Le gel des prix des mutuelles, prévu en 2026 par la loi, n'est pas appliqué pour l'instant. A l'entrée d'un supermarché discount de Nogent-sur-Oise (Oise), Murielle Prenant, « jeune retraitée » de 62 ans, accuse le coup. « Les cotisations des mutuelles augmentent chaque année, mais jusqu'ici mon employeur réglait 50% (comme pour tous les salariés, ndlr). Du jour au lendemain, j'ai dû payer seule : 129 euros mensuels, alors que je touche l'équivalent du Smic », soupire-t-elle.

« Tout augmente... Finalement, je ne sors plus ». Si elle a dû raccourcir ses vacances de « quinze jours » à « dix », la sexagénaire se « soigne encore », mais craint de devoir un jour « retirer des options » dont elle a « absolument besoin ».

« Pour moi, mon mari, mes deux fils, c'était 266 euros mensuels l'an dernier, aujourd'hui 270. Ce n'est plus possible ! », déplore Gonul Ozdemir, 49 ans, qui a dû opter « pour une mutuelle chère », sans laquelle le reste à charge annuel des soins d'orthodontie des enfants aurait dépassé 2 000 euros.

Cette mère au foyer avait demandé la C2S (complémentaire santé solidaire), gratuite, financée par l'Etat, qui évite aux bénéficiaires les dépassements d'honoraires. « Mais on dépassait le plafond de ressources d'un euro ! », se désole-t-elle, à savoir 1 810 euros pour quatre personnes, moins que le seuil de pauvreté. Ignorant l'existence d'une C2S payante aux plafonds plus élevés, la famille a fait « d'autres sacrifices ».

De plus en plus de bénéficiaires pour cette mutuelle gratuite (ou presque) : ce qu'il faut savoir

Loi « inapplicable »

Selon le service statistique des ministères sociaux (Drees), le montant global des cotisations perçues par les complémentaires santé a bondi de 20% entre 2020 et 2024. Et les tarifs, de 6% sur la seule année 2025, rapportent les acteurs du secteur.

Les complémentaires (mutuelles, assurances et organismes paritaires) justifient les hausses par la forte augmentation des dépenses de santé, une part des remboursements transférés par l'Assurance maladie, et de nouvelles dépenses, notamment sur les soins dentaires, l'optique et l'audioprothèse.

Estimant ces hausses injustifiées, le Parlement a voté une nouvelle taxe sur leurs recettes et interdit tout nouveau relèvement des tarifs en 2026, au grand dam des assureurs. Dénonçant un gel « inapplicable » et « inconstitutionnel », nuisant « à la liberté d'entreprendre », ils ont décidé d'appliquer une hausse supérieure à 4%, que l'association de consommateurs UFC Que-Choisir appelle à contester.

Mutuelle santé : la méthode facile pour exiger le remboursement des hausses de prix

Ces hausses « étouffent des millions de Français » et « accentuent les inégalités », pesant sur les plus fragiles -retraités, chômeurs, jeunes...-, dépourvus de contrats collectifs, déplore-t-elle. Et les personnes âgées pâtissent de tarifs défavorables car indexés sur l'âge.

« Sans mutuelle »

Bruno Palier, directeur de recherche au CNRS, a souligné des inégalités sociales dans « l'accès aux mutuelles et à leur qualité », devant une commission d'enquête parlementaire en juin. « La France couvre bien », via l'Assurance maladie, « les affections de longue durée et les maladies graves », mais moins bien les « soins courants », ce qui peut « conduire à des renoncements aux soins », a-t-il observé.

C'est le cas des parents d'Elham, 31 ans dont « aucune mutuelle ne voulait » car « ils sont trop vieux », dit-elle à l'AFP. « Celle de l'ancien emploi de mon père (ex-travailleur du BTP) les a pris mais rembourse très mal ». Ainsi sa mère a-t-elle dû renoncer à des soins dentaires qui « lui auraient coûté 4 000 euros ».

Environ 4% des Français, soit 2,5 million de personnes, n'ont pas de complémentaire santé, contre 13% en 1996, un chiffre qui grimpe à 12% pour les 10% les plus pauvres, précise la Drees. Assistante maternelle en Seine-Saint-Denis, Saoucen Bahri, 51 ans, « se passe de mutuelle depuis 20 ans ». « J'ai pas de problème de santé, je préfère payer mes lunettes 1 000 euros tous les trois ans, c'est plus économique », explique-elle.

Mais en cas d'hospitalisation, le « risque de reste à charge » est « très important » pour les personnes dépourvues de mutuelle, observait en novembre Denis Raynaud, directeur de l'Institut de recherche en économie de la santé (Irdes), devant l'Association des journalistes de l'information sociale. Pendant la pandémie de Covid, a-t-il précisé, « trois semaines en réanimation » pouvaient représenter « un reste à charge de 10 000 euros ».