Comme chaque année au mois de décembre, les banques et autres sociétés patrimoniales vantent leurs solutions de défiscalisation. Mission : investir fin 2019 pour réduire l’impôt sur le revenu à régler en 2020. Mais attention à la précipitation !

1 – FIP-FCPI, attention aux frais élevés

Lorsqu’il s’agit de réduire l’impôt sur le revenu, les fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI) et fonds d’investissement de proximité (FIP) font partie des premiers choix, notamment dans les banques. Parce que le ticket d’entrée est abordable (1 000 ou 2 000 euros par exemple), et parce qu’ils permettent d’espérer une réduction d’impôt pouvant atteindre 18% des sommes investies, voire 38% dans le cas des FIP Corse et Outre-mer.

Les points faibles ? Ils sont nombreux. Tout d'abord, un coût potentiellement significatif avec frais d'entrée et autres frais récurrents : de gestion, de constitution, ou frais indirects. Depuis 2017, les frais annuels sont limités à 3% à partir de 4 ans de détention et l'ensemble des frais et commissions ne peuvent plus dépasser 30% du versement initial. « Il existe de très bons gérants de FIP et FCPI mais, comme il ne s’agit pas de grosses enveloppes et à cause des contraintes règlementaires, les frais sont élevés », reconnaît Yves Gambart de Lignières, conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CGPI). Attention à bien comparer les fonds disponibles. Les autres bémols sont inhérents au fonctionnement des FIP et FCPI : l’argent investi est indisponible pendant près d’une dizaine d’années, les délais de remboursement sont parfois allongés, le rendement financier reste hypothétique, et l'investisseur risque évidemment de perdre une partie de sa mise.

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2 – Sofica, un improbable retour sur investissement

« C’est bien pour être invité à des avant-premières », ironise le gérant du cabinet De Lignières Patrimoine à propos de ces sociétés investissant dans l’industrie audiovisuelle et cinématographique. Si l’avantage fiscal est élevé (30% à 48% des sommes versées selon les Sofica), le remboursement du capital investi n’a rien de garanti : « C’est monté de telle sorte que l’on récupère globalement ce que l’on a investi, car le gain fiscal est le plus souvent absorbé, en grande partie, par les pertes en capital. » Par ailleurs, comme pour les FIP et FCPI, l’argent n’est disponible qu’au terme d’un délai de 5 ans minimum. A souscrire en connaissance de cause.

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3 – Le transfert vers un PER ? Pas d’urgence !

La médiatisation du tout nouveau Plan d’épargne retraite (PER) éclipse logiquement les « vieux » Perp et Madelin. D’autant que la liste des établissements proposant un PER s’allonge chaque semaine. Pour les contribuables habitués à déduire des versements volontaires en épargne retraite de leur revenu imposable, le lancement du PER constitue même une aubaine : si vous avez réduit vos versements en 2018, dans le contexte de l’année blanche, le PER vous permet de contourner le dispositif anti-optimisation réduisant l’avantage fiscal en 2019, car ce dernier ne s’applique pas au PER.

Mais attention : l’attrait de la nouveauté ne doit pas conduire à tirer un trait sur les avantages de vos « vieux » Perp ou Madelin. Certes, la sortie est plus souple, avec la possibilité de déblocage anticipé pour acheter sa résidence principale, ou avec la sortie à 100% en capital à la retraite. Mais « il n’y a aucune urgence à demander un transfert », appuie Eric Girault, fondateur du courtier Mes-Placements. « Ce serait par exemple dommage de tirer un trait sur un contrat Madelin faisant référence à des tables de mortalité avantageuses pour la rente viagère. Ou de transférer un vieux contrat profitant d’un minimum garanti. » Avant tout transfert vers un PER, Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Goodvalueformoney.eu, conseille de faire le point sur les avantages de son vieux contrat : table de mortalité, donc, mais aussi les options de prévoyance souscrites, la garantie plancher en cas de décès, etc. Bref : ouvrir un PER, pourquoi pas, mais s’empresser d’y transférer toute son épargne retraite, non ! La porte du transfert sera ouverte pendant encore de nombreuses années…

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4 – Pinel : « l’emplacement, l’emplacement… »

Premier constat : un investissement immobilier locatif, pour profiter de l’avantage fiscal Pinel, ne s’improvise pas. Il ne s’agit donc en rien d’un investissement de dernière minute. D’une part car l’investissement est conséquent, sans garantie de plus-value à la revente du bien, d’autre part car la réduction d’impôt s’étale sur 6, 9 ou 12 ans. Principal point de vigilance, avant d’investir sur un logement « Pinel » : s’assurer que le logement en question dispose bel et bien d’un fort potentiel de location. « L’emplacement, l’emplacement, l’emplacement », pour reprendre la formule consacrée à l’immobilier locatif, de façon plus générale. Sous ses formes précédentes, Robien, Borloo ou Scellier, cette incitation fiscale à l’investissement locatif a ainsi fait l’objet de polémiques, la faute à des projets implantés dans des communes à faible demande locative. Depuis, le zonage a été corrigé, et l’investissement Pinel n’est plus possible depuis 2018 en zone rurale et villes moyennes. Dans ces zones, le dispositif Denormandie a pris la suite, dans un nombre limité de communes éligibles.

Plus d’infos sur le dispositif Pinel

5 – SCPI fiscales : un rendement très aléatoire

Investir en immobilier locatif Pinel reste toutefois envisageable, même en fin d'année, grâce aux sociétés civiles de placement immobilier (SCPI). Certaines, surnommées SCPI fiscales, sont ainsi présentées comme « SCPI Pinel », ou encore « SCPI Malraux » pour faire référence à un autre dispositif fiscal. Elles sont donc montées de façon à faire profiter les souscripteurs de l’avantage fiscal nommé, tout en présentant un ticket d’entrée abordable, puisqu’il se chiffre en milliers d’euros. Le hic ? « C’est parfois compliqué de sortir de ces SCPI », prévient le CGPI Yves Gambart de Lignières, « et la plus-value est souvent très décevante. » A la différence des SCPI dites « de rendement », ces sociétés ne sont en effet pas investies dans les commerces ou les bureaux, ce qui ne permet pas d’espérer les 4% ou 5% de rendement affichés par ces SCPI stars. La plus-value peut même se transformer en moins-value, ce placement n’offrant pas de garantie en capital.

D'autres pistes pour défiscaliser en fin d’année

D'autres solutions pour réduire vos impôts en fin d'année existent. Le conseiller en gestion de fortune Yves Gambart de Lignières oriente plus facilement ses clients vers le Girardin industriel ou social (et, pour l’exonération de la plus-value, vers les FCPR-FPCI), mais il s’agit de placements risqués correspondant à un public plus fortuné ou à forte imposition. L’investissement en direct dans les PME s’est lui démocratisé avec les plateformes de crowdfunding telles qu’Anaxago ou Wiseed mais, là encore, le pari est risqué. Chaque produit de défiscalisation porte logiquement son lot de désavantages, plus ou moins importants, puisque l’Etat favorise ces produits pour inciter les contribuables à investir sur des secteurs boudés en l’absence de carotte.

Si l’objectif est uniquement de réduire l’impôt de l’année suivante, sans volonté de retour sur investissement, il reste une solution sans risque : le don. Donner aux organismes d'aide aux personnes en difficulté ouvre droit à une réduction d’impôt de 75% du versement, dans la limite de 546 euros. Avec les associations d'intérêt général, cette réduction passe à 66%, dans la limite de 20% du revenu imposable. Même un don à un parti politique permet de profiter d'une réduction de 66%, dans la limite de 7 500 euros par personne et 15 000 euros par foyer fiscal.

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