Le « couteau suisse de lépargne » : la métaphore revient souvent quand il sagit de décrire lassurance-vie. A juste titre : celle-ci permet, en effet, de répondre à de multiples besoins des épargnants : transmettre un capital, préparer sa retraite, voire pourquoi pas, financer les études des enfants ou se constituer une épargne de précaution. Le tout avec une fiscalité avantageuse et des rendements qui, sils tendent à baisser ces dernières années, restent généralement supérieurs, à risque et accessibilité égales, aux autres produits dépargne grand public.
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Les Français ne sy sont pas trompés, en plébiscitant lassurance-vie entre autres placements. Elle est de très loin le produit dépargne le plus sollicité dans lhexagone : 1.463 milliards deuros dencours fin 2013, à comparer avec les 367,4 milliards, en cumulé, du Livret A et du Livret de développement durable. Chacun en veut sa part : tous les grands réseaux - ou presque (1) - disposent ainsi de filiales spécialisées, dont ils distribuent les produits : Multiplacements 2 chez BNP Paribas, Nuances 3D à la Caisse dEpargne, Vivaccio à la Banque Postale, Predissime 9 au Crédit Agricole, Séquoia à la Société Générale ou encore Prévi-options au Crédit Mutuel-Arkea, pour citer les principaux.
Lassurance-vie est du coup un produit fréquemment proposé par les chargés de clientèle, au cours de leur face à face avec leurs clients. Ses multiples atouts (rendement, fiscalité, transmission, retraite ) leur fournit un argumentaire tout trouvé. Heureusement pour eux, car sils devaient argumenter uniquement sur les qualités propres de leurs produits, la partie serait sans doute moins aisée.
Des rendements inférieurs à la moyenne
Les assurances-vie distribuées par les banques, en effet, ne brillent pas par leur rendement. Exemple en 2013. Le taux de rémunération moyen des fonds euros a été estimé à 2,80% (2) par la Fédération française des sociétés dassurance (FFSA). Selon notre relevé, rares sont les contrats des banques de réseaux à avoir atteint ce chiffre. Cest le cas, seulement, des contrats multisupports haut de gamme de certaines dentre elles : Cachemire (3) de la Banque Postale (3,10%, 25.000 euros de ticket dentrée), Rouge Corinthe de LCL (2,80%, 15.000 euros) ou Séquoia de la Société Générale (2,94%, 7.600 euros). Au final, seul Antarius Sélection du Crédit du Nord réussit à concilier un rendement au-dessus de la moyenne (3%) et une relative accessibilité pour le grand public (1.000 euros de ticket dentrée).
A linverse, la plupart des contrats affichent des rémunérations bien en-dessous de la moyenne. Cest le cas par exemple de Predissime 9, assuré et distribué par le Crédit Agricole, dont le fonds euros a rapporté en 2013 2,50%. Très loin des performances de certains acteurs de lassurance-vie tout en ligne, comme la filiale spécialisée de Generali, e-Cie vie, (fonds Eurossima à 3,35%) ou celle du Crédit Mutuel Arkea, Suravenir (fonds Suravenir Rendement à 3,45%) que l'on retrouve sur plusieurs contrats internet.
Le handicap des frais
Les assurances-vie des grandes banques ont un autre handicap : le niveau des frais prélevés, notamment, sur les sommes versées. Le « zéro frais dentrée », en effet, nest la norme que pour les contrats internet. Du côté des réseaux, la fourchette des frais de versements maximum facturés en 2013 était comprise entre 2% (pour le Plan Epargne Enfant de la Banque Populaire, rémunéré 2,54%) et 5% (Nuances 3D de la Caisse dEpargne, rémunéré 2,60%).
Lire par ailleurs : Comment votre banquier gagne-t-il de largent avec votre assurance-vie ?
La perception de ces frais sexplique : ils correspondent à la rémunération des banques, qui distribuent les contrats, collectent les fonds mais en cèdent ensuite la gestion (et les fruits) à leurs filiales d'assurance. Ce fonctionnement trouve toutefois ses limites dans le contexte de baisse continue du rendement moyen des fonds en euros. Exemple, encore, avec le contrat Prédissime 9 du Crédit Agricole. Avec un rendement de 2,50% en 2013, il faut un an et près de 10 mois de placement pour seulement amortir les frais dentrée de 4,50% sur les versements effectués. Pas forcément rédhibitoire pour un produit conçu pour lépargne au long cours, mais un sacré bail comparé aux contrats internet, généralement mieux rémunérés et exempts de ces frais de versements.
Un marché hétérogène
Au final, il paraît judicieux, pour les épargnants intéressés par lassurance-vie, de résister aux appels du pied de leur chargé de clientèle pour prendre le temps de sinformer et de comparer les contrats disponibles. Ce n'est pas toujours évident : certaines enseignes - pas toutes : on peut citer la Société Générale ou LCL parmi les exceptions - semblent entretenir une certaine opacité autour des caractéristiques et des taux de rémunération de leurs contrats, en étant avares d'informations sur leurs sites internet. Mais l'exercice est indispensable.
Car contrairement au marché des livrets dépargne, où les taux affichés par les différentes enseignes (hors super-livrets des banques en ligne) se tiennent en général dans un mouchoir de poche, celui de lassurance-vie est très hétérogène. Lémergence depuis une dizaine dannées des distributeurs internet, dont la plupart ont depuis fait leurs preuves, offre ainsi des alternatives souvent beaucoup plus avantageuses et pas forcément moins accessibles.
Prendre le temps de la comparaison est dautant plus important quune fois écoulé le délai de rétractation - 30 jours calendaires révolus à compter du jour où le souscripteur est informé de la conclusion du contrat -, la souscription dune assurance-vie engage. On ne peut pas, en effet, transférer son contrat dune banque à une autre sans le clôturer, et donc perdre lantériorité fiscale, cest-à-dire le décompte des huit années avant datteindre une fiscalité sur le revenu optimale. Pour éviter de se retrouver dans ce cas de figure, et pour ceux qui restent méfiants à légard du 100% internet, il existe toutefois une solution : ouvrir plusieurs assurances-vie (une dans sa banque, une autre chez un distributeur internet par exemple), histoire de prendre date et se laisser le temps de jauger les produits, leur gestion et lévolution de leur rendement.
Voir sur cBanque : les principaux contrats dassurance-vie en ligne
Mise à jour (16 juin 2014) - La Caisse d'Epargne nous fait savoir par courriel qu'à compter du 16 juin 2014, le taux maximum des frais de versement sur son contrat multisupports Nuances 3D, cité dans l'article, passe de 5% à 4%. Dans le même temps, le montant minimum du versement initial sur ce même contrat passe de 30 à 100 euros.
(1) Les assurances-vie distribuées par La Banque Postale et la Caisse dEpargne sont actuellement assurées par CNP Assurances, dont elles sont actionnaires. BPCE a toutefois annoncé son intention de mettre un terme, fin 2015, à laccord de distribution avec CNP, au profit de sa filiale Natixis.
(2) Tous les taux de rendements cités dans cet article sont nets de frais de gestion mais avant prélèvements sociaux.
(3) La Banque Postale a récemment arrêté la commercialisation de Cachemire, le remplaçant par Cachemire 2. Voir : Assurance-vie : deux nouveaux contrats distribués par La Banque Postale

















