Les esprits s’échauffent pour toucher au grisbi accumulé par une partie des Français depuis un an. Hausse des impôts, jeu sur la TVA, nouveau « Livret A »… Les idées ne manquent pas. Voici ce qui vous attend (peut-être) dans les prochains mois.

C’est un véritable trésor de guerre. Avec la crise sanitaire et les restrictions mises en place, les ménages ont accumulé une épargne supplémentaire de 111 milliards d’euros en 2020 selon les derniers chiffres de l’Insee. D’ici la fin de l’année, ce serait même près de 200 milliards d’euros qui pourraient avoir été mis de côté, en seulement deux ans. Un juteux pactole qui attise la convoitise à l’heure où le gouvernement réfléchit aux meilleures solutions pour relancer la machine économique. Et les idées pour pousser les ménages à déconfiner leur épargne ne manquent pas. Florilège de ce nouveau concours Lépine.

Un impôt très spécial

Certains plaident pour une « contribution exceptionnelle des plus aisés et des activités gagnantes de la crise » comme l'explique, aux Echos, le sénateur socialiste Rémi Féraud. D’un côté, les filets de sécurité mis en place par le gouvernement - notamment via le chômage partiel - ont préservé le pouvoir d’achat des particuliers, qui finalement est resté stable malgré un recul de l’activité de plus de 8% l’an dernier. De l'autre, la situation est plus contrastée puisque 70% de la sur-épargne accumulée, selon une étude récente, se retrouve dans les poches des 20% des ménages les plus aisés. A l’inverse, les 20% les plus pauvres ont dû puiser dans leur bas de laine, voire s’endetter, pour tenir le coup.

L’idée du parlementaire de gauche n’est pas neuve. Au printemps dernier, son parti avait proposé à l’Assemblée un amendement, rejeté dans la foulée par la majorité, pour taxer à 0,5% les encours supérieurs à 30 000 euros sur les contrats d’assurance vie. Les 9 milliards d’euros récoltés auraient ainsi servi à « financer les mesures de soutien à destination des entreprises et surtout des ménages en difficulté ».

Mais cette fois-ci, la préconisation de Rémi Féraud est même partagé par Philippe Aghion. Cet économiste, qui a travaillé sur le programme économique d'Emmanuel Macron lors de la présidentielle de 2017, n’est pas contre « une contribution exceptionnelle sur les revenus élevés d'une année ».

Dans la foulée, l’ancien patron Louis Gallois a tenu un discours similaire. L’ancien patron d’EADS et de la SNCF a réclamé sur Europe 1, « un accroissement des taux de l'impôt payé sur les tranches les plus élevées de l'impôt sur le revenu ». Le retour d'une forme d’impôt de solidarité sur la fortune qui ne dit pas son nom - « pendant 2 ans par exemple » - et destiné à soutenir directement « les jeunes qui ont vraiment souffert de la crise ». Pour l’instant, les plus hauts revenus peuvent respirer, l’exécutif vient de refuser la prescription du docteur Gallois et de ses confrères. « J'écarte une nouvelle fois clairement et définitivement toute taxation de l'épargne des Français », a affirmé lundi 1er mars le ministre de l’Economie.

Interrogé par MoneyVox, Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, considère que ce débat, légitime, sur la taxation des plus riches n’arrive pas au bon moment. « Il doit avoir lieu lors de la campagne présidentielle pour 2022. Taxer aujourd’hui, c’est risqué. On peut avoir un effet inverse à celui recherché, à savoir un phénomène d’épargne encore plus important par crainte des hausses d’impôts à venir. Pour l’instant, nous n’avons aucun mal à nous endetter à un coût très faible. La priorité, c’est de relancer l’économie. La question de la dette et de qui doit faire plus d'effort pour la payer doit venir après. » Une ligne défendue aussi par Bruno Le Maire qui travaille actuellement à des incitations pour permettre « aux Français de dépenser leur épargne dans l'économie et donc de participer à la relance économique », sans donner de détails à ce stade.

Verdict : le débat attendra 2022.

Un nouvel avantage fiscal

Mais selon Les Echos, Bercy envisagerait de permettre des « prêts ou dons entre générations » dans un cadre fiscal avantageux. Aujourd’hui, le système de donation accorde la possibilité de transmettre jusqu’à 131 865 euros par enfant sans payer d’impôts et ce tous les 15 ans. Pour les grands-parents, la somme peut aller jusqu’à 63 730 euros par petit-enfant.

« Du fait du vieillissement de la population, le patrimoine se concentre sur les plus de 55 ans. Ces derniers possèdent plus de la moitié du patrimoine des ménages. Pour faciliter sa transmission du patrimoine et éviter sa concentration, l’amélioration du régime de donation est une piste souvent avancée. Une augmentation de l’abattement à 150 000 euros et un raccourcissement des délais sont des propositions envisageables tout comme l’amélioration du régime en vigueur pour les petits enfants », estime l’économiste Philippe Crevel, dans sa dernière chronique chez nos confrères de Boursier.

« Avis à ceux qui veulent surtaxer les hauts revenus. La France dépense déjà trop et taxe déjà trop. Le chemin est ailleurs, dans des mesures qui créent la croissance au lieu de nous la voler. Les mesures qu’il faut appliquer pour créer des emplois, on les connaît : baisser les impôts sur les revenus du capital et sur la production des entreprises, arrêter de taxer la transmission des entreprises, taxer beaucoup moins les donations entre générations… », abonde Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation Ifrap, un think tank libéral.

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Cette idée de faire circuler l’épargne actuellement amassée chez certains ménages âgés et aisés fait débat sur son efficacité. Car le fait de bénéficier d’un gros héritage susceptible d’atteindre les plafonds en vigueur « est déjà souvent réservé aux catégories favorisées », selon une récente étude de l’Observatoire des inégalités (1). « La mesure risque d’être vu comme un cadeau fiscal aux plus riches qui va permettre de financer des gros projets comme l’achat d’un bien immobilier, par exemple, au risque d’entretenir la pression sur les prix de la pierre. Il y a de bonnes chances que cet argent n’aille pas là où il faut, à savoir relancer la consommation », souligne Mathieu Plane. D’ailleurs le gouvernement avance à pas de loup sur le sujet pour éviter toute polémique à l’approche de 2022. Bruno Le maire a refusé de confirmer cette piste.

Verdict : réflexion en cours.

Un petit frère pour le Livret A

Une autre idée est portée par le président de la commission des Finances de l'Assemblée. Eric Woerth (LR) suggère de créer un « livret C » comme coronavirus, « petit frère du Livret A » qui serait aussi rémunéré à 0,5%, pour orienter l'épargne vers un plan d'investissement. « Il doit être mobilisé au maximum pour faire repartir le plus rapidement possible la consommation. Mais tout ne pourra pas être consommé », estime l'élu de l'Oise. Il s'agirait là d'une « étatisation du mode de financement de l'économie, qu'on a mis 40 ans à relibéraliser, et qui nous ferait revenir en arrière par un système d'investissement public », réagit Philippe Crevel, interrogé par Le Figaro. « Cela signifie qu'on transformerait de l'argent à court terme en long terme pour faire porter le risque par l'Etat. »

La proposition d’Eric Woerth n’est pas inintéressante a priori, estime pourtant Mathieu Plane, mais il doute de sa faisabilité technique. « C’est le grand paradoxe de cette crise : les entreprises ont perdu 70 milliards d’euros et les ménages ont pour l’instant accumulé plus de 100 milliards d’euros. Il est tentant de vouloir rediriger la manne d’épargne vers les entreprises. Le problème, c’est de rendre opérationnelle cette tuyauterie afin de diriger les fonds vers celles qui en ont vraiment besoin ».

Verdict : mesure improbable.

Un livret plus rémunérateur que le Livret A

La sénatrice Vanina Paoli-Gagin vient de déposer à la chambre haute une proposition de loi visant à orienter l'épargne des Français vers des fonds souverains régionaux. « La crise sanitaire a mis fin à la croyance naïve en une France sans usines taillée pour la mondialisation. Lorsque le monde entier s’est mis à l’arrêt pour lutter contre la pandémie, notre pays a soudainement pris conscience de sa très forte dépendance vis-à-vis de l’étranger. Pour certains, c’était une révélation, pour d’autres une piqûre de rappel : la souveraineté d’une nation dépend aussi de son appareil productif », explique la sénatrice de l’Aube dans une tribune à L'Opinion. Pour la membre de la commission des finances du Sénat, sa proposition vise à convertir une part de la sur-épargne des particuliers en investissements structurants, productifs et orientés vers la transition des territoires.

Elle propose de créer un nouveau livret défiscalisé : le livret de développement des territoires. Jusqu'à la cinquième année de détention révolue, son taux de rémunération serait le même que celui du livret A, soit 0,5% net de fiscalité. Puis, à compter de la sixième année, une majoration de 25% s'appliquerait. A compter de la dixième année de détention, cette majoration passerait à 50%. Les banques seraient libres de proposer un taux plus élevé que celui du Livret A. Des fonds souverains régionaux seraient également créés, et se verraient attribuer au moins 90% des ressources collectées sur ces livrets.

Verdict : mesure improbable.

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Une baisse ciblée de la TVA

Mathieu Plane a une autre idée en tête. D’abord il rappelle que le principal carburant pour booster la consommation - qui représente 50% de la croissance du pays - c’est la confiance. « Le levier le plus efficace pour que cette épargne se réinjecte, c’est la campagne de vaccination. Une fois que la situation sanitaire va se normaliser et permettre progressivement la réouvertures des cafés, des restaurants, des hôtels, des lieux culturels, ce sera le moment de donner un coup de pouce supplémentaire avec une baisse temporaire de la TVA pour ces secteurs les plus touchés, estime Mathieu Plane. Il faut bien la cibler car si on s’y prend mal, on risque de favoriser les importations, et ce au détriment de la consommation de services locaux. Cela n’a pas le même impact si vous allez acheter un ordinateur ou si vous allez au restaurant. Et en plus, une baisse généralisée de la TVA, principale ressource pour l'Etat, serait un gouffre financier ».

Cette baisse de la TVA pourrait donc créer un appel d’air avec une baisse des prix à la clef qui inciteraient les clients à dépenser plus. Et notamment les ménages les plus aisés - gros consommateurs d’activités de loisirs, culturelles et de restauration - susceptibles de lâcher une partie du surplus qu’ils n’ont pas pu utiliser depuis un an. Même si cette baisse de la TVA n’avait que peu d’impact sur les prix, comme cela avait été le cas en 2009 lors du passage à 5,5% dans la restauration, cela permettrait à ces secteurs durement touchés par la crise de restaurer leur marge, défend Mathieu Plane. D'après ses calculs, une baisse ciblée de 4 points de TVA, pendant 6 mois, aurait un coût budgétaire de 2,( milliards d'euros. Une chose est sûre, en attendant que l’exécutif ne tranche, le magot des ménages va continuer à agiter les esprits.

Verdict : une piste au stade de la proposition...

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(1) « Les catégories sociales favorisées ont plus de chances de toucher un gros héritage », Observatoire des inégalités, juillet 2020.