Lorsque vous commencez à vous intéresser à la bourse, il est difficile de passer à côté des trackers, ces fonds qui permettent notamment d'obtenir les mêmes performances que des indices de référence comme le CAC 40 ou le S&P 500. Comment bien les sélectionner ?

Quand il s’agit de s’adapter aux tendances des marchés, l’industrie financière regorge d’imagination. Depuis 10 ans dans l’Hexagone, un peu plus aux Etats-Unis, l’offre de trackers s’est étoffée afin de permettre d’investir, en un seul achat, sur un large pan de l’économie. Car la particularité de ces véhicules d’investissement cotés en bourse - aussi appelés ETF pour Exchange-Traded Fund – est de répliquer les variations d’indices financiers célèbres, comme le CAC 40 (composé des 40 plus fortes capitalisations cotées en France) ou le S&P 500 (composé des 500 plus grandes sociétés cotées aux Etats-Unis). Pour faire simple, si la valorisation du CAC 40 augmente de 5%, celle du tracker est censée augmenter aussi de 5%. Les ETF peuvent suivre la totalité de l’indice ou opérer une sélection de certaines entreprises pour créer, ainsi, des ETF thématisés exposés au secteur du luxe, aux biotechnologies ou encore aux énergies renouvelables.

ETF thématiques ou diversifiés : quel rendement ?

Sur le long terme, investir sur des ETF plutôt que sur des fonds gérés activement, composés d’actions ou de titres obligataires sélectionnés par des gestionnaires qui en changent au gré de leurs convictions, apparaît être un pari plutôt gagnant. C’est en tout le constat dressé dans plusieurs études, dont le baromètre gestion active-passive de Morningstar. « A fin juin 2020, sur les 10 dernières années, le taux de succès de la gestion active est inférieur à 25% dans les deux tiers des principales catégories de fonds actions dans notre base de données, explique Mathieu Caquineau, analyste Fonds chez Morningstar. Cela signifie que moins d’un quart seulement des fonds actifs ont survécu et surperformé leurs ETF de référence. En moyenne, les investisseurs sont donc gagnants à préférer la gestion passive sur le long terme ».

C’est également ce que montre l’enquête SPIVA de la société américaine Standard & Poor’s Dow Jones, qui compare, par zone géographique, les fonds gérés activement à l’indice S&P correspondant. Ainsi, dans sa dernière édition valable à fin décembre 2020, il ressort que, en Europe, sur les 5 dernières années, les trois quarts des fonds actifs ont un rendement inférieur au S&P Europe 350, qui tient compte des 350 premières capitalisations boursières européennes, et donc, par voie de conséquence à un bon tracker de cet indice. Par contre, à court terme, les ETF ne protègent pas des soubresauts des marchés, comme ce fut le cas l’an passé. Résultat, sur l’année 2020, 63% des fonds actifs ont battu le S&P Europe.

Lire aussi : La gestion pilotée vaut-elle le coût ?

L’an dernier, dans une année boursière mouvementée, les trackers thématiques ont été parmi les plus performants, soulignait Morningstar dans une autre analyse sortie début 2021. « Les ETF thématiques en Europe ont été l'un des grands gagnants de 2020, des performances remarquables ayant permis d'attirer un record de 9,5 milliards d'euros de nouveaux actifs nets tout au long de l'année. Ces flux importants ont permis aux actifs sous gestion de bondir à un niveau record de 22,7 milliards d'euros », explique ainsi Kenneth Lamont, à l’origine de cette étude.

Rappelons toutefois qu’en finance, la spécialisation est un facteur de risque accru. « L’an dernier, la thématique « entreprises technologiques » a été surperformante. Mais est-ce qu’il en sera de même dans les 2 ou 3 prochaines années ? Cela reste un pari. Les fonds thématiques restreignent le champ d’investissement et sont donc plutôt synonymes d’une volatilité accrue », expliquait récemment à MoneyVox Sébastien d'Ornano, président de Yomoni, qui gère des mandats d’arbitrage en ETF.

Des trackers à choisir en fonction de son enveloppe et des frais

Thématisés ou généralistes, les fonds indiciels suscitent un engouement fort auprès des Français. En 2020, d’après les chiffres compilés par l’Autorité des marchés financiers, 233 000 particuliers ont arbitré des ETF, contre 175 000 en 2019 et 143 000 en 2018, soit une hausse de 63% des investisseurs en seulement 3 années.

Cet attrait s’explique aussi par la compétitivité prix des trackers qui évitent que le rendement soit perdu en frais. « Les ETF présentent des frais de gestion en moyenne 4 à 5 fois plus faibles que la gestion active. Les fonds actifs occasionnent en moyenne 1,35% de frais de gestion, contre 0,32% pour les ETF. En d'autres termes, la société de gestion active doit générer une performance d'au moins 1,35% pour compenser ses frais, contre 0,32% pour le gestionnaire passif », poursuit Mathieu Caquineau de Morningstar.

L'argument du prix peut se révéler moins déterminant dans le cas des ETF sectoriels. « L’avantage tarifaire est clair s’agissant des trackers sur les grands indices. Mais le monde des ETF a explosé, avec des ETF cybersécurité, valeurs minières ou encore cannabis qui peuvent appliquer des frais se rapprochant de la gestion pilotée », nuance Marc Tempelman, président de Cashbee, une plateforme d’épargne en ligne.

Autre atout : les trackers s’accommodent à toutes les enveloppes : au compte-titres, au Plan épargne actions (PEA) mais aussi, selon les contrats, à l'assurance vie. Dans le cadre du PEA, les trackers peuvent permettre aux particuliers de s'exposer aux marchés étrangers, américains ou asiatiques, alors même que la vocation du PEA est de n’accepter que les titres d’entreprises européennes. Cette éligibilité est permise par les trackers dits synthétiques. Car, en effet, bien que l’on parle souvent des trackers en général, il existe bien plusieurs types d’ETF, deux grandes catégories principalement, qui se distinguent par la manière dont ils copient leur indice de référence.

ETF physique ou synthétique : quelles différences ?

Les plus simples à comprendre sont les trackers physiques. Pour les constituer, l’émetteur achète l'ensemble des titres que composent l’indice visé. S’il veut répliquer les variations du CAC 40, le gérant acquiert les 40 actions des sociétés du CAC en respectant leur pondération dans l’indice français.

En revanche, pour créer un ETF synthétique, le gestionnaire n’a pas besoin de détenir ces titres sous-jacents. Il passe un contrat avec une contrepartie - généralement une banque d’investissement - qui est chargée d’apporter au gestionnaire la même performance que l’indice visé. En échange, il fournit à sa contrepartie une rémunération, qu’il dégage en investissant sur des valeurs qui n’ont pas forcément à voir avec l’indice copié. C’est la raison pour laquelle un ETF synthétique répliquant par exemple le S&P500 américain (composé des 500 plus grandes sociétés cotées aux Etats-Unis) ou le MSCI monde (composé de plus de 1 500 valeurs) peut s’avérer éligible au PEA.

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Légèrement moins onéreux que les trackers physiques – à une décimale près – les ETF synthétiques ont pourtant, en pratique, un peu moins la cote auprès des épargnants. En cause, un risque spécifique inhérent à ces fonds. Les ETF synthétiques comportent « un risque de contrepartie qui survient si l'intermédiaire avec qui l'ETF a passé contrat n'est pas en mesure de fournir la performance de l'indice. C'est le cas s'il fait faillite par exemple », pointe l’analyste de Morningstar.

ETF synthétique ou physique, il existe plusieurs indicateurs permettant de juger de la qualité d’un fonds indiciel, dont l’écart de performance entre la valeur du tracker et son indice de référence, appelé « tracking difference ». Pour faire simple, plus la « tracking difference » est élevée, moins l’ETF colle à son indice de référence. Et il y a des disparités, comme nous vous l’illustrons avec ces 5 trackers du MSCI monde issus de gérants différents. Depuis fin mars 2020, le Xtrackers MSCI World Swap de DWA Investment s’est ainsi écarté de 1,07 point de pourcentage de son indice de référence, contre un écart de 0,76 point pour celui de Lyxor.

Tracking différence 5 ETF monde
Graphique MoneyVox

Certains marchés moins propices aux trackers

Monde, européen, thématique, redistribuant ou capitalisant les dividendes…. Avant de faire un choix entre deux trackers répliquant le même indice, l’investisseur doit évidemment au préalable réfléchir aux marchés sur lesquels il veut investir. Tous ne se prêtent pas forcément à être répliqués. Ainsi, « sur le marché américain, les indices sont très difficiles à battre sur le long terme. Avec la gestion passive, on sait que l’on va obtenir la performance de l’indice et on ne prend pas le risque de sous-performance associé au gérant actif. Sur d’autres marchés en revanche, il y a davantage d’inefficience. Le taux de succès des gérants actifs a tendance à remonter. C'est le cas des marchés émergents caractérisés par un univers d’investissement très large, une importante diversité de pays, des devises plus volatiles et des cycles macro-économiques différents », détaille à MoneyVox Mathieu Caquineau de Morningstar.

Ensuite, la sélection même de l’indice peut se révéler compliquée. Pour un même marché, il existe en effet une multitude d’indices. Aux Etats-Unis par exemple, les 4 principaux indices – Dow Jones Industrial Average, le MSCI USA, le MSCI USA Large Cap et le S&P 500 – cohabitent avec des dizaines d’indices secondaires combinant des titres de PME, de sociétés d’un même secteur d’activité, ou de valeurs que les financiers rapprochent compte tenu de leurs perspectives de rendement. Or, de ces différences découlent des performances très contrastées. Par exemple, la performance cumulée sur 3 ans du Lyxor DJ Global Titans 50 dépasse 67%, contre +37% pour le Lyxor MSCI World UCITS ETF Monthly Hedged, soit un écart de rendement de 23% pour 2 trackers tous deux faisant partie de la catégorie actions monde. D'où l'importance de ne pas s'arrêter au nom du support mais de lire le document d'information clé du fonds pour comprendre sa stratégie, connaître les frais qui pourront être appliqués ou encore le niveau de risque.

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La liquidité du tracker, un point d’attention majeur

Les investisseurs doivent également prêter attention à la société émettrice du tracker - mieux vaut confier son argent aux grands noms du secteur à savoir Lyxor, Amundi, iShares ou encore Ossiam –, ainsi qu’à la liquidité de l’ETF. En effet, un véhicule boursier, quel qu’il soit, s’échangeant peu présente ce que les gestionnaires appellent un risque de spread : son prix de vente peut baisser en comparaison de son prix d’achat. Un tracker présente un tel aléa.

« L'ETF étant coté en continu sur le marché, son prix d'achat peut s'éloigner de sa valeur liquidative. Généralement, le volume d'ordres fait que l'écart est très faible. Mais, parfois, lorsque l'ETF est peu liquide, un décalage important peut survenir, ce qui représente ce qu'on appelle un coût caché pour l'investisseur », explique Mathieu Caquineau. « Pour se prémunir de ce risque de liquidité, l'épargnant peut regarder le volume d'ordres passés et la différence entre les prix d'achat et de vente historiques. S'il note des décalages importants et récurrents, cela signifie que le fonds indiciel pourra effectivement présenter un coût caché à la vente », conseille l’analyste de Morningstar. Globalement, il est de bon ton de prendre l’habitude d’investir sur des fonds indiciels ayant une capitalisation d’au moins 100 millions d’euros.

4 conseils pour débuter avec les ETF

En résumé, avant de vous lancer dans l’achat d’un tracker, vous devez :

  1. Sélectionner le marché ciblé (secteur d’activité, zone géographique…) et choisir l’indice qui correspond le plus à ce périmètre.
  2. Vous interroger sur le support d’investissement dans lequel vous souhaitez loger votre ETF. Certains sont éligibles à l’assurance vie ou au PEA. D’autres seront accessibles exclusivement au travers d’un compte-titres. Ce faisant, vous devez prendre en compte, en plus des frais de gestion de l’ETF, les frais de courtage appliqués sur la place financière où le fonds indiciel est coté. Cette politique tarifaire plus ou moins avantageuse selon les courtiers peut vous inciter à ouvrir un compte chez un prestataire plus compétitif.
  3. Vérifier la taille de l’ETF (sa capitalisation), sa liquidité et la fiabilité de la société émettrice. Cela réduira le risque de voir disparaître votre ETF, par exemple si celui-ci est fusionné à un fonds plus important, et du risque de décote à la revente.
  4. Pour départager deux ETF d’un même indice, vous pouvez également vous référer à des indicateurs financiers comme la « tracking difference » qui permet de savoir si un tracker colle au plus près de l’indice qu’il est censé répliquer.