La Mutuelle d’Ivry-La Fraternelle reste en haut du panier des fonds euros, avec 3,30% servis en 2015. Olivier Sentis, directeur général de la MIF, explique les secrets de cette mutuelle au rendement pas comme les autres.

En 2015, le fonds euros MIF a livré un rendement net de frais de gestion de 3,30% pour l’ensemble de ses contrats. Un taux parmi les plus élevés du marché…

Olivier Sentis : « Nous maintenons depuis plusieurs années notre stratégie payante. Ce taux est un point au-dessus de la moyenne du marché. Surtout, le résultat est également intéressant en relatif, car nous nous situons dans une période d’inflation nulle. »

Comment fait-on pour obtenir 3,30% en période de taux bas ?

O.S. : « Par rapport à nos concurrents, nous avons quelques avantages. Nous n’avons pas de réseau de distribution, nous n’avons donc pas à rémunérer un réseau de salariés, d’agents, de courtiers… L’économie est importante sur les coûts de distribution. Notre structure est souple, agile et peu coûteuse. Nous gérons l’ensemble de nos encours à moins de 0,5% de frais administratifs et financiers. »

D’accord, mais les économies ne font pas tout !

O.S : « Nos taux élevés dépendent en partie d’obligations à fort rendement acquises il y a quelques années. Conserver ces obligations limite la baisse. Mais il faut aller chercher ce taux par la gestion financière. Nous sommes très actifs sur le marché. Nos investissements ne sont pas du type Buy & Hold. Nous faisons des arbitrages fréquents entre différentes classes d’actifs obligataires, en variant les pays Core et périphériques, les durées d’emprunt. Nous faisons plus de mouvements financiers que nos concurrents sur la partie obligataire. Nous regardons les opportunités de marché, et notre taille nous permet de nous positionner dans ce que nous considérons comme des failles, des opportunités pour gagner des centimes sur chaque opération. »

Donc votre fonds euros n’est pas investi qu’en obligations allemandes et françaises…

O.S. : « Nous sommes sur beaucoup d’autres pays, et jouons sur les disparités. Mais nous sommes aussi assez investis sur les obligations d’entreprises privées. Nous avons une équipe d’analystes qui suit de façon précise ce marché. Les entreprises de bonne qualité apportent un gain de performance qui dope notre rendement. »

À force de livrer un des meilleurs taux du marché, on se doute que la collecte augmente. Le risque n’est-il pas de noyer votre fonds euros ?

O.S. : « Le fait que nous soyons en haut du marché depuis quelques années dope notre collecte, c’est vrai. Ainsi, en 2015, nous avons gagné 11.000 sociétaires, pour atteindre 118.000, et collecté 384 millions d’euros bruts, portant notre encours total à 3,2 milliards d’euros ! Sans être devin, on sait que les taux de nos assurances-vie vont baisser structurellement. C’est dû à un effet paquebot. Au fil du temps, les anciennes obligations, à meilleur taux, sont diluées, et le taux global baisse également. Mais il ne faut pas le voir comme un problème. Toute notre habileté doit être de trouver des placements rémunérateurs pour cette épargne nouvelle. Nous nous renforçons sur de nouvelles classes d’actifs, comme les infrastructures, l’immobilier. L’objectif est que la collecte ne pèse pas trop sur le rendement moyen du portefeuille. »

Les contrats internet touchent une clientèle plus jeune et urbaine. Qui investit à la MIF ?

O.S. : « Historiquement, c’est l’affinitaire qui fait venir les personnes à la MIF, par le parrainage et le bouche-à-oreille. Mais nous bénéficions aussi des retombées de notre taux ! Notre clientèle a deux profils. D’un côté, une population historique de cheminots, plus ancienne et traditionnelle, avec des montants de versement plus faibles. Depuis 2006 et notre ouverture à tous, une nouvelle clientèle, plus exigeante et informée, nous rejoint. Ils amènent des montants de versement plus importants, de 40 à 100.000 euros. »

Pensez-vous pouvoir vous maintenir au-dessus du seuil psychologique de 3% ?

O.S. : « Sincèrement, on ne sait pas si l’on restera au-dessus de 3% fin 2016. C’est encore trop tôt pour le dire… Mais une chose est sûre : nous avons toutes les armes pour nous maintenir parmi les meilleurs, autour d’un point au-dessus du marché. Car nous renforçons chaque année nos réserves, sous forme de provisions pour participation aux bénéfices (2,4% à fin 2014), de réserves de capitalisations et de plus-values latentes (5,1% en actions et immobilier). Au total, nous avons plus de 9% de réserve ! Cela nous permet de faire face à des périodes plus difficiles ! »

Il y a un paradoxe : vous êtes une mutuelle, mais votre rendement vous place au niveau des fonds internet… Où vous situez-vous ?

O.S. : « Le mot ''mutuelle'' ne doit pas impressionner. Nous sommes atypiques, car nous avons la force d’une mutuelle, mais une démarche plus proche des pure players. Nos concurrents, ce sont bien les fonds web. Même si nous avons beaucoup d’affinitaires, notre distribution s’apparente à la distribution internet. Nous devons continuer à développer ce canal digital. Avec une particularité : nous ne proposerons jamais de fonds vitrines à taux boosté, et des rendements moins bons pour les contrats plus anciens. Cela restera le même taux pour tous. »

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Vous imposez des frais sur versement (1). N’est-ce pas une pratique un peu désuète dans le marché actuel ?

O.S. : « Je ne suis pas d’accord. Nous voulons maintenir cette politique pour éviter une approche opportuniste de l’assurance-vie. Un client qui viendrait et partirait au bout de deux ou trois ans ferait perdre de l’argent à l’assureur, et donc à tous les assurés. Notre but est de gérer sur le long terme. Si on propose zéro frais sur versement un jour, ce ne sera pas sur un produit pur euro. Mais plutôt sur des produits mixtes euros/unités de compte. »

En gros, vous refusez que l’on utilise votre assurance-vie comme un livret d’épargne !

O.S. : « Voilà. Nous pensons que c’est une erreur de transformer l’assurance-vie en Livret A ! Il faut donc maintenir des frais à l’entrée, car ce n’est pas un placement de court terme. Nous avons d’ailleurs un taux de rachat de l’ordre de 4%, bien inférieur à celui du marché. Les gens restent très longtemps à la MIF. Pour maintenir un rendement performant du fonds euros, les investissements doivent être maintenus sur le long terme. »

Des frais sur versement, n’est-ce pas aussi un moyen de doper le rendement annuel ?

O.S. : « Vous avez raison, ils ont un impact sur la performance. Les 1 à 2% de frais, sur un contrat qui superforme le marché, sont récupérés en quelques années, à condition de rester investi. Un client retrouvera dans la performance la somme prélevée pour ces frais. »

On dit que les fonds euros sont menacés et tendent vers zéro. La MIF peut-elle résister ?

O.S. : « Il faut être attentif. Mais il y a des possibilités de miser sur autre chose que les emprunts d’Etats ! On peut gérer de manière sécuritaire d’autres classes d’actifs avec un rendement plus important. Il faut se diversifier, prendre des risques un peu plus importants, en misant sur l’immobilier, les obligations de société ou encore des actions, qui représentent désormais près de 10% de nos encours. Nous sommes convaincus que notre rendement peut se maintenir durablement à des niveaux intéressants. »

(1) Frais sur versement de 2% jusqu’à 19.999 euros, 1,5% de 20.000 euros à 39.999 euros, 1% au-delà de 40.000 euros.