C'est, en théorie, l'ennemi de votre argent : la hausse des prix. Et elle fait son grand retour. Quel impact va-t-elle avoir sur votre épargne ? Devez-vous réorganiser vos finances pour y faire face ?

165 milliards d’euros. C’est le pactole qu’aura accumulé une partie des Français d'ici la fin 2021, et ce depuis le début de la crise sanitaire. Limités dans leur possibilité de consommer, inquiets pour les jours à venir, les ménages ont gardé au chaud environ 110 milliards d’euros de plus que d’habitude, rien qu’en 2020, selon les chiffres de la Banque de France.

Plusieurs nuages planent au-dessus de ce grisbi. A l’heure où le gouvernement phosphore pour relancer la machine économique, les esprits s’échauffent pour utiliser ce magot avec notamment, des propositions de hausse d’impôts, même si pour l’instant l’exécutif s’y refuse.

Ce n'est pas tout. Au loin, une autre inquiétude ressurgit : l’inflation. Va-t-elle faire son grand retour après un long sommeil ? En tout cas, elle est surveillée comme le lait sur le feu. Dans la zone euro, par exemple, elle a progressé de 0,9% sur un an en janvier, contre -0,3% en décembre. Après avoir fortement baissé en 2020, les experts s’accordent sur le fait qu’elle devrait poursuivre sa remontée sur fond de relance de l'activité grâce aux campagnes de vaccination contre le Covid-19.

Perte de pouvoir d'achat en perspective

« L’inflation est l’ennemi de l’épargnant. Quand son taux monte, le rendement réel de tout placement va proportionnellement souffrir. Si vous gagnez 2% par an, mais que l’inflation est de 3%, vous perdez techniquement un point de pouvoir d’achat. Rendement réel = taux brut – taux d’inflation », rappelle, dans un récent post de blog, Marc Tempelman, cofondateur de l'application d'épargne Cashbee.

Rendement réel = taux brut – taux d’inflation

« L’inflation c’est un peu comme le cholestérol, il y a la bonne et la mauvaise. La bonne est celle qui est supportable, car directement liée à la bonne santé d’une économie. A l’inverse, il existe aussi une mauvaise qui n’est pas due à une demande dynamique mais qui est principalement suscitée par des facteurs exogènes et notamment la hausse des cours des matières premières. Dès lors, si les prix augmentent alors que l’emploi et les salaires ne suivent pas, les ménages subissent une forte baisse de leur pouvoir d’achat, ce qui casse la consommation, puis l’investissement des entreprises, suscitant in fine une spirale pernicieuse de stagflation, comme celle que le monde a connu lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979-80 ou encore plus dernièrement en 2008 », complète l’économiste Marc Touati, dans une récente tribune publiée chez Capital.

Or selon lui, c’est cette mauvaise inflation qui est à l'œuvre en France, liée à l’augmentation des cours des matières premières. Ainsi, par exemple, le baril de pétrole a dépassé lundi les 70 dollars contre moins de 20 dollars il y a encore un an. Résultat, les prix à la pompe s’envolent pour les automobilistes : « Le cours du blé a également augmenté de 37% sur un an et atteint désormais un plus haut depuis 2014. Ces flambées indiquent donc que l’augmentation de l’inflation ne fait que commencer », pense Marc Touati. Il s'inquiète ainsi des conséquences directes sur le pouvoir d’achat des ménages à l'image aussi de l'augmentation des taux d’intérêt sur le marché du crédit immobilier ces dernières semaines.

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Des parades contre la hausse des prix

Dans ce contexte, Marc Touati anticipe une inflation durablement au-dessus de 2,5%, même si pour l’instant « il n’y a pas de quoi paniquer ». Comment se prémunir contre ce risque ? « Tout investissement dont la rémunération est indexée à l’inflation offre une bonne protection contre sa hausse. On peut penser à l’immobilier (via les loyers), ou encore aux obligations d’État dont la rémunération est variable et indexée sur l’inflation. L’or également car son prix a tendance à augmenter avec l’inflation. Enfin citons les matières premières qui sont accessibles indirectement via des fonds dédiés », explique Marc Tempelman.

Mais en dépit des quelques signes inflationnistes qui ont réapparu récemment, il est trop tôt pour tirer des conclusions dans un sens ou dans un autre. Pas question de paniquer et de vendre ses actions par exemple, surtout qu’« un peu d’inflation est favorable à la croissance économique, et donc favorable à la plupart des solutions d’épargne longue » souligne Marc Tempelman. Son de cloche similaire du côté de la Banque de France. Malgré les plans de relance massifs des Etats et de la Commission européenne pour stimuler l’économie, ces injections massives de liquidité n'entraînent pas de risque « de surchauffe ou de reprise durable de l'inflation ». Elle devrait être ainsi en moyenne autour de 1% en 2021 contre 0,5% en 2020 d'après la Banque centrale.

Mauvaise nouvelle pour le Livret A

Pas d’inflation galopante donc. En revanche, à court terme, cette hausse des prix, même modérée, reste une mauvaise nouvelle pour l’épargne de précaution. « La situation économique et sociale demeurant incertaine, les Français donnent la préférence à la sécurité et à la liquidité. Le Livret A joue ainsi son rôle traditionnel de valeur refuge. Il est le grand gagnant, pour l’épargne, avec les dépôts à vue, de la crise sanitaire. En un an, son encours a augmenté de près de 32 milliards d’euros. En février, il a atteint un nouveau sommet historique à 335,7 milliards d’euros », explique Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne.

« Le Livret A rapporte plus rien »

Les comptes courants n’étant pas rémunérés, sauf à de rares exceptions, la valeur des sommes déposées dessus va diminuer davantage, et ce avec une hausse des prix deux fois plus importante que l’an passé. De son côté, le Livret A, avec sa rémunération à 0,5%, ne protégera plus de l’inflation. Même les fonds euros de l’assurance vie risquent de rapporter moins que la hausse des prix. Pour les intérêts de l'année 2020, les fonds en euros ont rapporté 1,3% (avant prélèvements sociaux) selon la Fédération française de l'assurance. En 2021, les contrats devraient rapporter moins de 1% en moyenne, selon les estimations de Cyrille Chartier-Kastler, le fondateur du cabinet Good Value For Money. Après cotisations sociales, le taux « net » d'un fonds euros lambda affichant du 1% serait donc de 0,83%...

De quoi pousser certains épargnants, comme c'est le cas depuis le début de l'année, à mettre davantage d'unités de compte dans leur assurance vie. Avantage : une rémunération plus alléchante. Inconvénient : un support plus risqué dont le capital n'est pas garanti.

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Si vous êtes éligible, pensez au livret d’épargne populaire dont les conditions d'accès viennent d'être facilitées. Son rendement est de 1% net d’impôts. Seule limite : un plafond à 7 700 euros contre 22 950 euros pour le Livret A. Mais comme pour ce dernier, vos économies sont garanties et disponibles à tout moment.

Chiffres clés à retenir sur l'épargne et l'inflation en 2021

  • Livret A : 0,5%, net de tout impôt.
  • Fonds euros de l'assurance vie : 0,83% après cotisations sociales si la moyenne stagne comme annoncé autour de 1% net de frais de gestion.
  • Inflation estimée pour 2021 : « autour de 1% en moyenne » selon la Banque de France.