Les marchés : Le CAC porté par le luxe
Le CAC 40 poursuit son rebond et se rapproche à nouveau de ses sommets historiques, terminant la séance en petite hausse de 0,06% à 8 328 points. Le mouvement est largement porté par Kering, qui s'envole de près de 11% après des résultats annuels moins dégradés que prévu. Un soulagement pour le marché, qui entraîne dans son sillage tout le secteur du luxe, notamment LVMH et Hermès, poids lourds essentiels pour la dynamique de l'indice français.
Autre vedette du jour en Europe, Ferrari bondit d'environ 10%, rassurant les investisseurs grâce à des objectifs solides pour les mois à venir. L'attention des marchés se tourne désormais vers les prochains rendez-vous macroéconomiques américains. Les investisseurs attendent les chiffres de l'emploi, reportés après un mini-shutdown administratif, et la publication des données d'inflation prévue en fin de semaine. E
n attendant, les ventes au détail publiées aux États-Unis ont déçu, stagnant en décembre alors qu'une progression était attendue, ce qui signale un possible essoufflement de la consommation en fin d'année. Rien d'alarmant pour l'instant, mais un rappel que la dynamique économique pourrait ralentir.
Les valeurs : Kering, Stellantis et Lumibird
Kering La biotech a publié des résultats conformes à ses objectifs, avec un chiffre d'affaires en hausse de près de 10% porté par la forte Kering a publié des résultats annuels très dégradés, avec un bénéfice quasiment nul en 2025, mais cela n'a pas empêché l'action de s'envoler de 10,90% ce mardi, à 288€, en tête du CAC 40 et du SBF 120. Pourquoi ? Les investisseurs ont surtout retenu les signaux positifs envoyés par la direction du groupe de luxe : des revenus légèrement meilleurs que prévu, une dette nettement réduite et un discours clair sur un retour progressif à la croissance en 2026. Le groupe souffre toujours de la chute des ventes de Gucci, sa marque phare, dont l'activité a fortement reculé sur l'année. Cependant, la baisse ralentit trimestre après trimestre, ce qui nourrit l'espoir d'un point bas désormais atteint. Dans le même temps, les autres marques comme Yves Saint Laurent et Bottega Veneta montrent une meilleure résistance. Enfin, Kering prévoit de réduire fortement son réseau de magasins d'ici 2028, avec environ 20% de fermetures. Cette stratégie pèsera à court terme sur les ventes, mais devrait améliorer la rentabilité en supprimant les boutiques les moins performantes. Dans l'ensemble, malgré une situation encore difficile, le marché parie désormais sur un redressement progressif du groupe dans les prochaines années. L'arrivée de Luca de Meo à la tête de Kering continue par ailleurs de renforcer la confiance des investisseurs. Après +30% en 2025, l'action cède désormais 4,5% depuis le début de l'année.
Stellantis Autre bonne performance du CAC : Stellantis (+3,60% à 6,36€). Vous vous en souvenez, le cours du constructeur automobile s'est effondré de plus de 25% vendredi dernier, générant une perte de 7 milliards d'euros de valeur boursière, après l'annonce d'une profonde remise à plat de sa stratégie, notamment dans les véhicules électriques. Stellantis a décidé d'abandonner certains projets, de déprécier des usines et de réduire sa chaîne d'approvisionnement, ce qui entraînera plus de 22 milliards d'euros de charges comptables et environ 6,5 milliards d'euros de sorties de trésorerie étalées sur plusieurs années. Sans oublier la suppression du dividende. Ces décisions vont provoquer une perte nette exceptionnelle en 2025 et des perspectives de rentabilité très faibles pour 2026, bien loin des niveaux élevés atteints ces dernières années. Cependant, certaines banques, et notamment UBS, estiment que la réaction des investisseurs a été excessive la semaine dernière. Selon elles, la solidité financière du groupe est sous-estimée, avec un niveau de liquidités élevé et sans besoin d'augmentation de capital. UBS souligne également une reprise visible en Amérique du Nord, le marché le plus important et le plus rentable pour Stellantis, grâce au retour de modèles thermiques très demandés. À moyen terme, la banque suisse considère que cette remise à plat pourrait préparer un redressement progressif et rendre l'action de nouveau attractive, même si le titre est peu séduisant pour le moment. C'est son rapport qui a soutenu la hausse de l'action aujourd'hui. Une hausse cosmétique, après une chute de 18% l'an dernier et de 33% en 2026.
Lumibird Le spécialiste français des technologies laser progresse de 2,17% ce soir à 23,50€ après l'annonce d'une nouvelle commande liée au programme de défense aérienne de l'allemand Rheinmetall. Si le contrat est plutôt modeste, le marché y voit surtout un signal positif sur la capacité du groupe français à s'inscrire durablement dans les grands programmes de défense européens, avec un potentiel de commandes récurrentes à mesure que les membres de l'OTAN augmentent leurs dépenses militaires. Les investisseurs saluent cette visibilité sur l'activité de défense de Lumibird, dans un contexte toujours favorable au secteur. Désormais, le titre éligible au PEA-PME affiche une hausse de 11% depuis le début de l'année, après avoir progressé de 126% en 2025.
Le monde d'après : Le trading sur l'actualité
Le Super Bowl a servi de vitrine grandeur nature à un phénomène qui déborde largement le simple pari sportif aux États-Unis : les marchés de prédiction. Sur ces plateformes, on ne mise pas seulement sur le vainqueur, on échange des contrats “oui / non” sur une multitude de micro-événements, du déroulé du match aux paris sur les publicités de la mi-temps. Résultat, les montants deviennent significatifs à l'échelle de la finance grand public.
Bloomberg estime que plus de 2,6 milliards de dollars étaient en jeu autour du match, dont environ 800 millions via les marchés de prédiction. Derrière l'effet Super Bowl, c'est une accélération plus structurelle qui attire Wall Street. La plateforme Kalshi a levé plus de 300 millions de dollars à l'automne 2025, signe d'un appétit massif des investisseurs pour ces modèles. Et la porosité avec la finance traditionnelle s'accélère. Intercontinental Exchange, maison mère du New York Stock Exchange, a annoncé un investissement stratégique dans Polymarket (voir lexique), le leader du secteur. Les paris en vogue sur son site en ce moment : Est-ce que les États-Unis vont attaquer l'Iran ? Quelle sera l'issue de la réunion de la Fed en mars ? Combien de tweets Elon Musk va-t-il publier d'ici le 10 février ? Est-ce que le prix du Bitcoin va monter ou baisser dans les prochaines minutes ? Qui va gagner le match Chelsea / Leeds ?
Clairement, il y en a pour tous les goûts. Reste le point dur du dossier, la régulation. Les marchés de prédiction évoluent dans une zone grise entre innovation financière et jeu, avec des bras de fer de compétence entre États et régulateur fédéral. La Commodity Futures Trading Commission a indiqué fin janvier vouloir préparer un cadre réglementaire, signe que Washington veut encadrer plutôt qu'interdire. En parallèle, les risques classiques refont surface : marchés parfois peu liquides, manipulations, soupçons de délit d'initié... Le procureur fédéral de Manhattan Jay Clayton a d'ailleurs rappelé que parier hors des espaces traditionnels ne protège pas de la fraude. Affaire à suivre !
A la Une : Une séance chargée
Le rapport mensuel sur l'emploi américain sera enfin publié ce mercredi. Initialement attendu vendredi dernier, il a été reporté. Comme toujours, il nourrira les spéculations sur les prochaines baisses de taux de la Fed, avec à la clé un regain de volatilité à Wall Street. Ce sera l'un des deux grands temps forts de la semaine, avant les chiffres de l'inflation américaine, prévus vendredi après-midi. En parallèle, Total, EssilorLuxottica, Dassault Systèmes et Michelin publieront demain leurs rapports annuels.
Le lexique : Polymarket
Polymarket est une plateforme en ligne de marchés prédictifs, de plus en plus populaire, qui permet aux internautes de parier sur l'issue d'événements réels : élections, décisions politiques, indicateurs économiques ou événements sportifs. En achetant et en vendant des positions, les utilisateurs expriment leurs anticipations, ce qui fait émerger des probabilités en temps réel. Souvent présentée comme un « baromètre des attentes collectives », Polymarket attire l'attention pour sa capacité à agréger l'information et le sentiment du public autour de sujets d'actualité. La plateforme est toutefois controversée car elle permet de parier sur des événements politiques ou sociétaux sensibles, soulevant des questions de régulation, de légalité et de risque de manipulation, notamment aux États-Unis.











