Dans la majorité des cas, les contrats dassurance-vie sont proposés conjointement par un assureur, type Generali, Suravenir (groupe Crédit Mutuel Arkéa) ou Predica (Crédit Agricole Assurance), et par un distributeur, cest-à-dire une banque, un conseiller en gestion de patrimoine ou un spécialiste de lassurance-vie en ligne comme Linxea ou Epargnissimo. Ce dernier, en tant quapporteur daffaire, perçoit traditionnellement des frais de versement, ou frais dentrée. Pourtant, les acteurs du web affichent et communiquent sur leur « 0 euro » de frais dentrée. Comment peuvent-ils s'en passer ? Sur internet, « le processus de souscription est bien plus automatisé » et ne nécessite pas l'intervention d'un conseiller, explique Rodolphe Plouvier, directeur des opérations dassurance de Generali Patrimoine.
Si les frais dentrée constituent le gagne-pain du distributeur, les frais de gestion reviennent en principe à l'assureur qui propose les fonds, euros ou UC. Mais en réalité, ce n'est pas si simple. « Dire que la totalité des frais de gestion du contrat vont à lassureur, ce nest pas exact », coupe Rodolphe Plouvier. « Les apporteurs (ou distributeurs, ndlr) ont souvent des équipes qui suivent le client après la souscription. Cela implique une rémunération qui peut représenter une partie significative des frais de gestion. On monte parfois au-delà de 30% de la rémunération du contrat, parfois 40% », avance-t-il, en soulignant que « les frais correspondent toujours au service offert. »
Des frais différents selon les distributeurs
Des conséquences pour le client ? Parfois. La filiale web de Generali, E-Cie Vie, propose des contrats 100% en ligne distribués en partenariat avec Boursorama Banque, Linxea ou ING Direct, notamment : si les frais de gestion du fonds en euros « Eurossima » sont identiques, ceux des unités de compte varient de 0,6% pour Linxea Vie à 0,85% pour Boursorama Vie et ING Direct Vie. Et pourtant, vérification faite, le souscripteur peut choisir certains OPCVM que l'on retrouve à la fois chez Linxea ou Boursorama. Une offre quasi similaire à moins chère ? Sans répondre directement à la question concernant lexemple cité, Rodolphe Plouvier justifie déventuels écarts de tarifs entre des opérateurs internet : « Les structures des acteurs peuvent être de tailles très différentes Lun peut être orienté sur lefficacité et des offres relativement simples. Lautre peut avoir une plateforme téléphonique pour aider le client dans ses choix, des simulateurs plus travaillés Cela engendre des frais différents. »
Si Rodolphe Plouvier reconnaît lexistence de négociations entre assureur et distributeur pour déterminer frais et proportion revenant à lun ou lautre des acteurs, il estime que cela reste « assez rare » : « Pour deux acteurs internet, nous appliquons en général les mêmes frais assureurs, si les modes de fonctionnement sont similaires et engendrent les mêmes coûts. »
Quid des frais darbitrage ? Ils sont parfois gratuits sur internet, si le souscripteur intervient lui-même pour changer la répartition de son épargne entre les différents fonds disponibles. Des frais, forfaitaires ou jusquà 1% du montant concerné, sont prélevés si larbitrage est réalisé via un conseiller. A qui profitent-ils ? Impossible de connaître la répartition exacte. Rodolphe Plouvier avance quils couvrent « soit le passage des actes », cest-à-dire la saisie de données chez lassureur, soit « le conseil » chez le distributeur. Exemple, chez Generali : si un arbitrage est réalisé suite au conseil dun banquier, « un niveau de frais, très limité », est gardé par lassureur, « la majeure partie des frais allant au conseil ».
Rétrocessions sur les fonds en UC
Leur existence na rien de secrète mais certains frais échappent cependant bien souvent à lattention des clients. C'est le cas pour les fonds en unités de compte : outre les frais de gestion relatifs au fonctionnement du contrat d'assurance-vie, les OPCVM intégrent des frais de gestion internes, peu visibles car intégrés dans la valorisation affichée par chaque fonds. Là encore, rien de confidentiel, le document dinformation clé pour linvestisseur (DICI) où figurent ces frais est théoriquement disponible pour tout OPCVM. Ce qui est plus opaque, cest la part que lassureur et le distributeur reçoivent sous forme de rétrocession.
« Chez nous, un travail de sélection est réalisé et, chez lapporteur, le conseil est plus important », justifie Rodolphe Plouvier, de Generali. Or, explique-t-il, les taux de frais du contrat ne changent pas, ces rétrocessions couvrant donc « les coûts supplémentaires ». A qui est versé ce défraiement ? Là encore, impossible de connaître les proportions exactes. Dans le cas dun fonds à risque, « complexe à suivre », « le montant de la rétrocession est soit gardé par lassureur soit reversé partiellement au distributeur pour rémunérer le travail et/ou le risque supplémentaire ».
Taux de participation aux bénéfices : juste 85% pour le client ?
Dernière cible des spécialistes de lassurance-vie : la politique des assureurs en matière de taux de participation aux bénéfices. Le Code des assurances leur permet de ne donner aux clients que 85% de la performance des investissements, net de frais de gestion. Un mode de rémunération caché pour l'assureur comme certains le prétendent ? Non tient à clarifier Rodolphe Plouvier : « Lorsque le taux de participation au bénéfice nest pas à 100%, une partie peut être placée en réserve pendant un maximum de 8 ans. Bien entendu, si dans les 8 années suivantes, le fonds na pas les performances attendues, nous puisons dans cette réserve pour compléter la performance de lannée en question. En tout état de cause, si ces réserves nont pas été utilisées, elles sont reversées au client au bout des 8 ans. »
Le directeur des opérations dassurance de Generali Patrimoine affirme que le distributeur et lassureur se rémunèrent « principalement sur la base des frais de gestion », une base complétée selon lui par déventuels frais dentrée et darbitrage.

















