliser. Pour les banques, l'incertitude devrait être un peu moins forte. Si les conséquences pour l'économie française de la Guerre au Moyen-Orient sont limitées, les risques de faillite des entreprises vont diminuer. Les banques pourraient ainsi être davantage enclines à prêter de l'argent aux particuliers. C'est une petite bouffée d'oxygène pour le crédit immobilier. Et les taux de la dette française ne se sont pas envolés ces dernières semaines, bien qu'ils restent élevés. Or leurs évolutions déterminent aussi en partie les taux fixés par les banques pour le crédit immobilier.

Est-ce que cela va redonner un coup de pouce au moral des ménages ? Vont-ils davantage consommer et moins épargner ?

M.P. : Je pense qu'ils vont attendre un peu de voir que la situation se normalise. Si l'effet d'incertitude internationale diminue un peu, cela peut jouer en faveur d'une baisse sur le taux d'épargne. De plus, la possible remontée du taux du Livret A en août sera limitée. Si l'inflation continue de ralentir, il ne faut surtout pas s'attendre à ce qu'il augmente plus tard. Le Livret A n'entraînera donc pas d'appel d'air massif pour l'épargne au cours des prochains mois. Si le moral des ménages est sensible aux prix à la pompe, les incertitudes liées à la situation en France demeurent cependant. De plus, nous allons entrer dans une année préélectorale compliquée, où le gouvernement devra faire passer encore un budget avant l'élection présidentielle.

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