Les marchés : Deux salles, deux ambiances

La Bourse de Paris recule de 1,06% ce soir, à 8 067 points, principalement à cause de la chute de LVMH (-7,89%), leader du secteur du luxe et première capitalisation du CAC 40. Le groupe a publié des résultats décevants dans la mode et la maroquinerie, entraînant dans son sillage les autres grands noms du secteur, comme Kering (-3,02%) et Hermès (-3,76%).

Dans le même temps, les investisseurs attendent les décisions de la Banque centrale américaine, qui devrait maintenir ce soir ses taux d'intérêt inchangés. L'attention se porte surtout sur le discours de son président, Jerome Powell, pour obtenir des indices sur l'évolution future de la politique monétaire face à l'inflation. À l'inverse de Paris, la Bourse de New York est en pleine forme. L'indice S&P 500 a atteint un niveau record cet après-midi, dépassant brièvement les 7 000 points, grâce à l'optimisme autour des résultats à venir de grands groupes technologiques comme Meta, Microsoft et Tesla. Ce sera l'un des grands temps forts à suivre ce soir et demain, on en reparle dans la suite de cette édition. Bonne lecture !

Les valeurs : LVMH, ASML, et Valbiotis

LVMH Grosse déception pour LVMH. Le numéro un mondial du luxe a publié des résultats annuels jugés corrects mais sans véritable étincelle. Si le chiffre d'affaires du quatrième trimestre progresse légèrement (+1%), porté par les montres et la joaillerie, la division clé mode et maroquinerie, qui pèse près de la moitié de l'activité, recule de 3%. Un chiffre conforme aux attentes, mais insuffisant pour convaincre un marché en quête d'un signal clair de reprise, notamment après les bonnes surprises observées chez certains concurrents. En Bourse, la sanction a été immédiate. L'action LVMH clôture en baisse de 7,89% à 542,8€. Les investisseurs n'ont pas trouvé dans cette publication le véritable déclic attendu, c'est-à-dire l'élément déclencheur capable de changer brutalement la perception du dossier, comme une accélération franche des ventes ou une reprise visible en Chine. Certes, la solidité des marges et la discipline sur les coûts impressionnent, mais dans un secteur du luxe encore fragile, le marché attend désormais plus qu'une bonne résistance : il veut une preuve tangible de retour à la croissance. Depuis le début de l'année, l'action cède 15%.

ASML Le mastodonte néerlandais des équipements pour semi-conducteurs a en revanche livré une copie spectaculaire. Au quatrième trimestre, les prises de commandes ont atteint 13,2 milliards d'euros, soit près du double des attentes du marché, portées par la demande explosive en machines de lithographie EUV, indispensables à la production des puces les plus avancées utilisées dans l'intelligence artificielle. Les résultats opérationnels confirment cette dynamique, avec des revenus et une rentabilité supérieurs aux prévisions, tandis que la direction juge les perspectives commerciales pour 2026 robustes, soutenues par des carnets de commandes bien remplis et des clients comme TSMC, Intel ou Samsung en pleine phase d'investissement. En Bourse, l'action ASML recule toutefois de 1,77% à 1 196€, un mouvement qui s'explique principalement par des prises de bénéfices après un parcours boursier particulièrement solide (+36% en 2025). Ce petit repli intervient alors que le groupe a annoncé 1 700 suppressions de postes, une décision présentée comme un recentrage organisationnel visant à gagner en agilité, et non comme un signal de ralentissement de l'activité. Malgré ce léger ajustement à court terme, ASML demeure en position de force dans la course mondiale aux semi-conducteurs et à l'intelligence artificielle. Preuve de cette confiance, le titre affiche toujours une hausse de 30% depuis le début de l'année.

Valbiotis L'action éligible au PEA-PME s'est envolée en Bourse après l'annonce d'une étude scientifique importante sur l'un de ses compléments alimentaires dédiés à la régulation de la glycémie, venant renforcer la crédibilité de ses solutions de santé nutritionnelle. À la clôture, le titre progresse de 33,82% à 1,10€, portant son gain à plus de 55% depuis le début de l'année. Les investisseurs saluent une stratégie désormais plus claire et mieux étayée.

Sur le terrain, Valbiotis montre des signes concrets de montée en puissance. Le nombre de pharmacies partenaires continue d'augmenter, avec des commandes plus fréquentes et des ventes en forte hausse. Les ventes en ligne progressent également. Résultat, le chiffre d'affaires du quatrième trimestre atteint 400 000 euros, soit plus du double par rapport au trimestre précédent. Fort de cette dynamique, la direction anticipe une forte croissance en 2026. Les bureaux d'analyse sont confiants : Portzamparc et TP ICAP Midcap recommandent l'achat du titre et visent un cours compris entre 2,30€ et 2,70€ (soit +110% à +145% par rapport au cours actuel).

L'évènement du mercredi : Boeing, la renaissance ?

Boeing montre des signes de reprise en 2025, avec une forte hausse de son chiffre d'affaires, en progression de 34%, et un nombre de commandes désormais supérieur à celui d'Airbus pour la première fois en dix ans. Cette amélioration est en partie liée à un afflux de commandes étrangères, favorisé par la politique diplomatique américaine. Malgré ces bonnes nouvelles, la situation financière reste fragile. Boeing enregistre encore une lourde perte d'exploitation, supérieure à 5 milliards de dollars, même si elle est moins importante que l'an dernier. Les difficultés passées ont obligé l'entreprise à lever des fonds en diluant ses actionnaires, et à racheter son fournisseur Spirit AeroSystems via un paiement en actions, une opération qui a aussi soulagé ce partenaire en difficulté.

Dans l'aviation civile, les livraisons d'avions ont fortement rebondi, surtout grâce au retour en force du modèle 737, ce qui a fait grimper les revenus du géant américain. Le secteur de la défense progresse également, avec un carnet de commandes bien rempli. Cependant, ces deux activités restent encore peu rentables, et Boeing continue de brûler du cash. La direction se veut optimiste et promet une amélioration des flux de trésorerie en 2026. Mais l'entreprise reste affaiblie après plusieurs années de pertes, un endettement en forte hausse et une série de crises industrielles et managériales. Soutenu par le contexte politique américain, Boeing conserve pour l'instant la confiance des investisseurs à Wall Street, même si le redressement complet est encore loin d'être acquis. Sa renaissance va en effet prendre du temps. En attendant, l'action reste très volatile : -32% en 2024, +23% en 2025 et +10,5% en 2026. Boeing est éligible à notre assurance-vie .

Le monde d'après : La guerre des monnaies !

La chute du dollar ne préoccupe pas Trump, bien au contraire ! Alors que l'euro a franchi le seuil symbolique de 1,20 dollar pour la première fois depuis 2021, le président américain se félicite ouvertement de voir le billet vert affaibli, qu'il considère comme un levier stratégique dans sa guerre commerciale. Pour Trump, un dollar faible booste la compétitivité des exportations américaines et permet de contourner l'obstacle économique majeur auquel il se heurte : une Fed indépendante, qui refuse de baisser massivement ses taux. Puisque la politique monétaire lui échappe, le taux de change devient une arme assumée. Les marchés, eux, livrent une lecture beaucoup plus nerveuse. Le dollar enregistre l'un de ses pires débuts d'année face à l'euro, au yen ou au franc suisse, tandis que l'or flambe à des sommets historiques, symptôme classique d'une perte de confiance dans la devise américaine.

Côté européen, la prudence domine. Lagarde évite soigneusement tout commentaire sur le niveau de l'euro, même si la Banque centrale européenne surveille de près une appréciation qui pèse mécaniquement sur la croissance et réduit les pressions inflationnistes (voir lexique). Un euro trop fort n'est jamais une bonne nouvelle pour l'économie réelle. En toile de fond, Trump assume désormais une rupture majeure : une potentielle guerre des monnaies. Là où ses prédécesseurs laissaient le marché fixer la valeur du dollar, il revendique un affaiblissement contrôlé, au risque de raviver l'inflation et de compliquer encore la tâche de la Fed.

Demain à la Une : Une pluie de résultats

Ce jeudi sera marqué par la publication de la balance commerciale américaine. Surtout, le marché devra digérer les résultats annuels des poids lourds américains Microsoft, Meta, Tesla et IBM, publiés ce soir après la clôture. Apple, Visa, STMicroelectronics, Eurofins Scientific et Sanofi passeront à leur tour sur le gril demain. Les investisseurs surveilleront également dans les prochains jours le bras de fer entre Washington et Téhéran. Pour le moment, Trump affirme que l'Iran veut négocier et passer un accord avec les États-Unis. Plusieurs experts s'attendent toutefois à une possible intervention américaine pour mettre fin au régime. Affaire à suivre !

Le lexique : Pourquoi... ... une monnaie forte réduit les pressions inflationnistes ?

Car elle rend les importations moins chères, ce qui diminue le coût des biens, de l'énergie et des matières premières, et limite la hausse des prix à la consommation. Elle renforce également la concurrence étrangère, incitant les entreprises locales à contenir leurs prix. À l'inverse, une monnaie faible augmente les pressions inflationnistes en renchérissant les importations, ce qui élève les coûts de production et les prix finaux, tout en réduisant la pression concurrentielle, favorisant ainsi des hausses de prix plus importantes.