PEA ou assurance-vie ? En se référant uniquement aux statistiques, le match semble déjà joué : 1.398 milliards deuros dencours pour lassurance-vie contre 80 milliards pour le Plan dépargne en actions (PEA) en 2012, dernière année pour laquelle les statistiques des deux placements sont publiques. Une comparaison à nuancer toutefois, la majeure partie de lencours de lassurance-vie étant placée sur des fonds en euros, à capital garanti.
Or PEA et assurance-vie ont comme principal point commun de permettre de miser sur des valeurs mobilières risquées mais potentiellement plus rentables. Via le PEA, un épargnant peut investir sur des actions en direct ou des OPCVM, avec cependant une limite : le fait dêtre restreint au marché européen (1). A lexception de quelques acteurs donnant accès aux actions, lassurance-vie en unités de compte est pour sa part limitée aux OPCVM mais sans restriction géographique.
Le principal intérêt de ces deux placements étant leur fiscalité réduite, le match se joue avant tout sur ce terrain. Nuance toutefois : la confrontation ne concerne que limpôt sur le revenu (IR), toutes les plus-values étant soumises aux prélèvements sociaux (2) lors des retraits.
Avant la maturité fiscale : match inégal
Lassurance-vie et du PEA ont un point commun : ils natteignent leur maturité fiscale, cest-à-dire une exonération totale ou partielle de lIR, quau bout de 5 ans pour le PEA, 8 ans pour lassurance-vie. Avant ce cap, limposition dépend de la durée de détention et, pour lassurance-vie, du niveau dimposition du détenteur de contrat.
Coté PEA, la règle est la même pour tous : un taux majoré à 22,5% pour une sortie lors des deux premières années de détention, 19% de 2 à 5 ans. En clair, même lors de cette période, le PEA est intéressant pour les contribuables les plus aisés, ceux dont le taux marginal dimposition (TMI) est de 30% ou plus (3).
En face, pour lassurance-vie, les épargnants peuvent soit choisir l'intégration au barème de limpôt sur le revenu, soit opter pour un prélèvement forfaitaire libératoire (PFL) de 35% lors des quatre premières années et de 15% de 4 à 8 ans de détention. En bref, en cas de retrait anticipé avant la maturité fiscale, lassurance-vie ne présente réellement d'intérêt, par rapport au PEA, que pour les ménages les plus modestes, ceux dont le TMI est de 14% ou moins (3).
Retrait à maturité fiscale : avantage PEA ?
Mais tout lintérêt de cette comparaison réside dans la période de maturité fiscale. Au premier abord, le PEA lemporte encore puisquil est totalement exonéré dimpôt sur le revenu. En face, la plus-value réalisée par le biais de lassurance-vie reste soumise à lIR, soit en appliquant le barème de limpôt sur le revenu, soit en optant pour le PFL de 7,5%, avantageux pour une large part de contribuables. Dans les deux cas, limpôt nest calculé quaprès abattement de 4.600 euros, 9.200 euros pour un couple soumis à limposition commune. Cet abattement rend ainsi limposition nulle pour la plupart des « petits » contrats.
Pour les « gros » contrats ? Exemple avec un versement initial de 100.000 euros, dans le cas dune personne seule. Le contrat atteint une valeur de 150.000 euros, soit une plus-value de 50.000 euros. En cas de clôture de lassurance-vie, limpôt sur le revenu pesant sur la plus-value réalisée représente 3.405 euros, après application du PFL à 7,5% et de labattement.
Assurance-vie : des retraits partiels échelonnés
Mais les détenteurs de « gros » contrats peuvent récupérer les fonds en franchise dimpôt en effectuant des retraits partiels échelonnés sur plusieurs années. Objectif : ne pas réaliser une plus-value représentant plus de 4.600 euros (9.200 euros pour un couple), chaque année, afin de profiter de labattement. Car la plus-value prise en compte pour chaque rachat partiel est calculée au prorata de celle réalisée sur lensemble du contrat.
Lire : Assurance-vie, fiscalité sur les rachats
Ainsi, dans le cas du contrat ayant atteint une valeur de 150.000 euros, pour limiter la plus-value prise en compte à 4.600 euros, il est possible deffectuer un rachat de 13.800 euros. Le détenteur du contrat peut utiliser cette même technique plusieurs années de suite pour retirer lensemble de son épargne et de ses gains sans payer lIR.
Dernier exemple, toujours sur la base du contrat à 150.000 euros mais avec un rachat de 21.000 euros. Cette fois, la plus-value prise en compte est de 7.000 euros. Après abattement, lIR est calculé sur la base de 2.400 euros. Résultat ? 180 euros dimpôt sur le revenu avec un prélèvement forfaitaire libératoire à 7,5%.
Egalité ? Des éléments pour arbitrer
Conclusion : le cap des 8 ans passé, le PEA a lavantage de la simplicité mais lassurance-vie est loin d'être battue à plate couture. Comment arbitrer ? Dautres critères entrent en ligne de compte. Premier dentre eux, le plafond : lassurance-vie nen possède pas alors que, sur le PEA, le montant total des versements est plafonné à 150.000 euros depuis le début 2014. Deuxième critère, la souplesse : lassurance-vie permet des versements et des rachats partiels pendant toute la durée de détention ; le PEA noffre la possibilité deffectuer des retraits partiels quaprès son huitième anniversaire mais interdit alors tout nouveau versement (4).
Troisième critère, la succession : le PEA noffre aucun avantage particulier ; lassurance-vie ouvre droit à une imposition forfaitaire et à un abattement plus avantageux que pour le régime général au niveau des droits de succession (5). Si lobjectif est aussi de transmettre un capital, lassurance-vie lemporte haut la main face au PEA. Dernier élément, le PEA comme lassurance-vie permettent de « prendre date » dun point de vue fiscal : un contribuable peut ouvrir un plan ou un contrat avec une somme minimale dans lunique but de profiter, 5 ou 8 ans plus tard de lexonération partielle ou totale dIR.
Résultat du match ? Le PEA correspond à une utilisation ciblée, plutôt destiné à un public aisé et dans lunique but de parier sur la bourse. Lassurance-vie, fidèle à sa réputation de « couteau suisse » de lépargne, permet de viser plusieurs objectifs. Avec un bémol dimportance : si lon peut changer de banque en transférant son PEA, sans perdre lantériorité fiscale, il est actuellement impossible de transférer son contrat dassurance-vie dun assureur à un autre !
Lire aussi : PEA-PME : comment choisir parmi les futurs placements éligibles ?
Mise à jour (13 février 2014) - Correction de la durée de PFL à 35% pour l'assurance-vie suite à la remarque avisée d'un lecteur.
(1) Les OPCVM (organismes de placement collectif en valeurs mobilières) doivent détenir 75% dactions européennes, linvestissement des 25% restants étant libre.
(2) Pour le PEA, sapplique le taux historique de prélèvements sociaux. Pour lassurance-vie en unités de compte, le taux appliqué est celui en vigueur au moment du retrait. Lire à ce propos : Prélèvements sociaux : retour sur la polémique qui a fait plier le gouvernement.
(3) A partir de 26.631 euros de revenus, pour une part, en 2013, le taux marginal dimposition (TMI) est de 30% ou plus. Lire : Budget 2014 : le nouveau barème de l'impôt sur le revenu dévoilé
(4) Avant 5 ans de détention, pour un PEA, un retrait provoque la perte des avantages fiscaux. Avant 8 ans, cela provoque la clôture du plan, sauf en cas de daffectation des sommes retirées à la reprise ou à la création dune entreprise, à condition de respecter un délai de 3 mois.
(5) Plus dinformations à ce sujet : Fiscalité de lassurance-vie en cas de décès

















