Les marchés : Les acheteurs reprennent la main
Le CAC 40 bénéficie d'un net regain de confiance ce mercredi et progresse de 1,01%, à 8 262 points. Une progression solide, mais qui masque un climat toujours hésitant sur certains segments du marché, notamment les nouvelles technologies. Les investisseurs restent en effet prudents face à l'impact réel de l'intelligence artificielle sur les modèles économiques existants, en particulier dans les logiciels.
Les inquiétudes déclenchées par l'arrivée de nouveaux outils d'automatisation développés par Anthropic continuent ainsi de peser sur plusieurs grandes valeurs du secteur. Nous revenons en détail sur ce sujet dans cette édition. Sur le front macroéconomique, l'inflation en zone euro continue de ralentir. Elle ressort à 1,7% sur un an en janvier (+0,3% seulement en France !), contre 1,9% en décembre, en grande partie grâce à la baisse des prix de l'énergie.
Une bonne nouvelle pour les ménages comme pour les marchés, même si cette amélioration ne devrait pas pousser la Banque centrale européenne à baisser ses taux demain. Outre-Atlantique, la séance est plus contrastée. Le fabricant de semi-conducteurs AMD chute de plus de 15% après des prévisions jugées décevantes, relançant les doutes sur sa capacité à rivaliser avec Nvidia dans la course à l'intelligence artificielle.
Les investisseurs attendent désormais avec attention les résultats d'Alphabet, publiés ce soir après la clôture, pour juger si les investissements massifs dans l'IA commencent réellement à se traduire en profits. Une publication qui pourrait donner le ton pour l'ensemble du secteur technologique dans les prochains jours.
Les valeurs : Novo Nordisk, Wendel et Soitec
Novo Nordisk : Novo Nordisk traverse une forte crise boursière. Son action chute très lourdement ce mercredi après l'annonce de prévisions très décevantes pour 2026, avec une baisse attendue des ventes et des bénéfices. Les investisseurs ont été surpris par l'ampleur du recul, alors que le géant pharmaceutique danois était encore récemment présenté comme un futur géant mondial grâce à ses médicaments contre l'obésité. Après avoir atteint un pic historique en Bourse en 2024, la valeur de l'entreprise a été divisée par trois.
Les résultats récents montrent un ralentissement de l'activité, mais ce sont surtout les perspectives à venir qui inquiètent. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Aux États-Unis, les prix des traitements anti-obésité baissent fortement sous la pression des autorités et des assureurs publics. Certains États arrêtent aussi de rembourser ces médicaments. En parallèle, Novo Nordisk subit une concurrence de plus en plus forte, notamment de son rival américain Eli Lilly, mais aussi de versions moins chères et non officielles de ses traitements.
Le groupe doit également faire face à la perte de brevets importants dans plusieurs pays, ce qui ouvre la voie à des copies de plus en plus nombreuses. Novo Nordisk mise désormais sur de nouveaux médicaments, notamment une version orale de son traitement phare, mais la concurrence arrive vite sur ce segment. Bref ! C'est une période de transition difficile pour le groupe, avec moins de visibilité, plus de concurrence et une croissance désormais incertaine. Les performances de Novo Nordisk : -46% en 2025, -6,5% depuis le 1er janvier et... -19% ce soir à 302 couronnes danoises (environ 40,50€) !
Wendel : La société d'investissement française annonce la vente de sa participation majoritaire dans le néerlandais Stahl, une entreprise spécialisée dans les revêtements industriels, au groupe allemand Henkel. Cette opération, qui valorise Stahl à environ 2,1 milliards d'euros, devrait rapporter à Wendel environ 1,2 milliard d'euros nets.
Pour le groupe français, c'est une très bonne affaire : cela représente plus de six fois l'argent investi depuis son entrée au capital de Stahl en 2006. Les autres actionnaires de Stahl vendent eux aussi leurs parts dans le cadre de cette transaction. En Bourse, l'annonce a été très bien accueillie, avec une hausse de 9,05% (à 88,60€) du cours de l'action Wendel. Cette vente s'inscrit dans la stratégie de sa stratégie visant à renouveler son portefeuille et à générer beaucoup de trésorerie dans les années à venir.
Wendel veut lever plus de 7 milliards d'euros d'ici 2030, dont une partie sera redistribuée aux actionnaires. L'objectif est aussi de réduire l'écart important entre la valeur réelle de ses actifs et son prix en Bourse. Selon la direction, Henkel est le meilleur acheteur possible pour Stahl, à la fois sur le plan financier et industriel, et cette opération marque une étape importante dans la transformation de Wendel. Grâce à cette hausse journalière, Wendel progresse désormais de près de 8% en Bourse depuis le 1er janvier (-5% en 2025).
Soitec : Le spécialiste des matériaux semi-conducteurs signe un fort rebond en Bourse après la publication d'une activité trimestrielle meilleure que prévu, un signal rassurant pour les investisseurs après une année marquée par de nombreuses déceptions. Certes, le chiffre d'affaires reste en net recul sur un an, pénalisé par la faiblesse persistante des marchés automobile et smartphone, mais la progression d'un trimestre à l'autre dépasse les attentes et montre que le groupe commence à profiter du dynamisme des segments liés aux centres de données et à l'intelligence artificielle.
Le marché y voit un possible point bas du cycle pour le groupe éligible au PEA-PME. Résultat, l'action Soitec s'envole de 23,30% et clôture à 30,22€, à la première place du SBF 120, portée par l'espoir d'une stabilisation progressive de l'activité après une année 2025 particulièrement difficile. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 31% !
L'évènement du mercredi : 1 000 milliards de dollars !
Walmart est devenu le premier distributeur au monde à dépasser les 1 000 milliards de dollars de valeur en Bourse, marquant une étape historique pour le groupe et confirmant qu'il est désormais un concurrent majeur d'Amazon. Cette valorisation signifie que l'ensemble des actions de Walmart vaut désormais plus de 1 000 milliards de dollars, un niveau atteint jusqu'ici par seulement quelques très grandes entreprises mondiales, généralement dans le secteur technologique. D'ailleurs, ce succès repose en grande partie sur la transformation numérique du groupe.
Longtemps perçu comme un géant des magasins physiques, Walmart a fortement accéléré dans la vente en ligne. L'e-commerce connaît une croissance très rapide, avec des ventes en hausse d'environ 27% sur un an, et il représente désormais près d'un cinquième de l'activité totale du groupe. Aux États-Unis, les commandes passées sur internet comptent pour une part croissante des ventes et expliquent une grande partie de la progression du chiffre d'affaires. Contrairement à beaucoup d'acteurs, ces activités en ligne sont maintenant rentables aux États-Unis.
Walmart s'appuie sur son immense réseau de magasins pour proposer des services comme la livraison le jour même, accessible à la quasi-totalité des ménages américains. Cette organisation lui permet de rivaliser directement avec Amazon, au point que certains observateurs estiment qu'il s'agit de la plus grande menace jamais rencontrée par le géant du commerce en ligne. Walmart a aussi développé une place de marché pour des vendeurs tiers et une activité publicitaire en forte croissance, renforcée par des acquisitions récentes. Le groupe investit également dans les nouvelles technologies, notamment l'intelligence artificielle, avec des partenariats visant à intégrer les achats en ligne dans des outils de recherche conversationnels.
En somme, la combinaison de sa taille, de sa logistique, de sa main-d'œuvre et de ses investissements technologiques explique sa réussite exceptionnelle. Walmart a su profiter d'une période d'incertitude pour se transformer en profondeur et s'imposer comme un acteur central du commerce moderne, aussi bien physique que numérique. En Bourse, Walmart a progressé de 24,5% l'an dernier et de 15% depuis le début de l'année.
Le monde d'après : L'IA frappe les services !
La simple annonce d'Anthropic a suffi à rallumer les craintes liées à la révolution de l'intelligence artificielle. La start-up américaine, concurrente d'OpenAI, a dévoilé une nouvelle fonctionnalité destinée aux cabinets d'avocats, aux bureaux d'analyse financière et aux départements juridiques, capable d'automatiser certaines tâches comme la revue de contrats ou la préparation de synthèses. , la sanction boursière a été immédiate. Plusieurs acteurs des services d'information et des données juridiques ont violemment corrigé en Bourse, le marché craignant une remise en cause progressive de leurs modèles économiques.
À Londres et Amsterdam, RELX et Wolters Kluwer ont respectivement chuté hier de 14% et 13%, tandis que Thomson Reuters et le London Stock Exchange ont également décroché de 16% et 13%. Par contagion, des valeurs pourtant moins exposées mais perçues comme vulnérables face à l'automatisation par l'IA ont à leur tour décroché de 6 à 9%, comme Publicis, Capgemini, Sopra Steria ou Teleperformance. Le marché rappelle ainsi qu'avec l'IA, la frontière entre gagnants et perdants reste mouvante et que chaque annonce technologique peut provoquer des arbitrages brutaux.
Ce nouvel épisode confirme un changement de climat sur les marchés. Après avoir applaudi sans réserve l'essor de l'IA, les investisseurs scrutent désormais les secteurs susceptibles d'en subir les conséquences. Au risque de détruire massivement de la valeur boursière. Dans cette phase de transition, la sélection devient plus exigeante que jamais : identifier les futurs perdants de l'IA est tout aussi important que de repérer les grands gagnants... Affaire à suivre !
Demain à la Une : Google, Amazon et la BCE
Demain, le marché devra digérer les résultats d'Alphabet (Google) dévoilés ce soir, après la clôture des marchés. Amazon publiera à son tour son rapport annuel demain soir. Mais d'ici là, la séance sera animée par les données de BNP Paribas et Vinci. Sans grande surprise, la BCE devrait maintenir ses taux inchangés ce jeudi, mais le discours de Christine Lagarde pourrait provoquer un peu de volatilité sur les actions européennes, entre 14h45 et 16h. La Banque centrale anglaise devrait également opter pour le statu quo. Surtout, le marché attend avec impatience la séance chargée de vendredi... on en reparle vite !
Le lexique : Le ratio risk / reward
Le ratio risk / reward (ou risque / gain) est un indicateur utilisé en investissement boursier pour comparer ce que l'on peut perdre à ce que l'on peut gagner sur une opération. Il mesure, avant de prendre une décision, si le gain potentiel justifie le risque encouru : par exemple, risquer 1 pour espérer gagner 3 correspond à un bon ratio. En théorie, plus ce ratio est élevé, plus une stratégie peut être intéressante sur le long terme, même si toutes les opérations ne sont pas gagnantes.











