MoneyVox a épluché les tarifs applicables aux professionnels des principales banques nationales et banques en ligne, pour sa première édition des Trophées de la banque Pros en 2023. Le constat est sans appel : la note est salée dans les banques traditionnelles, mais peut aussi vite grimper chez les acteurs en ligne, selon l'usage du compte.

Une chose est certaine : quelle que soit la banque choisie, préparez-vous à mettre la main à la poche. Les tarifs pour les professionnels sont souvent bien plus chers que pour les particuliers, et ceci ne se justifie pas toujours par l'activité professionnelle du client (chiffre d'affaires élevé, dossier complexe avec plusieurs financements, etc.). En comparant les plaquettes des différentes banques nationales, on constate rapidement que ces dernières n'hésitent pas à multiplier les lignes tarifaires pour un même objet, ce qui, très logiquement, fait grimper la facture.

Ainsi, la tenue du compte en elle-même génère des frais de tenue de compte (comme chez les particuliers) et une commission de mouvement. Cette dernière, spécifique à la clientèle professionnelle, correspond à un pourcentage appliqué sur toutes les opérations au débit (hors lignes issues de la banque), que le solde du compte soit débiteur ou pas. Enfin, le suivi du compte intègre aussi une commission d'actualisation du dossier client, dont le montant annuel va de 60 euros à La Banque Postale, à 250 euros maximum à la Société Générale. Difficile de savoir précisément quelles actions sont rémunérées par ces lignes, puisqu'elles concernent toutes le suivi du compte.

On retrouve cette multiplicité des commissions s'agissant du découvert. En plus des frais annuels de gestion (ou renouvellement) du découvert et des intérêts débiteurs, aussi facturés aux particuliers, les professionnels paient en plus une commission sur le plus fort découvert. Selon la banque, peuvent s'ajouter une commission de non-utilisation du découvert, comme à La Banque Postale, ou une commission de confirmation, facturée par exemple au LCL et à HSBC. On trouve aussi des commissions de dépassement et d'immobilisation au CIC. L'objet de ces prestations n'est que rarement donné dans les plaquettes, rendant très difficile la compréhension de la tarification.

Rappelons qu'il s'agit ici de prestations à la carte, lesquelles peuvent être incluses dans une offre groupée de services. Il est toutefois difficile de comparer ces dernières dans les banques traditionnelles, car la plupart ne communiquent pas sur leur contenu et/ou leur prix, lequel varie selon le chiffre d'affaires du client, les flux confiés, les options choisies, etc. Les clients sont d'ailleurs invités à contacter leur chargé d'affaires pour une étude personnalisée, et certainement que ceux qui sauront négocier pourront faire sauter quelques lignes de frais. Cette absence de transparence rend néanmoins impossible toute comparaison.

Au-delà même de cette abondance de lignes tarifaires propres aux professionnels, on retrouve aussi les mêmes prestations que celles proposées aux particuliers : abonnement aux services de banque à distance, mise en place et frais par virement ou prélèvement, commission d'intervention, etc., et la tendance se confirme : les tarifs sont plus élevés.

Compte pro : notre palmarès des banques les moins chères pour les professionnels

Banques traditionnelles : mêmes services, tarifs plus élevés

De prime abord, il serait tentant d'expliquer les tarifs élevés appliqués aux professionnels en mettant en avant les spécificités de cette clientèle : des flux plus importants, une gestion complexe avec des virements groupés, des encaissements, des financements (affacturage, escompte)... Pourtant, alors que ces opérations, propres aux professionnels, font bien l'objet d'une tarification spécifique, les lignes communes avec les particuliers, elles, explosent aussi. L'exemple le plus flagrant est sans doute les frais annuels de tenue de compte : alors qu'un particulier s'en sortira pour une trentaine d'euros par an en moyenne, le tarif peut grimper jusqu'à 856 euros au LCL. La Banque Postale est la moins chère des banques traditionnelles de notre panel, avec 178 euros par an, hors offre groupée de services. Des frais donc au moins multipliés par 6, pour un service sûrement similaire entre un particulier et un entrepreneur avec un faible chiffre d'affaires et peu d'opérations sur son compte.

Un autre exemple est l'abonnement aux services de banque en ligne (via internet et application mobile), qui permet aux clients de consulter et gérer leur compte en toute autonomie. Si ce service est gratuit dans les banques en ligne, les banques traditionnelles le facturent systématiquement à leur clientèle professionnelle (contrairement aux particuliers !). Il faut débourser 22 euros par mois à la Société Générale, 5,90 euros à La Banque Postale, 11,50 euros au CIC, et 13,90 euros chez BNP Paribas (jusqu'à 750 000 euros de chiffre d'affaires). LCL donne gratuitement accès aux « services essentiels », mais il faut payer 4,10 euros par mois pour pouvoir effectuer des virements à des tiers – une opération qui apparaît pourtant essentielle dans l'usage d'un compte bancaire...

Professionnels : les offres en ligne les moins chères pour limiter vos frais bancaires

Les professionnels paient parfois aussi plus cher les frais par virement permanent : 0,21 euro au CIC, 1,50 euro à La Banque Postale, BNP Paribas et Hello bank. Certaines fintechs, comme Qonto, Anytime, manager.one ou Shine, facturent aussi les virements et prélèvements (0,40 euro pièce) passé un certain nombre effectué dans le mois, qui varie selon l'offre choisie. Un virement standard ou un prélèvement effectué par un professionnel ne diffère pourtant pas de celui réalisé par un particulier, mais certains acteurs y voient l'occasion de ponctionner des frais.

Du côté des frais d'incident, le plafonnement des commissions d'intervention dont bénéficient les clients particuliers ne s'applique pas aux personnes agissant pour des besoins professionnels. Dès lors, les banques n'ont pas à limiter leur montant à 8 euros par opération, et à 80 euros par mois au total. La Société Générale facture donc 15 euros la commission d'intervention, sans limite par jour ou mois. LCL prélève 9,60 euros, et BNP Paribas 9,50 euros, avec un plafond de 570 euros par mois. A noter tout de même que La Banque Postale et HSBC se sont alignés sur la tarification des particuliers.

Les tarifs bancaires pour les professionnels, un vrai casse-tête !

Comptes pros en ligne : les prestations coûteuses

Les banques en ligne et fintechs spécialisées dans les comptes professionnels sont beaucoup plus compétitives que leurs homologues traditionnelles. En effet, pour une dizaine d'euros hors taxes par mois pour les offres d'entrée de gamme, leurs clients peuvent disposer d'un compte avec carte à gérer en ligne ou sur application. Le forfait mensuel inclut la tenue du compte et un certain nombre d'opérations gratuites chaque mois : virements, prélèvements, retraits aux distributeurs... De plus, la grande majorité des acteurs en ligne ne facture pas de commission de mouvement. Malgré des tarifs bien plus faibles que dans une banque physique, on retrouve tout de même le même phénomène : les offres en ligne pour les pros sont souvent plus chères que celles dédiées aux particuliers.

Par ailleurs, un professionnel qui ouvrirait un compte en ligne sans avoir au préalable identifié ses besoins pourrait avoir une mauvaise surprise s'il effectue régulièrement certaines actions. Par exemple, les retraits sont facturés 2 euros pièce avec la carte classique chez Anytime, et 1 euro chez Qonto et Blank. Mais les opérations les plus coûteuses chez les fintechs sont les dépôts de chèques et d'espèces, quand elles les proposent. Les offres de ces établissements étant basées sur la gestion autonome, toute intervention d'un conseiller est nécessairement facturée au prix fort. Ainsi, Monabanq prélève 1,50 euro à partir du 19ème chèque déposé dans le trimestre, manager.one facture 20 euros par chèque au-delà du 6e par an, Qonto et Anytime prennent respectivement 2 et 5 euros par chèque (passé un certain nombre, selon la formule choisie).

S'agissant du dépôt d'espèces, Shine prélève une commission de 4% HT sur le montant déposé (un ou deux dépôts de 1 500 euros maximum sont inclus chaque mois selon l'offre). Monabanq fait payer 6 euros à partir du deuxième dépôt dans le trimestre. Fiducial facture 17 euros par remise. Certaines banques en ligne réservent d'ailleurs leurs offres aux entreprises individuelles, dont les besoins sont en général moindres qu'une grosse entreprise. C'est le cas de Monabanq, Hello bank, Boursorama Banque et n26, notamment.

Les Trophées de la Banque - Tarifs pros 2023