Gestion des cotisations des adhérents, achat de matériel, encaissement d’une subvention… Les associations ont généralement besoin d’un compte bancaire pour gérer leur budget. Mais cela a un coût. Et peu de banques en ligne ou néobanques leurs proposent des solutions. Les enseignes « physiques » restent incontournables pour les associations.

La France compte environ 1,5 million d’associations actives, qui représentent un budget de 113 milliards d’euros et pèsent 3,3% de la richesse nationale (1). Mais entre les petites structures de proximité, les entités de taille moyenne et les mastodontes employant plusieurs salariés, les besoins des associations en matière bancaire peuvent se révéler bien différents.

Au moment de choisir l’établissement où ouvrir un compte et l’offre la plus adaptée, « il y a plusieurs choses à prendre en compte », explique Maïté Nivesse, chef de produits au Crédit Mutuel Nord Europe (2). « Il faut choisir un établissement qui pourra répondre à tous vos besoins : en fonction de votre budget, de vos besoins ou non de financement, que vous ayez ou non des salariés, de vos besoins en termes de moyens de paiement, d’assurance… ». La structure doit aussi se poser la question de l’utilité ou non de posséder une ou plusieurs cartes bancaires, du recours au dépôt de chèques et d’espèces, du besoin d’effectuer des virements ou des prélèvements… Les membres de l’association doivent donc bien réfléchir en amont à leurs usages bancaires avant de souscrire à une offre. Concernant la carte bancaire par exemple, Céline Fiorentino, animatrice commerciale et experte des associations au Crédit Coopératif, conseille de « faire un rapport entre le coût de la carte (environ 50 euros par an par exemple pour une Visa Business) et le besoin d’avoir à payer en carte bancaire. Si vous devez payer des déplacements (péages, billets de train…), la CB devient le moyen de paiement incontournable dont vous ne pouvez pas vous passer. Et cela, quel que soit votre budget ». Le type de carte bancaire peut aussi se révéler important : une carte à contrôle de solde empêche par exemple tout découvert bancaire. Un gage de tranquillité pour les associations au budget serré.

Une fois vos besoins bien définis, il va falloir choisir l’établissement dans lequel domicilier le compte de l’association. Banque en ligne, néobanque, banque de proximité, mutualiste ou coopérative, grand réseau… Vers qui se tourner ?

Les banques en ligne, absentes du marché des associations

Fortuneo, Hello Bank, ING, Orange Bank, BforBank, Monabanq : ces 6 banques en ligne ont confirmé à MoneyVox.fr qu’elles ne disposent pas d’offres destinées aux associations. Leurs produits sont uniquement dédiés aux personnes physiques, pas aux personnes morales. Sur leur site Internet, Boursorama et Ma French Bank (La Banque Postale) expliquent également que les associations ne sont pas éligibles à l’ouverture d’un compte en ligne chez elles. Les structures associatives qui espéraient se faciliter la vie en ouvrant un compte rapidement en ligne et en se procurant une carte bancaire gratuite verront donc leurs espoirs douchés…

Les néobanques Anytime et Manager.one plus accueillantes mais…

Parmi les néobanques (c’est-à-dire les banques en ligne de seconde génération, dont l’usage est pensé avant tout pour le mobile), Qonto, Shine et N26 ne permettent pas aux associations d’ouvrir un compte. En revanche, la fintech belge Anytime leur ouvre ses offres Premium, Professionnel et Entreprise. Le ticket d’entrée le moins cher est à 29,50 euros par mois (ou 19,50 euros si vous vous engagez sur une année). Avec cette offre, l’association vous permet d’obtenir 3 cartes Mastercard et 200 cartes virtuelles, de réaliser 100 virements sortants et/ou prélèvements et d’effectuer 4 dépôts de chèque par mois. Mais vous n’aurez pas de chéquier ni de solution de crédit à disposition.

manager.one propose également aux associations d’ouvrir un compte. Son avantage : un tarif « identique pour tous, fixe, tout compris et transparent », plaide Béatrice Wormser Jouan, responsable communication de la néobanque pour professionnels française. Pour 29,99 euros par mois, une association peut disposer d’un compte pro avec IBAN français, de plusieurs cartes Visa Corporate (seule la fabrication des cartes complémentaires est facturée), de paiements illimités en zone euro, de 100 virements SEPA sortants par mois, de la gratuité des services de banque à distance… Plusieurs personnes peuvent avoir accès au compte et l’application manager.one propose de nombreuses options très pratiques pour mettre fin aux notes de frais, payer ses salariés en 2 minutes, paramétrer des notifications… En revanche, là encore, la gestion des chèques et espèces est plus compliquée : impossible d’obtenir un chéquier, seules 5 remises de chèques gratuites sont incluses pour une année, le dépôt d’espèces n’est possible que deux fois par an et uniquement sur rendez-vous à Paris, et seuls 2 retraits gratuits sont autorisés chaque mois. Mais si vous n’avez pas besoin de gérer ces moyens de paiement physiques ou d’obtenir un prêt, la solution peut être intéressante. Manager.one vise avant tout « les associations qui ont des collaborateurs, pour qu'elles puissent profiter de toutes les fonctionnalités innovantes de manager.one dans la gestion des équipes et de leurs moyens de paiement ».

Le budget des associations

On pourrait résumer ainsi le paysage associatif français : beaucoup de petites associations avec un faible budget et quelques très grosses associations (notamment dans le domaine humanitaire, social et médical). Selon un état des lieux dressé en 2017 (1), 25,6% des associations gèrent un budget inférieur à 1 000 euros, 49% disposent d’un budget entre 1 000 et 10 000 euros, 18,9% entre 10 000 et 50 000 euros, 3,9% entre 50 000 et 200 000 euros, 1,3% entre 200 000 et 500 000 euros, et 1,3% plus de 500 000 euros (ces 1,3% du nombre total d'associations concentrent 71% des ressources totales du secteur associatif).

Les banques traditionnelles, interlocuteurs incontournables des associations

Si les banques en ligne et néobanques sont donc quasiment absentes du marché, les banques traditionnelles restent les partenaires des entités « loi 1901 ». Elles couvrent les besoins basiques des associations mais leur ouvre aussi les portes d’autres services : prêts pour financer un équipement ou du matériel, solutions d’encaissement (TPE ou contrat de vente à distance pour un site Internet), ouverture d’un livret A (chez certaines enseignes) ou même mise en place d’une page web pour collecter cotisations d’adhésion et certificats médicaux (à l’image de Pay Asso, déployé au CIC ou au Crédit Mutuel).

Mais leurs tarifs sont tout aussi variés que la palette d’activités des associations en France ! N’hésitez donc pas à comparer les offres des établissements. Généralement, les banques commercialisent des « offres groupées de services », c’est-à-dire un abonnement mensuel avec un package de services, pour éviter de payer chaque élément « à la carte ». Libre au président ou au trésorier de l’association de compléter cette offre de base avec d’autres services. Lisez bien les plaquettes tarifaires pour vérifier si tel ou tel service indispensable à la vie de votre association est compris dans le package ou s’il faudra payer en plus pour chaque opération. La tâche est rendue compliquée quand les documents tarifaires manquent de précisions. Le CIC évoque par exemple une offre groupée « à partir de 13,10 euros par mois » mais sans préciser les services inclus. Il faudra contacter un conseiller pour avoir plus d’informations sur le package.

Un coût annuel très variable

Au Crédit Mutuel Nord Europe par exemple, l’offre groupée Eurocompte coûte 3,41 euros par mois et comprend l’ouverture d’un compte courant, les frais de tenue de compte, la mise à disposition d’un chéquier, l’accès à la banque à distance pour consulter le solde du compte ou effectuer des virements, une carte de dépôt pour déposer chèques et espèces dans un distributeur et un accès à l’Associathèque, un site Internet ayant pour but d’accompagner les assos et de leur fournir une boîte à outils. Pour disposer d’une carte bancaire, il faut payer en plus mais à un tarif réduit. « Toutes les associations n’ont pas besoin d’une carte, nous n’avons donc pas souhaité la mettre dans notre offre de base, précise Maïté Nivesse. Mais si elles en ont besoin, elles peuvent souscrire à une ou plusieurs cartes bancaires adaptée(s) à leurs besoins avec un tarif préférentiel ». En l’occurrence, les structures bénéficient de -20% sur la carte Mastercard On Line à contrôle de solde facturée 36 euros normalement ou sur la Visa Business à 44 euros. Sur l’année, en s’équipant de l’offre groupée et d’une carte Business, l’association paiera ainsi environ 75 euros pour gérer ses comptes de façon confortable.

Un tarif bien moins élevé que celui de l’offre Esprit libre pro, de la BNP, par exemple. Ce package dédié à l’origine aux entreprises mais ouverts aux associations coûtera à celles-ci 40 euros par mois, soit 480 euros par an pour avoir à peu près les mêmes services que ceux cités plus haut pour le Crédit Mutuel Nord Europe. Chez LCL, l’offre groupée Zen Association coûte 9,70 euros par mois… mais n’inclut pas les frais de virement, une option pouvant être souscrite à 4,10 euros par mois. En ajoutant 60 euros pour une Visa Business, les frais bancaires reviendront à 225,60 euros par an.

Du côté des tarifs très accessibles, notons ceux du Crédit Agricole Centre Ouest. Aucune offre groupée n’est proposée mais la plupart des services sont gratuits. Sont seulement facturés aux associations clientes les frais d’envoi de chéquier (1,72 euros) et la carte bancaire (35 euros pour une carte à autorisation systématique en débit immédiat ou 51 euros pour une Mastercard business par exemple). La détention d’un compte courant, d’une carte, d’un chéquier, la gestion des opérations courantes en ligne et le dépôt de chèques ou espèces peut ainsi coûter moins de 40 euros par an à une association !

MoneyVox a effectué un relevé tarifaire non exhaustif pour évaluer combien coûterait à une association un ensemble de services de base : compte courant, chéquier, carte bancaire de gamme Business, gestion du compte en ligne, virements illimités en ligne, dépôt de chèques et d’espèces, frais de tenue de compte, relevé mensuel gratuit.

BanqueCoût pour un anOffre
Crédit Agricole Centre Ouest52 €Services gratuits + carte Business Mastercard + frais d'envoi de chéquier
Crédit Mutuel Nord Europe76 €Offre Eurocompte Asso locales + carte Visa Business
La Banque Postale128 €Offre Adispo asso Classic + carte Visa Business à la carte
Crédit Coopératif135 €*Offre Esprit Associations + carte Business
Caisse d'Epargne Languedoc-Roussillon165 €**Offre Associatis Essentiel + carte Visa Business
BRED180€***Convention Start Association + carte Visa business + frais de tenue de compte
LCL225 €Offre Zen Association + forfait virements vers tiers + carte Visa Business
BNP480 €Offre Esprit Libre Pro avec Visa Business
* + commissions de mouvement : 0,18% sur les opérations débitrices - minimum de 25 euros par trimestre
** + commissions de mouvement : 0,15% maximum sur les opérations débitrices
*** + commissions de mouvement : entre 0,06% à 0,20% sur les opérations débitrices

Le tarif, critère de choix essentiel mais pas unique

Lors du choix de l’établissement dans lequel domicilier les comptes de son association, le tarif ne doit pas être le seul critère à retenir. « Les dirigeants associatifs doivent bien sélectionner leurs partenaires quels qu’ils soient », rappelle Céline Fiorentino, du Crédit Coopératif (3). « Le choix ne doit pas être effectué uniquement à travers le prisme du tarif mais aussi guidé par l’expertise, la connaissance du secteur associatif. Une ONG, un théâtre, une association sportive ou de formation, ça a beau être des associations, ça n’est pas géré de la même manière. Au Crédit Coopératif, on connaît très bien leurs modèles économiques, leur façon de fonctionner, grâce notamment à nos 127 chargés d’affaires dédiés sur le secteur associatif ». Un conseil particulièrement adapté aux associations qui emploient un ou plusieurs salariés. La crise du Covid 19 a ainsi mis en lumière les difficultés auxquelles pouvaient être confrontées les associations : maintien de l’avance des salaires malgré la mise en place du chômage partiel, baisse des recettes dûe à l’annulation des représentations, tournois sportifs ou animations festives… Lorsque des difficultés budgétaires se présentent, mieux vaut ainsi être bien accompagné pour trouver des solutions financières (demander une autorisation de découvert, décrocher un prêt à la consommation ou un prêt garanti d’Etat…).

(1) Chiffres 2017 issus de l’ouvrage Le paysage associatif français - Mesures et évolutions - Viviane Tchernonog, Lionel Prouteau - 3ème édition, Dalloz Juris Associations, mai 2019.

(2) Le Crédit Mutuel Nord Europe compte 32 000 associations clientes. Au niveau national, la part de marché du groupe Crédit Mutuel est de 25,9% en terme de budget géré, ce qui en fait la 1ère banque des associations dans l’Hegaxone.

(3) Le Crédit Coopératif compte 36 000 associations clientes, dont une majorité d’associations « employeuses », cœur de cible de l’enseigne. En France, sur les 1,5 million d’associations, environ 11% emploient des salariés (soit 169 000 assos, représentant environ 1,85 million d’emplois)