Les taux des produits d'épargne réglementée comme le Livret A vont fortement augmenter à partir du 1er août. Mais qu'en est-t-il de l'assurance vie ?

Le rendement moyen des fonds en euros a atteint 1,30% en 2021. Depuis 10 ans, leurs rémunérations dimininuent année après année. Or, l'argent placé par les épargnants sur ces fonds garantis en capital est très majoritairement investi en obligations, pour faire simple des emprunts aux Etats ou aux entreprises. Le rendement des obligations, et en particulier celui des obligations souveraines (dettes de l'Etat), suit de près les évolutions des obligations assimilables du Trésor (OAT), les titres émis spécifiquement pour la dette de la France.

A la mi-mai, le taux de l'OAT 10 ans était de 1,5% et il se situe au 30 juin autour de 2%. L'impact des OAT sur le rendement des fonds en euros n'est certes pas immédiat. Il n'empêche : avec la hausse de ces taux indexés sur l'inflation, peut-on s'attendre à une augmentation des rendements des fonds en euros ? Oui, mais ce ne sera pas pour tout de suite.

« On peut espérer une hausse des rendements d'ici 2 ans »

« Les compagnies d'assurance n'avaient pas prévu une remontée des taux aussi rapide et avaient plutôt imaginé des taux à 1% à la fin de l'année. Là, ce serait plutôt 3%. Dans un modèle idéal, on peut espérer une hausse des rendements des fonds en euros d'ici 2 ans », explique l'économiste Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne.

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Un réel risque d'effondrement du marché de l'assurance vie ?

Attention aux excès d'optimisme pour les rémunérations de l'assurance vie... « Si les taux s'envolent, la valeur des obligations du portefeuille diminue fortement », tempère Philippe Crevel.

« Le risque représenté par la hausse des taux dépendra largement de son rythme. Si les taux devaient remonter brusquement, les assureurs auraient des difficultés à suivre cette hausse et à offrir aux clients des rendements orientés à la hausse dans la même proportion en raison de l'inertie de leur portefeuille », explique la Banque de France dans son rapport d'évaluation des risques du système financier français paru au mois de juin.

« Une remontée plus lente des taux permettrait en revanche aux assureurs de maîtriser le risque, de réinvestir dans des actifs plus rémunérateurs lors de l'arrivée à échéance de leurs anciens placements et ainsi de continuer à doter la réserve pour participation aux bénéfices », poursuit la Banque de France. La provision pour participation aux bénéfices (PPB) permet en effet de lisser les rendements des fonds en euros : absorber les chocs en cas de chute des taux ou avoir assez de réserves pour suivre leur remontée.

Une PPB que certains assureurs pourraient êre tentés d'utiliser pour rémunérer davantage leurs fonds euros au titre de l'année 2022. En effet, ils vont être concurrencés de plein fouet par les produits d'épargne réglementée sans risque mais bien plus attractifs. En effet, à partir du 1er août, le taux du Livret A devrait passer de 1 à 2% net d'impôt, et celui du Livret d'épargne populaire pourrait passer à 4,6%.

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L'ombre d'un rachat massif

« Ce qui serait dangereux, c'est que les assurés sortent de leurs contrats actuels pour aller vers des contrats plus rémunérateurs », explique Philippe Crevel. Un tel « mercato de l'assurance vie », s'il était « de forte ampleur », plongerait les assureurs dans une zone de difficulté financière, ajoute l'économiste.

Mais ce scénario semble pour le moment peu probable. « Le marché est stable », argue le directeur du Cercle de l'Épargne. Effectivement, la collecte nette de l'assurance vie (versements - retraits) est positive en mai et s'établit à 1,9 milliard d'euros (+0,2 milliard d'euros par rapport à mai 2021). Selon les derniers chiffres de France Assureurs, l'encours des contrats atteint à la fin mai 1 847 milliards d'euros (+0,6% sur un an).

Dans tous les cas, s'il existe une menace pour l'équilibre du marché de l'assurance vie, la loi Sapin II permettrait de suspendre les rachats des contrats pour une durée de trois mois, renouvelables trois mois.

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De nouveaux fonds pour obtenir de meilleurs rendements ?

Afin que les niveaux de rémunération puissent suivre les taux actuels des OAT, de nouveaux fonds en euros pourraient voir le jour. Dans ce cas là, les assureurs devraient jongler avec de nouveaux portefeuilles et performances.

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En attendant, les épargnants ont toujours la possibilité de se tourner vers les fonds eurocroissance, qui n'offrent de garantie en capital qu'après une période prédéterminée (en général 8 ans) mais qui est censé proposer une meilleure rémunération. « Le marché de l'eurocroissance est un marché de niche. Est-ce qu'il faut un peu plus fermement proposer les fonds eurocroissance comme on a proposé plus fermement les unités de compte ? La question se pose », estime Philippe Crevel. L'économiste insiste sur les avantages que ces fonds représentent pour les assureurs. Les fonds euro croissance nécessitant un investissement sur une dizaine d'année, ils leur permettraient une gestion des actifs sur du plus long terme.

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