Mettre de l’argent de côté ? Oui ! Mais pour quoi faire ? L’Insee a cherché la réponse en interrogeant plusieurs milliers de Français. Découvrez les motifs qui les amènent (qui vous amènent) à épargner.

94% des ménages français détiennent au moins un actif patrimonial : bien immobilier, plan ou livret d’épargne, assurance-vie, etc. Une proportion stable depuis plus de 10 ans selon l’Insee. Même constat pour le patrimoine net (1) des ménages, qui s’élève au total à 10.221 milliards d’euros à la fin 2014, dont 6.505 milliards d’euros en immobilier, soit 64% des actifs des Français ! A la lecture de ces chiffres, tout porte à croire que l’achat immobilier constitue le principal objectif d'épargne des Français. L’étude 2016 « Revenus et patrimoine des ménages » de l’Insee, très détaillée sur les intentions pour épargner, montre pourtant le contraire.

1 – Un matelas « en cas d’imprévus »

Pourquoi épargnez-vous ? 20.000 ménages français ont répondu à l’institut de statistiques qui leur demandait de choisir le motif n°1 parmi 13 réponses possibles. Le résultat ne laisse aucune place au doute : 41,7% des sondés répondent : « constituer une épargne de précaution en cas d’imprévus ». De très loin le premier choix !

Surprise : « Cette préoccupation dépend peu du revenu », précise l’Insee dans son étude. Que les personnes interrogées « disposent de moins de 1.200 euros mensuels ou de plus de 4.000 euros », ils citent tous cet objectif à 40% environ. En revanche, les moins de 30 ans se révèlent moins sensibles (ou plus résignés ?) à l’idée de se constituer un matelas en cas de coup dur (31%). Tout comme les travailleurs indépendants et les inactifs (35% environ). A l’autre extrémité, les employés (47%) se montrent les plus sensibles à cette idée de « petit pécule ».

Lire aussi : Combien garder sur ses livrets pour l’épargne de précaution ?

2 – « Préparer ses vieux jours »

Si les employés plébiscitent autant l’épargne de précaution, c’est peut-être parce qu’ils n’ont pas les moyens de mettre de l’argent de côté pour « préparer [leurs] vieux jours ». Moins de 14% des employés avancent ce motif. Alors qu’en s’intéressant à toute la population, l’épargne-retraite apparaît très clairement comme la deuxième motivation des épargnants : la thésaurisation en vue des « vieux jours » est citée à 23,3%.

Comme le souligne l’Insee, la nécessité de préparer sa retraite touche les Français de façon très inéquitable selon leur profession. « Les indépendants (catégorie incluant ici les professions libérales) retiennent nettement plus souvent ce motif que les salariés. » Effectivement, agriculteurs et indépendants citent cet objectif à 31% et 27%, contre 16% pour les ouvriers, et 17% pour les cadres supérieurs. Les salariés, eux, peuvent être tentés de se reposer sur le régime général de base et complémentaire de retraite (Agirc-Arrco). Les plus jeunes se montrent aussi très peu sensibles à l’idée d’épargner pour la retraite, une perspective bien lointaine : seuls 2,5% des moins de 30 ans, et 7% des trentenaires, ont cette idée en tête lorsqu’ils mettent de l’argent de côté.

Lire aussi : L’assurance-vie et le PEL privilégiés pour l’épargne-retraite

Retraite : épargnez en payant moins d'impôts. 11 contrats comparés

3 – « Acheter sa résidence principale »

Parmi les 13 motifs proposés par l’Insee (2), seuls trois se détachent réellement. Derrière l’épargne de précaution et l’épargne-retraite, l’achat immobilier apparaît comme l’autre grande motivation des Français pour mettre de l’argent de côté. Il s’agit de la motivation n°1 pour 10% des ménages selon l’Insee.

Toutefois, comme pour l’épargne-retraite, les différentes strates de la population expriment des sentiments très disparates concernant leur propension à mettre de l’argent de côté pour acheter leur résidence principale. Sans surprise, les plus de 50 ans, propriétaires de leur logement dans 7 cas sur 10, citent ce motif de façon très minoritaire. En revanche, pour les moins de 30 ans, l’achat de la résidence principale est une priorité : un tiers d’entre eux le cite en motivation n°1 pour épargner, devant le « matelas de précaution ». Les trentenaires citent eux cette « carotte immobilière » à plus de 23%.

Lire aussi : La résidence principale, premier placement des Européens

Ceux qui… n’épargnent pas !

Les autres motifs proposés par l’Insee apparaissent en retrait. Pour l’anecdote, les moins de 30 ans se distinguent tout de même par leur volonté de réaliser des « achats importants » (13%), comme l’acquisition d’une voiture, ou motivent parfois leur épargne par le financement de leurs prochaines vacances (11%). Et 13% des quarantenaires expriment leur volonté de financer les études de leurs enfants.

Ce vaste sondage de l’organisme public de statistiques pointe surtout qu’un quart des Français « n’épargne pas ». Là, il s’agit très clairement d’une incapacité financière. Ainsi, 46% des Français gagnant moins de 1.200 euros ne mettent pas d’argent de côté ! Contre seulement 10% des ménages percevant plus de 4.000 euros par mois. Et si l’âge influe très peu sur cette capacité à économiser, les inactifs (hors retraités) affirment à 42% qu’ils ne peuvent épargner, tout comme 31% des employés et 32% des ouvriers. A l’autre extrémité, seuls 8% des cadres supérieurs affirment ne jamais mettre d’argent de côté.

(1) L’Insee définit ce patrimoine net comme « l’ensemble des actifs détenus pas les ménages (immobiliers, financiers) nets des passifs (crédits) ».

(2) Les autres motifs possibles étaient : « Autres achats importants (autres biens immobiliers, véhicules, mobilier, etc.) », « Démarrer sa propre entreprise ou investir dans une entreprise existante », « Investir dans des actifs financiers », « Rembourser des dettes », « Voyager, partir en vacances », « Payer les études ou aider ses enfants ou ses petits-enfants », « Préparer sa succession », « Bénéficier des aides de l’État (par exemple, investir dans une épargne retraite pour bénéficier d’une déduction d’impôts) », « Autres » et « N’épargne pas ».