En place jusqu'en 1983 dans l'Hexagone, l'indexation des salaires sur la hausse des prix revient dans le débat public ces dernières semaines. Si certaines voix se font entendre en faveur de cette idée, d'autres pensent que ce mécanisme serait contre productif.

Les prix augmentent et forcément, pour les ménages, ça coince. Depuis le début du conflit en Ukraine, l'essence, les céréales ou encore les matières premières voient leur valeur flamber.

Face à ce phénomène, des voix s'élèvent pour demander une indexation des salaires sur les prix. En cette période de campagne présidentielle, plusieurs candidats annoncent être favorables à l'échelle mobile des salaires. En clair, si les prix montent, les salaires aussi. C'est le cas pour Philippe Poutou, qui souhaite indexer les salaires sur la hausse des prix et contenir cette dernière par la suppression de la TVA. Nicolas Dupont-Aignan milite pour la même chose, tout comme Nathalie Arthaud qui explique dans son programme qu'il faut « que les salaires, les pensions et les allocations augmentent au rythme des hausses que l'on mesure en faisant le plein d'essence et en remplissant son caddie. »

Un système en place en Belgique et au Luxembourg

La manœuvre ne sort pas de nulle part, puisque cette indexation automatique est appliquée par la Belgique et le Luxembourg. En Belgique, l'indice santé pourrait ainsi grimper de 6,9% sur l'ensemble de l'année 2022 selon la RTBF. Cet indice, basé sur l'indice des prix à la consommation auquel sont soustraits l'alcool, le tabac et les carburants, sert à indexer les salaires, les allocations (dans sa version lissée) et les loyers. Au Luxembourg, l'indexation est partielle. Depuis le 1er avril 2022, les salaires ont donc augmenté de 2,5% face à un taux d'inflation annuel de 6,1% pour le mois de mars.

En France, ce rattrapage a d'ailleurs aussi été la règle pendant des décennies, avant d'être abandonné, en 1983. Peut-on alors imaginer le retour d'un tel système dans l'Hexagone ? Difficile, pour l'économiste Charles Dennery : « L'indexation amenait un problème majeur : si en temps de crise, les salaires sont indexés sur la hausse des prix, ça signifie que cela va presque augmenter d'autant les coûts de production des entreprises, qui devront à nouveau augmenter les prix. Il y a alors une boucle prix-salaires qui fait qu'on ne peut pas juguler l'inflation avec ce mécanisme. »

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L'économiste rappelle qu'actuellement, l'État prend déjà des mesures pour lutter contre l'inflation, à l'image des primes inflation, du gel des prix de l'énergie ou la baisse des prix des carburants. Des mesures qu'il sera cependant difficile de tenir éternellement : « La question est de savoir si le choc est temporaire ou durable. S'il est temporaire, l'État peut le prendre en charge via différentes primes. Si c'est plus durable, c'est plus compliqué. Il faudra réussir à expliquer aux gens qu'il faut se serrer la ceinture. »

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Concernant la hausse des salaires, Charles Dennery pense que si une indexation partielle est envisageable, « tout le monde ne verra pas son salaire augmenter au niveau de l'inflation. » Pour lui, les entreprises pourraient par exemple accepter dans certains cas une hausse de 1% dans un contexte d'inflation à 5%, mais sans doute pas plus.

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Mais d'autres estiment que l'État peut aller encore plus loin, et que l'indexation des salaires sur les prix n'est pas impossible. C'est le cas de l'économiste et ancien député européen Liêm Hoang-Ngoc. Pour lui, « l'indexation des salaires sur les prix est le minimum requis pour enrayer l'érosion du pouvoir d'achat des ménages », comme il l'explique dans une tribune publiée sur le site Marianne.

Comment alors la mettre en place sans dérégler l'économie ? Selon Liêm Hoang-Ngoc, l'État doit obliger les entreprises, mais également montrer l'exemple : « Pour rétablir (au moins) l'indexation des salaires sur les prix, l'État peut étendre à l'ensemble des branches les accords de branche conclus favorablement dans la direction voulue. Il peut donner l'exemple dans ses administrations et dans les entreprises qu'il contrôle encore », explique-t-il dans Marianne. D'après l'économiste, si aucune mesure n'est prise, « la défiance grandissante de la population à l'endroit des institutions et l'antiparlementarisme galopant pourraient avoir rapidement raison de la démocratie politique et sociale. »